FCDE prend 55 % d’Hemeria pour accélérer son développement international dans la défense et le spatial
Avec 64 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice clos au 30 juin 2025, Hemeria veut accélérer son développement international. L’ETI toulousaine associe désormais un nouvel actionnaire majoritaire, FCDE, au développement de technologies comme BalMan, son ballon stratosphérique manœuvrant.
Un nouvel actionnaire pour accélérer la croissance
Hemeria intervient sur deux marchés liés aux enjeux de souveraineté : la défense et le spatial. Ses activités couvrent notamment les systèmes de conversion d’énergie, les radars, les nanosatellites et les ballons stratosphériques. En décembre 2025, le groupe employait près de 400 personnes sur cinq sites industriels.
Depuis le 5 mars 2026, FCDE détient 55 % du capital. Les actionnaires historiques ont réinvesti en position minoritaire, aux côtés de la direction et d’un management élargi. Nicolas Multan assure la présidence, tandis qu’Aymeric Bessière occupe la direction générale.
La feuille de route annoncée par le fonds combine croissance organique et acquisitions. Elle vise à renforcer les capacités industrielles et technologiques d’Hemeria, puis à accélérer son développement en France comme à l’international. Le développement export constitue donc un axe stratégique, sans que cette annonce permette de chiffrer les ventes supplémentaires attendues.
BalMan : piloter la trajectoire plutôt que subir les vents
Dans ce portefeuille, BalMan représente un développement technologique important. Le CNES et Hemeria conçoivent un ballon capable d’emporter une charge utile de 50 kilogrammes pendant plusieurs mois. L’objectif consiste notamment à prolonger le survol d’une zone d’intérêt.
Son fonctionnement repose sur deux enveloppes. La première contient de l’hélium ; la seconde accueille de l’air ambiant. Un compresseur fait varier la quantité d’air, donc la masse du système. Le ballon peut ainsi monter ou descendre entre 16 et 22 kilomètres d’altitude. Les opérateurs utilisent ensuite les différents courants pour orienter sa trajectoire.
Cette manœuvrabilité ne correspond donc pas à une propulsion classique. Elle doit permettre une présence prolongée au-dessus de certaines zones, sous réserve des conditions atmosphériques. Le CNES envisage des applications scientifiques, la surveillance maritime ou des frontières, ainsi que des relais de télécommunications en situation de crise.
Une première étape technique remonte à la nuit du 30 au 31 octobre 2024. Depuis le Centre spatial guyanais, un essai a validé l’enveloppe et les systèmes de sécurité du vol en haute altitude. Il ne constituait pas encore une validation complète de la capacité manœuvrante.
À Ayguesvives, une base industrielle déjà sollicitée
Le programme s’appuie sur une activité industrielle existante. Le 11 octobre 2023, le CNES a confié à Hemeria un accord-cadre de fourniture d’enveloppes courant jusqu’à fin 2027. Il prévoit 50 ballons stratosphériques ouverts, principaux et auxiliaires compris, ainsi que près de 40 ballons pressurisés. Ces volumes concernent les campagnes scientifiques, et non une commande de BalMan.
Le site d’Ayguesvives, au sud-est de Toulouse, assure cette production. Il dispose de trois lignes dédiées aux ballons stratosphériques, dont une approche 200 mètres de long. Lors de la signature, Hemeria avait également annoncé un renforcement des équipes pour tenir les livraisons.
Pour une ETI, l’intérêt de cette organisation tient à l’articulation entre production et innovation. Les commandes scientifiques apportent une activité industrielle identifiée, tandis que BalMan vise de nouveaux usages. L’accord-cadre doit précisément soutenir les investissements, les recrutements et la structuration de l’offre ballons, selon les objectifs annoncés par les partenaires.
Des partenariats pour transformer la plateforme en solution
Le partenariat signé avec Safran Electronics & Defense, le 17 juin 2026, illustre cette recherche de débouchés. Les deux industriels souhaitent développer des solutions de renseignement électromagnétique et de guerre électronique depuis la très haute altitude. Hemeria fournirait la plateforme ballon, associée à des capteurs et aux capacités d’analyse automatisée de Safran.AI.
Il s’agit toutefois d’un protocole d’accord, pas d’une commande de série. Sa portée stratégique réside dans la complémentarité recherchée : associer le véhicule, les équipements de mission et l’exploitation des données. Cette démarche montre comment une ETI spécialisée peut construire une offre avec un grand équipementier, sans développer seule chaque composant.
Le calendrier reste enfin un point de vigilance. Le CNES présente début 2027 comme un objectif de disponibilité opérationnelle, après des qualifications prévues en 2025 et 2026. Cette échéance demeure prévisionnelle. Pour Hemeria, la prochaine étape consiste à transformer les validations techniques et les partenariats en capacités utilisables, puis en débouchés commerciaux.

Laisser un commentaire
Réagir