Evonik mise 52 millions d’euros à Essen pour accroître ses capacités en silicones et renforcer la fiabilité des approvisionnements industriels
Evonik engage 52 millions d’euros dans les silicones à Essen, tout en défendant son indépendance face à BASF. Pour les ETI françaises utilisatrices d’additifs, l’enjeu industriel dépasse ce bras de fer : la disponibilité des spécialités et la fiabilité des approvisionnements.
Un investissement ciblé dans une filière sous pression
Le 3 novembre 2026, le chimiste allemand a annoncé l’achèvement d’une nouvelle unité de production et d’un parc de stockage. Implanté sur le site d’Essen Goldschmidtstrasse, l’ensemble renforce ses capacités en silicones organomodifiés. Ces additifs entrent notamment dans les mousses de polyuréthane, les adhésifs, les revêtements et les produits cosmétiques.
Ce choix d’investissement intervient dans un environnement européen difficile. En France, l’accord de branche du 13 novembre 2025 décrivait une utilisation moyenne des capacités de 75 %. Il situait le seuil de rentabilité sectoriel autour de 80 %. Ces données éclairent la pression sur les industriels, sans décrire spécifiquement le marché des silicones.
L’exposition du tissu français reste importante. La Direction générale des entreprises recense 8 770 entreprises dans la filière chimie et matériaux, dont 95 % de PME et d’ETI. Ce périmètre comprend aussi la plasturgie, le caoutchouc et le papier-carton. La performance des fournisseurs de spécialités constitue donc un sujet industriel, au-delà des seuls grands groupes.
À Essen, davantage de capacité et moins de transferts
Le projet vise autant la logistique que la production. Un pont de tuyauteries de 150 mètres relie quatre unités et quinze installations au nouveau stockage. Cinq réservoirs en acier inoxydable permettent de conserver des matières premières essentielles. Le site passe ainsi de 32 à 35 hectares.
Selon Evonik, cette organisation réduit les transports de produits intermédiaires et finis entre ses établissements. Elle doit aussi diminuer la dépendance aux livraisons de dernière minute. Essen appartient à un réseau comprenant d’autres sites allemands, ainsi que Pandino, Shanghai et Hopewell. Le groupe ne précise toutefois ni le tonnage supplémentaire ni sa répartition commerciale.
Pour une ETI de formulation ou de transformation, l’intérêt potentiel relève donc d’abord de la continuité industrielle. Cependant, davantage de capacité ne garantit pas automatiquement des prix plus bas ou des délais plus courts. L’annonce ne comporte aucun engagement spécifique envers les clients français. Il convient de distinguer l’objectif de sécurisation affiché de ses futurs résultats commerciaux.
Des résultats solides, mais une lecture à nuancer
Les comptes trimestriels donnent parallèlement des arguments à la direction. Entre juillet et septembre 2026, l’EBITDA ajusté atteint 629 millions d’euros, en hausse de 40 %. Evonik estime désormais probable un résultat annuel dans la moitié supérieure de sa fourchette de 2 à 2,2 milliards d’euros. Il s’agit bien d’EBITDA ajusté, et non de bénéfice net.
La croissance du chiffre d’affaires, de 13 %, mérite également une décomposition : les volumes progressent de 2 %, contre 10 % pour les prix. La dynamique ne traduit donc pas une reprise équivalente de la demande physique. En outre, le résultat net demeure négatif, à 53 millions d’euros de perte. Des provisions de 313 millions liées au programme d’efficacité pèsent sur les comptes.
Cette distinction importe pour les acheteurs industriels. Une amélioration financière portée principalement par les prix n’a pas la même signification qu’une accélération des volumes. Elle invite à examiner séparément la santé du fournisseur, les capacités disponibles et les conditions d’achat, plutôt qu’à conclure à une détente générale du marché.
L’indépendance reste la ligne officielle face à BASF
Le dossier capitalistique demeure distinct. Selon les informations rapportées par la presse allemande, BASF a porté sa proposition à 24 euros par action, soit environ 11 milliards d’euros. Ce montant ne figure pas dans le communiqué officiel d’Evonik.
Le 30 octobre 2026, le directoire a annoncé son refus d’ouvrir des négociations, après examen du courrier de BASF daté du 22 octobre. Il accepte néanmoins un échange confidentiel, strictement informatif. Cette ouverture ne constitue donc ni une négociation engagée ni un accord de rapprochement.
Pour les ETI françaises concernées, deux sujets restent à distinguer : la mise à disposition effective des nouvelles capacités et l’évolution éventuelle de l’actionnariat. À ce stade, le fait industriel établi reste l’investissement d’Essen. Les bénéfices concrets pour chaque client dépendront de ses produits, de ses contrats et de ses circuits d’approvisionnement.

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