Schmidt Group accélère ses investissements pour soutenir sa croissance, doubler sa capacité de rangement et consolider son expansion internationale
Avec 585 millions d’euros de chiffre d’affaires « fabricant » en 2025 et 1,6 milliard d’euros au niveau de la distribution, Schmidt Group assume une stratégie à contre-courant : investir, malgré un marché volatil et une demande encore irrégulière.
Pour une ETI industrielle, le message est clair : la compétitivité ne se défend pas seulement par les prix, mais par la capacité à tenir un cap d’investissement, à moderniser l’outil de production et à ouvrir de nouveaux relais de croissance.
Un marché de la cuisine hésitant, mais une reprise réelle sur le terrain
Le contexte reste instable pour l’aménagement de l’habitat, un secteur sensible à l’immobilier, au crédit et au pouvoir d’achat. Pourtant, le groupe observe une amélioration de la dynamique commerciale en France.
« Le marché a bien repris depuis un an et demi », indique Laurent Blum, directeur général du groupe. Il met en avant une croissance de 3 % depuis le début d’année, alors même que le marché français de la cuisine reste décrit comme atone.
Cette lecture « micro » est intéressante pour les ETI : dans les phases de marché peu portées, la performance se joue souvent sur l’exécution, la qualité du réseau et l’efficacité industrielle, plus que sur l’environnement macro.
Les faits : investissements tertiaires, industrialisation et montée en puissance internationale
Schmidt Group s’appuie sur un modèle hybride : une activité industrielle (« fabricant ») et une activité de distribution opérée via un réseau de magasins. En 2025, le groupe annonce 585 millions d’euros de chiffre d’affaires pour son activité fabricant, en léger recul par rapport à l’exercice précédent.
En parallèle, l’activité retail s’élève à 1,6 milliard d’euros, réalisée à travers 920 magasins en Europe. Selon la présentation institutionnelle du groupe, ce réseau est composé de partenaires-concessionnaires, et il est présent dans près de 20 pays.
Sur le volet siège et fonctions support, le groupe a inauguré « La Ruche » à Ebersheim (Bas-Rhin), bâtiment vitrine où travaillent environ 300 salariés depuis la fin de 2025. L’ensemble se veut démonstrateur des engagements internes, dans la continuité d’une certification B Corp obtenue en novembre 2023.
Le projet immobilier s’inscrit dans un programme plus large de rénovation des bâtiments tertiaires lancé en 2021. Au total, 30 millions d’euros ont été investis sur cinq ans, pour 12 000 m² rénovés ou réaménagés (restaurants d’entreprise, espaces de pause, halls d’accueil). Le site met aussi en avant un espace vert de 16 000 m² et une conception bioclimatique.
En industriel, Schmidt Group annonce investir en moyenne 40 à 50 millions d’euros par an dans ses bâtiments tertiaires, son système informatique et ses sites de production. Le dispositif industriel couvre six sites, dont cinq en Alsace et un en Allemagne, pour une surface totale de 230 000 m² de bâtiments industriels.
Sur le site d’Ebersheim, l’usine U3 est présentée comme un levier de croissance pour l’activité « aménagement de l’habitat » (rangements, dressings), qui représente 10 % du chiffre d’affaires et progresse. Le site dispose de 36 000 m² supplémentaires prêts à être aménagés afin de doubler la production.
À date, la fabrication de meubles de rangement et de dressings est de 8 000 pièces par jour et occupe déjà 40 000 m². L’atelier est largement automatisé, avec une cinquantaine d’îlots robotisés aux côtés des machines-outils.
« Nous investissons régulièrement pour rester indépendants », souligne Anne Leitzgen, présidente de Schmidt Group. L’entreprise indique compter 1 900 salariés.
Analyse : une stratégie d’ETI industrielle qui sécurise l’autonomie et prépare les cycles
Pour les ETI françaises, le cas Schmidt illustre une logique classique du Mittelstand : maintenir un niveau d’investissement élevé pour protéger l’indépendance stratégique. Autrement dit, éviter le piège du sous-investissement en bas de cycle, qui se paie ensuite en parts de marché, en productivité et en capacité d’innovation.
Le choix d’investir simultanément dans le tertiaire et dans l’outil industriel n’est pas neutre. D’un côté, la modernisation des sites support vise l’attractivité, la rétention et l’efficacité des fonctions clés. De l’autre, les investissements industriels, la robotisation et l’extension de capacité créent un « call option » sur la reprise : quand la demande repart, la capacité est déjà disponible.
La trajectoire de l’activité « habitat » est un autre signal important. À 10 % du chiffre d’affaires, ce segment reste minoritaire, mais il agit comme un relais de croissance et un amortisseur face à la cyclicité de la cuisine. Pour une ETI, diversifier sans diluer le cœur de métier suppose une industrialisation robuste et une chaîne de valeur maîtrisée, ce que le groupe cherche à renforcer à Ebersheim.
Le groupe met également en avant des usages avancés des systèmes d’information pour piloter l’usine. « La mécanique est la partie émergée de l’iceberg, elle tourne grâce à des systèmes d’information très complexes », explique Olivier Offner, directeur des opérations. Il précise que l’IA permet d’augmenter les possibilités de production, notamment via l’anticipation des niveaux de fabrication plusieurs mois à l’avance.
Pour les ETI industrielles, l’enjeu n’est pas l’outil « IA » en tant que tel, mais la maturité des données, la robustesse des processus et la capacité à traduire la planification en performance opérationnelle. Dans un environnement de délais tendus, le pilotage fin de la charge et des stocks devient un avantage concurrentiel concret.
Perspectives : B to B, digital et Espagne comme pivot de croissance
Schmidt Group a récemment ouvert un axe B to B, en ciblant des clients professionnels comme les hôtels et les promoteurs. Cette diversification peut élargir le carnet de commandes et lisser l’activité, mais elle impose aussi une exigence différente : appels d’offres, standardisation partielle, exigences de délais, service après-vente multi-sites et parfois contractualisation cadre.
Autre mouvement structurant : le renforcement du digital et de l’international via une prise de participation majoritaire dans Cubro, start-up espagnole spécialisée dans la personnalisation de mobilier en ligne. Le groupe présente cette opération comme une alliance pour accélérer le design d’intérieur personnalisé en Europe grâce au digital.
L’Espagne est décrite comme le premier marché européen du groupe. Dans ce contexte, consolider des capacités digitales locales peut servir deux objectifs : capter une demande plus « online » et industrialiser une chaîne de personnalisation à grande échelle, tout en alimentant le réseau de magasins.
Enfin, la taille du réseau (920 magasins) et la base économique annoncée (1,6 milliard d’euros en distribution) placent le sujet de la performance commerciale au même niveau que la performance industrielle. Pour une ETI organisée autour d’un modèle de concessions, la croissance passe par la vitalité du réseau, la qualité de l’animation commerciale et la capacité à fournir vite, juste et au bon coût.

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