Crédit Agricole 15,58 € +3,73 % Air Liquide 186,82 € +2,33 % Airbus 199,00 € +2,94 % Alstom 11,25 € +1,12 % Danone 67,42 € +2,12 % BNP Paribas 92,06 € +5,08 % Carrefour 13,40 € +2,45 % Capgemini 128,50 € +2,64 % AXA 44,61 € +3,62 % Vinci 111,40 € +2,39 % Dassault Systèmes 25,53 € +2,20 % Edenred 24,70 € +3,13 % EssilorLuxottica 186,65 € +1,30 % Bouygues 41,92 € +2,17 % Engie 24,03 € +3,04 % Eurofins Scientific 88,50 € +1,44 % Société Générale 64,40 € +4,63 % Thales 227,50 € -2,36 % Kering 190,26 € +5,56 % Legrand 131,50 € -1,72 % LVMH 412,75 € +2,80 % Michelin 33,45 € +3,15 % ArcelorMittal — L'Oréal 445,05 € +2,85 % Orange 15,07 € +2,48 % Publicis 103,95 € +2,77 % Pernod Ricard 69,54 € +1,88 % Hermès International 1 357,50 € +3,43 % Renault 28,18 € +3,45 % Safran 294,80 € +3,44 % Sanofi 83,23 € +2,78 % Saint-Gobain 72,50 € +3,10 % Stellantis 4,05 € -0,91 % STMicroelectronics 42,44 € -1,54 % Schneider Electric 235,95 € -1,59 % Teleperformance 81,94 € +1,19 % TotalEnergies 83,05 € +0,41 % Unibail-Rodamco 93,60 € +1,52 % Veolia 33,63 € +2,06 % Worldline 11,13 € +3,75 %
Industrie

Boccard mise sur les SMR pour élargir son rôle industriel dans le nucléaire et sécuriser une nouvelle chaîne de valeur européenne

eti_news ·

Dans le nucléaire, les contrats ne se gagnent plus seulement sur la capacité à intervenir sur un parc existant. Ils se gagnent aussi sur l’aptitude à industrialiser des technologies de rupture, sans perdre en exigences de sûreté ni en discipline projet.

C’est précisément le pari d’un accord conclu à l’hiver 2025 entre Boccard, ingénieriste industriel historique, et Thorizon, jeune pousse franco-néerlandaise positionnée sur un petit réacteur modulaire (SMR) à sels fondus.

Un marché SMR qui se structure, et qui appelle des intégrateurs industriels

La filière SMR européenne est entrée dans une phase de structuration. Les projets avancent sur des feuilles de route de pré-licensing, des choix de sites et des démonstrateurs, avec des échéances qui se comptent désormais en années.

Dans ce cadre, les développeurs de réacteurs ont besoin d’industriels capables de transformer un design en sous-systèmes qualifiables, puis en lots d’ingénierie et de construction. Autrement dit, la compétitivité ne se joue pas uniquement sur la physique du réacteur, mais sur la capacité à tenir coûts, délais, traçabilité et qualité sur des procédés complexes.

Les réacteurs à sels fondus, en particulier, déplacent une partie de la difficulté vers les matériaux, la corrosion, la chimie des sels et l’ingénierie des circuits fluides. Cela renforce mécaniquement la valeur des acteurs spécialisés dans l’EPC, la tuyauterie, les utilités et l’intégration d’ensembles industriels.

Les faits : Boccard élargit son terrain de jeu au-delà du « nucléaire classique »

Boccard est une ETI familiale, historiquement positionnée sur l’ingénierie et l’intégration d’installations industrielles. Dans le nucléaire français, l’entreprise est présente sur 44 des 57 réacteurs du parc.

À l’hiver 2025, Boccard a signé un accord de coopération avec Thorizon, start-up franco-néerlandaise qui développe un réacteur à sels fondus. Les deux partenaires annoncent une coopération à la fois technique et commerciale, formalisée sous la forme d’un Memorandum of Understanding (MoU).

Le périmètre affiché met en avant l’appui de Boccard sur des sujets d’ingénierie EPC digitalisée et de procédés fluides et utilités, avec l’objectif d’accélérer la validation de sous-systèmes et la préparation d’une première mise en service d’un réacteur à sels fondus en Europe.

Thorizon développe son concept « Thorizon One » et communique sur une trajectoire de développement comportant des étapes de démonstration et de préparation à la construction. Lors d’une conférence technique internationale au printemps 2026, l’équipe Thorizon a indiqué une feuille de route visant un démarrage de construction autour de 2032.

Analyse : un signal fort pour les ETI, entre diversification et montée en gamme

Pour une ETI comme Boccard, l’intérêt stratégique est double. D’abord, l’accord ouvre une option de croissance sur une nouvelle génération de projets. Ensuite, il permet de capitaliser sur des compétences déjà monétisées dans l’industrie de process, mais transposées à un univers nucléaire où les exigences de qualification et de documentation sont encore plus élevées.

Le message implicite est clair : le nucléaire avancé ne sera pas un marché réservé aux seuls grands donneurs d’ordre. Il sera aussi un marché d’ETI capables de livrer des « briques » industrialisées, traçables et reproductibles, indispensables à toute promesse de modularité.

Pour Thorizon, l’enjeu est symétrique. Une deeptech peut convaincre sur la valeur technologique, mais elle doit aussi sécuriser une chaîne d’industrialisation crédible. S’adosser à un intégrateur expérimenté réduit un risque majeur perçu par les parties prenantes : l’écart entre prototype et exploitation industrielle.

Au-delà du duo, ce type de partenariat dessine un modèle pour le Mittelstand français. Les ETI d’ingénierie, de fabrication et d’assemblage peuvent se positionner très tôt dans la chaîne de valeur, avant même la phase d’investissement massif. À condition, toutefois, d’absorber des coûts initiaux de montée en compétence, de qualification et de conformité.

Enfin, il faut noter que les projets SMR en France sont suivis par l’écosystème de sûreté et de régulation. Les pages publiques dédiées aux petits réacteurs modulaires identifient notamment des projets liés aux réacteurs à sels fondus, dont ceux portés par Thorizon. Ce point compte pour les ETI : la dynamique de marché dépendra autant des jalons industriels que de la trajectoire d’instruction et d’acceptabilité.

Perspectives : ce que doivent regarder les ETI de la filière

Premièrement, les prochains jalons seront industriels. La filière attend des démonstrateurs, des validations de sous-systèmes et des choix d’architecture qui se traduisent en lots concrets, donc en appels à compétences et en commandes potentielles.

Deuxièmement, la bataille se jouera sur la « répétabilité ». Les SMR promettent une production plus standardisée que les grands réacteurs. Pour que cela devienne réel, les intégrateurs et fabricants devront industrialiser la qualité, les achats et la documentation, comme dans l’aéronautique ou la pharma.

Troisièmement, les ETI devront arbitrer entre opportunité et risque. Les calendriers restent longs, et la maturité de certaines technologies impose des investissements amont. Mais l’accès précoce aux programmes peut aussi sécuriser des positions clés dans la supply chain, lorsque les projets passeront en phase de réalisation.

En somme, l’accord entre Boccard et Thorizon illustre un mouvement de fond : la nouvelle vague nucléaire en Europe se prépare déjà dans les partenariats entre développeurs et ETI industrielles. Pour les entreprises de taille intermédiaire, c’est moins un pari sur une technologie qu’un pari sur une compétence rare : transformer l’innovation en exécution industrielle.

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