Fives Nordon mobilise 40 millions d’euros pour doubler sa capacité et sécuriser les compétences de la filière nucléaire à Nancy
Fives Nordon engage 40 millions d’euros pour moderniser son site historique de Nancy, sans quitter le cœur urbain. Pour cette ETI industrielle du groupe Fives, le choix répond à une équation stratégique : augmenter les capacités, recruter et sécuriser les savoir-faire au plus près d’un bassin d’emploi.
À l’heure de la relance du nucléaire français, l’entreprise transforme ainsi une contrainte apparente — une usine proche du centre-ville — en levier industriel. Son site de l’avenue du XXe Corps, à environ vingt minutes à pied de la place Stanislas, reste le principal site de fabrication de l’entreprise.
Un investissement industriel calibré pour le cycle nucléaire
Le programme « Nouveau Nordon », engagé depuis 2024, représente 40 millions d’euros d’investissement répartis en plusieurs phases. Une première tranche de 15 millions d’euros a notamment permis d’acquérir une cintreuse par induction de dernière génération et de moderniser l’outil de production nancéien.
Le projet se poursuit avec la construction d’un atelier de tuyauterie de 3 000 m². L’objectif est de doubler la capacité de production du site. La première phase a bénéficié d’un soutien d’un million d’euros de la Région Grand Est et de France Relance.
Cette montée en puissance s’inscrit dans une période où les donneurs d’ordres cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Fives Nordon conçoit, fabrique, installe et maintient des équipements et réseaux de tuyauterie destinés à des secteurs exigeants : nucléaire, gaz, défense et hydrogène.
Fondée à Nancy en 1904, l’entreprise compte près de 900 collaborateurs répartis sur plusieurs sites français. Environ 75 % de son activité est dédiée au nucléaire, entre maintenance du parc existant et participation aux grands programmes de construction. Le programme industriel Nouveau Nordon doit précisément répondre à cette intensification des besoins.
Rester en ville pour préserver l’avantage social et foncier
Le maintien de l’usine à Nancy ne relève donc pas seulement de l’attachement à une implantation historique. Le site s’étend sur environ 10 hectares et totalise 28 000 m² d’ateliers. Sa localisation facilite l’accès des salariés aux transports collectifs et maintient l’activité productive à proximité directe des habitants.
Pour une entreprise confrontée à la rareté des tuyauteurs, soudeurs et chaudronniers qualifiés, cet ancrage est un atout de recrutement. Fives Nordon prévoit 300 recrutements sur le site nancéien d’ici 2034. L’enjeu est de reconstituer des compétences longues à former, alors que les commandes nucléaires s’inscrivent sur plusieurs décennies.
Le choix urbain suppose cependant une coopération étroite avec la collectivité. La Métropole du Grand Nancy a conservé la vocation industrielle du foncier, ce qui a permis à l’entreprise de moderniser son usine sans organiser un coûteux transfert en périphérie. Cette stabilité foncière réduit le risque d’interruption de production et évite de disperser les équipes.
Le site dispose aussi d’atouts rarement associés à une usine en ville : une partie de son électricité est produite localement par hydroélectricité, tandis que l’ouverture au public d’un parc de cinq hectares est à l’étude. Ces éléments ne remplacent pas les impératifs de compétitivité, mais ils renforcent l’acceptabilité locale d’une activité industrielle de haute technicité.
Les EPR2 apportent de la visibilité, mais imposent de la discipline
La modernisation intervient alors que Fives Nordon a été retenu par EDF pour fabriquer près de 300 équipements chaudronnés destinés aux six futurs réacteurs EPR2. Les études ont démarré en 2025 ; les premières fabrications sont prévues en 2027 et les livraisons doivent se prolonger jusqu’en 2038.
Ce contrat porte sur des équipements composés à 90 % d’inox et à 10 % d’acier noir. Il consolide la place de Fives Nordon dans la filière, après ses interventions sur les EPR de Flamanville, d’Olkiluoto et de Taishan. La commande EPR2 confiée à Fives Nordon donne surtout une visibilité inhabituelle à un sous-traitant industriel.
Cette visibilité ne dispense pas de prudence. Le président de Fives Nordon, Jean-Jacques Depuydt, souligne que l’entreprise reste attentive aux réponses attendues d’EDF avant d’accélérer certains investissements. Pour les ETI de la filière, la leçon est claire : les perspectives du nucléaire justifient des capacités supplémentaires, mais les dépenses doivent suivre le rythme réel des appels d’offres et des jalons clients.
Un modèle utile au Mittelstand industriel français
Le cas nancéien illustre une voie concrète pour les ETI industrielles : transformer un site existant plutôt que déplacer systématiquement les productions vers des zones périphériques. Ce modèle combine sobriété foncière, proximité de l’emploi, maintien des compétences et investissement productif.
Il reste difficilement réplicable sans un dialogue durable entre entreprise et territoire. À Nancy, l’alignement entre la stratégie de Fives Nordon, la protection du foncier industriel et les besoins de formation permet de faire de l’implantation urbaine un facteur de compétitivité. Dans une filière nucléaire en quête de capacités, cette continuité industrielle devient un avantage stratégique.

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