Forges de Tarbes : une reprise industrielle devra financer la qualité, remettre les équipements aux normes et sécuriser la production
Les Forges de Tarbes ont porté leur chiffre d’affaires à 19,8 millions d’euros en 2025, soit une progression de 37,5 %. Pourtant, le tribunal de commerce a ouvert leur redressement judiciaire le 26 octobre 2026. Ce contraste rappelle aux industriels de la défense qu’une hausse des ventes ne garantit ni la rentabilité ni la trésorerie.
Un fournisseur stratégique à remettre sur pied
Cette PME d’une soixantaine de salariés produit des corps creux d’obus de 155 millimètres, notamment destinés aux munitions utilisées par les canons Caesar. Son activité concerne donc directement la chaîne d’approvisionnement française et le soutien militaire à l’Ukraine. Le 27 octobre, la Région Occitanie a souligné son rôle dans la base industrielle et technologique de défense.
Pour les ETI de la métallurgie et de l’armement, le dossier dépasse ainsi le sauvetage d’un employeur local. Il pose une question industrielle : comment préserver un fournisseur spécialisé lorsque son actionnaire ne parvient plus à sécuriser son exploitation ? La continuité productive doit constituer le premier critère d’évaluation d’une reprise.
Le calendrier se précise. L’appel à repreneurs fixe au 23 novembre 2026 la date limite de dépôt des offres. Il présente une activité de forge et d’usinage de corps creux pour la défense, avec un effectif de 64 salariés. Cette échéance doit permettre de distinguer les manifestations d’intérêt des projets effectivement financés.
La croissance commerciale masque des fragilités opérationnelles
Les comptes d’Europlasma permettent de comprendre une partie des difficultés. En 2025, les Forges de Tarbes ont enregistré une augmentation de cinq points de leurs rebuts. Le groupe mentionne également un recours accru à l’intérim, de 27 %, pour respecter les cadences prévues. Ces dérives ont entraîné des pertes sur les matières achetées.
Ces indicateurs éclairent l’enjeu du retournement. Accroître les volumes ne suffit pas si une part croissante des pièces ne satisfait pas aux exigences attendues. Le futur projet industriel devra donc traiter simultanément la fiabilité des équipements, la qualité et l’organisation de la production.
Une autre contrainte concerne la conformité des installations. Dans sa communication du 16 octobre, Europlasma faisait état d’une mise en demeure concernant la requalification d’équipements sous pression alimentant la presse de forgeage. Selon les informations rapportées par l’AFP, la préfecture exige leur mise en conformité d’ici fin décembre, sous peine d’arrêt. Le calendrier technique accompagne donc celui de la reprise.
Immobilier et trésorerie : deux points à clarifier
La question des murs de l’usine ne date pas de l’ouverture de la procédure. Lors d’une audition parlementaire du 2 avril 2026, les échanges abordaient déjà leur vente. La rapporteure avait annoncé vouloir interroger Europlasma sur leur propriété. Le compte rendu ne permet toutefois pas, à lui seul, d’établir les conditions immobilières d’une future reprise.
Pour un candidat industriel, l’enjeu consiste à sécuriser durablement l’accès aux bâtiments et aux installations. Le prix d’acquisition de l’activité ne peut donc pas constituer l’unique référence économique. Les conditions d’occupation, les investissements nécessaires et le financement de l’exploitation doivent former un ensemble cohérent.
La gouvernance financière mérite également un examen. Devant les députés, les représentants des salariés avaient décrit une convention permettant à Europlasma de centraliser les flux de trésorerie de ses filiales. Ils soulignaient la perte d’autonomie qui en résultait pour les Forges. Ce témoignage appelle une vigilance particulière sur les moyens financiers réellement disponibles pour le site.
Une reprise industrielle, avec quelle place pour l’État ?
La Région Occitanie demande une coordination nationale. Dans son courrier du 27 octobre au Premier ministre, Carole Delga souligne l’intervention de la Direction générale de l’armement et de la Direction générale des entreprises. Elle propose aussi une contribution régionale pour préserver l’appareil industriel et accélérer les négociations avec des repreneurs solides.
La nationalisation figure également dans le débat politique. L’AFP rapportait le 22 octobre que le groupe La France insoumise entendait déposer un amendement en ce sens. Cette initiative ne constitue cependant ni une décision de reprise publique ni un financement acquis.
Pour les ETI susceptibles de participer au redressement, trois critères devraient guider l’analyse : la maîtrise technique de la forge, la capacité d’investissement et la sécurisation des débouchés. Au-delà du changement d’actionnaire, la réussite se mesurera à la capacité de livrer régulièrement des pièces conformes, avec une trésorerie suffisante pour soutenir la production.

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