Zwilling engage 42 millions d’euros à Merville pour électrifier la production de Staub et renforcer sa capacité industrielle sans recruter
42 millions d’euros pour électrifier une fonderie et augmenter la capacité industrielle, sans ajouter d’effectifs : dans l’industrie française, l’équation est rare et structurante.
À Merville (Hauts-de-France), l’investissement annoncé autour des cocottes en fonte vise un double objectif : réduire fortement l’empreinte carbone d’un procédé très énergivore et sécuriser une production de long terme sur le territoire.
Une transition énergétique industrielle, au cœur de la compétitivité des ETI
Dans les ETI industrielles, la décarbonation n’est plus un sujet d’image. Elle devient un paramètre de coût, de continuité d’activité et d’accès aux marchés, notamment lorsque les donneurs d’ordre intègrent des critères carbone dans leurs achats.
Ensuite, l’électrification des procédés lourds prend de la valeur en France, car l’électricité y est majoritairement produite à partir de sources bas carbone, en particulier le nucléaire. Le déplacement du gaz vers l’électricité peut donc réduire les émissions associées à la chaleur industrielle, à condition de disposer de la puissance nécessaire et d’un raccordement robuste.
Enfin, ce type de projet met en lumière une réalité très ETI : la décarbonation dépend autant des investissements “dans l’usine” que des investissements “autour de l’usine” (réseaux, postes, raccordements, disponibilité locale de compétences de maintenance électrique, etc.).
Les faits : 42 M€ pour remplacer le gaz par des fours électriques à Merville
Le site Staub de Merville, propriété du groupe allemand Zwilling, doit faire l’objet d’un investissement de 42 millions d’euros. L’enjeu central est le remplacement de la fonderie actuelle par une nouvelle installation intégrant des technologies plus sobres en énergie.
Le basculement technique clé est le passage d’équipements fonctionnant au gaz vers des fours électriques. Cette évolution s’inscrit dans une stratégie de décarbonation, avec l’idée de réduire sensiblement les émissions de CO2 liées à la production, tout en modernisant l’outil.
La fabrication de cocottes en fonte impose la fusion de métaux à des températures supérieures à 1 400 °C. C’est un procédé structurellement énergivore. Le changement de technologie de fours est donc un levier majeur, à la fois sur la consommation et sur les émissions.
Le projet doit aussi permettre d’augmenter les capacités de production du site. En revanche, il est indiqué qu’il ne s’accompagnerait pas de créations d’emplois supplémentaires. L’usine emploie aujourd’hui entre 300 et 400 salariés à Merville.
Sur le calendrier, le lancement du chantier de construction de la nouvelle fonderie est envisagé au second semestre 2028. En amont, des travaux de raccordement au poste électrique d’Estaires (à environ 30 km à l’ouest de Lille) sont prévus afin de sécuriser l’alimentation des futurs fours électriques.
Analyse : ce que l’électrification change pour une usine de fonte… et pour les ETI
Premier enseignement : 42 millions d’euros, c’est un niveau d’investissement qui dépasse la simple “mise à niveau” d’équipements. On est sur une reconfiguration d’un maillon critique du process. Pour une ETI industrielle, ce type de capex engage le site sur des décennies, en particulier quand il touche à la fonderie, au réseau interne et aux utilités.
Deuxième point : l’absence de créations d’emplois ne signifie pas l’absence d’impact social. Au contraire, ces projets déplacent souvent la valeur vers des compétences de conduite d’installations électriques, de maintenance, d’automatisme et de pilotage énergétique. La question n’est donc pas “combien d’emplois en plus”, mais “quels métiers demain” et “quelle capacité à recruter et former localement”.
Troisième point : l’augmentation de capacité, combinée à une baisse d’émissions, positionne l’usine sur un compromis recherché par de nombreuses ETI : produire plus sans exploser les coûts carbone. Cela peut devenir un argument commercial, notamment à l’export, mais aussi un outil de résilience si les prix du gaz restent volatils par rapport à l’électricité sur certains cycles.
Quatrième point, très opérationnel : le raccordement électrique est un sujet stratégique. L’électrification de fours industriels implique des puissances importantes et une continuité d’alimentation stricte. Autrement dit, la réussite du projet ne dépend pas seulement de l’achat des fours, mais aussi de la capacité du territoire à délivrer une infrastructure électrique fiable et dimensionnée.
Enfin, ce dossier illustre une tendance de fond : l’industrie “traditionnelle” (métallurgie, fusion, traitements thermiques) devient un terrain central de la transition énergétique. Pour les ETI, cela ouvre des opportunités de différenciation, mais aussi un besoin de financement patient et de visibilité réglementaire.
Perspectives : un projet de temps long, avec une exécution à sécuriser
Le projet est présenté comme préparé depuis plusieurs années, en lien avec les services de l’État et les collectivités locales. C’est cohérent avec les délais réels des investissements lourds : définition technique, validation, trajectoire énergétique, puis phasage industriel sans rupture de production.
Le démarrage envisagé au second semestre 2028 place l’exécution au cœur du sujet : tenue du calendrier, maîtrise des risques de chantier sur site en activité, et capacité à sécuriser la montée en puissance électrique.
À moyen terme, l’effet le plus tangible pour le tissu ETI régional pourrait être la diffusion de standards : pilotage énergétique, modernisation d’utilités, et retours d’expérience sur l’électrification d’équipements thermiques. Pour les industriels de la zone, c’est aussi un signal sur la direction prise par la compétitivité : moins de gaz, plus d’électricité, et une industrie qui se joue autant dans la technique que dans l’infrastructure.
Dans ce cadre, Merville devient un cas d’école : une production à forte intensité énergétique, un investissement massif, et une ambition de capacité accrue. Pour beaucoup d’ETI, c’est exactement la transition la plus difficile à financer et à exécuter, mais aussi celle qui conditionne la pérennité sur 40 à 50 ans.

Laisser un commentaire
Réagir