Beneteau investit 10 millions d’euros à Canet pour structurer le reconditionnement des grands bateaux d’occasion
Beneteau prépare à Canet-en-Roussillon un pôle de services et de reconditionnement destiné aux grands bateaux. Le projet représente 10 millions d’euros d’investissement, selon La Lettre M. Son ouverture reste envisagée pour mi-2029. Pour la filière nautique française, l’enjeu dépasse ce nouveau chantier : il s’agit d’industrialiser les services autour des bateaux déjà en circulation.
Le marché de l’occasion devient un débouché industriel
Avec son programme NEO, Beneteau cherche à prolonger son activité au-delà de la vente initiale. Lancée en 2025 sur deux modèles Lagoon, cette offre de reconditionnement couvre désormais huit modèles des marques Lagoon, Beneteau et Jeanneau. Le constructeur annonce un audit de près de 300 points et une garantie chantier de 24 mois, selon les conditions applicables.
Le principe consiste à associer les compétences du fabricant à celles des métiers de la réparation. Les équipes utilisent les plans d’origine et les nomenclatures par numéro de coque. Elles déterminent ainsi les travaux nécessaires et les pièces adaptées. Le périmètre peut comprendre la propulsion, le gréement, la plomberie ou les aménagements intérieurs.
Cette organisation éclaire l’intérêt du projet pour les PME et ETI industrielles : le service devient une activité structurée autour du produit installé. La valeur ne repose plus uniquement sur la fabrication initiale, mais aussi sur la maîtrise technique de sa modernisation. C’est la logique économique que traduit le déploiement de NEO.
À Canet, une montée en capacité fondée sur BMS
Présenté le 23 octobre 2026, le futur pôle occuperait un terrain de 15 000 mètres carrés dans les Pyrénées-Orientales. Beneteau prévoit environ 2 200 mètres carrés de bâtiments. Le projet reste soumis aux études et aux autorisations nécessaires. Une option foncière supplémentaire de 10 000 mètres carrés permettrait ensuite de doubler la surface construite.
Le groupe s’appuie sur BMS, entreprise locale intégrée en octobre 2025. Lors de l’acquisition, Beneteau indiquait que ce spécialiste prenait en charge plus de 50 catamarans Lagoon chaque année. Ses fondateurs, Pascal Cantiran et Denis Ranjard, conservaient alors les commandes de l’entreprise. Le rapprochement associait donc une expertise de proximité aux moyens d’un constructeur.
Le futur établissement élargirait cette activité aux grandes unités du groupe : catamarans et monocoques, à voile comme à moteur. Outre le reconditionnement, il assurerait la préparation et l’installation d’équipements sur des bateaux neufs. Beneteau vise particulièrement le segment des 60 à 80 pieds pour son ambition de rayonnement international.
Distinguer les volumes du groupe et ceux du site
La trajectoire industrielle appelle une distinction essentielle. Beneteau vise 130 bateaux reconditionnés par an à l’horizon 2030 pour l’ensemble du programme NEO. À cette échéance, Canet pourrait traiter environ dix grandes unités annuellement. Ces deux objectifs ne décrivent donc ni le même périmètre géographique ni les mêmes capacités.
Le dispositif méditerranéen comprend déjà des centres à Canet-en-Roussillon et à Bizerte, en Tunisie. Le nouveau pôle doit compléter cette organisation avec une spécialisation dans les grandes unités. Pour apprécier sa montée en puissance, il faudra donc suivre les volumes propres à chaque implantation, plutôt que rapporter l’objectif global au seul chantier catalan.
L’emploi constitue un autre indicateur. Selon Multicoques Mag, l’effectif du site pourrait passer d’une vingtaine à environ 80 personnes à terme. Cette perspective correspond à un changement d’échelle, mais pas encore à un résultat acquis. Elle accompagne une diversification des prestations, de la maintenance à la préparation des unités neuves.
Un enjeu de compétences pour l’écosystème nautique
Le choix de Canet repose aussi sur son environnement industriel. Clément Himily, directeur général de la division voile, évoque dans La Lettre M un pôle nautique réunissant une quarantaine d’entreprises. Pour les acteurs français de cette chaîne de valeur, l’intérêt du projet tient donc autant aux compétences locales qu’aux futurs bâtiments. Aucun volume de sous-traitance ne permet toutefois de chiffrer leurs retombées.
Une seconde phase pourrait accueillir des formations pour les propriétaires et les équipages, notamment en navigation et en sécurité. À court terme, les jalons restent plus industriels : obtenir les autorisations, construire les installations et préparer leur exploitation. L’ambition mondiale affichée par Beneteau devra ensuite se mesurer à la capacité réelle de reconditionnement et à la montée des effectifs.

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