Valdunes doit transformer l’aide publique en production pour relancer ses deux sites et sécuriser l’avenir de la filière ferroviaire française
Un nouveau prêt public de 1,5 million d’euros doit permettre à Valdunes de franchir l’échéance de septembre. Pour le dernier fabricant français de roues ferroviaires, l’enjeu dépasse toutefois le paiement des salaires : il s’agit de remettre en marche un outil industriel stratégique, aujourd’hui très sous-utilisé.
Avec 2 millions d’euros déjà accordés durant l’été, le soutien de l’État atteint 3,5 millions d’euros en trois mois. Cette enveloppe finance les dépenses courantes, les fournisseurs et les livraisons. Elle ne constitue pas, à elle seule, un plan de redressement industriel.
Une trésorerie sous tension malgré un actif industriel unique
Valdunes exploite deux sites complémentaires dans les Hauts-de-France. La forge de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, forme les roues. Le site de Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes, assure leur transformation. Ensemble, ils représentent la dernière capacité française de production de roues et d’essieux ferroviaires.
Or la production de septembre ne devait atteindre qu’environ 300 roues. Le rythme normal se situe entre 1 500 et 2 000 unités mensuelles. L’écart illustre une difficulté classique des reprises industrielles : disposer des équipements et du savoir-faire ne suffit pas lorsque le besoin en fonds de roulement empêche d’acheter la matière, de payer les sous-traitants et de tenir les délais clients.
La situation concerne directement le tissu des ETI industrielles. Dans des filières longues comme le ferroviaire, une rupture de trésorerie chez un fournisseur critique fragilise rapidement les donneurs d’ordres, les sous-traitants locaux et les compétences rares. La souveraineté ne repose donc pas seulement sur la détention d’un outil de production. Elle suppose aussi un financement adapté à ses cycles de fabrication.
Le dossier conserve pourtant des débouchés commerciaux. En février, Valdunes Industries a annoncé un contrat portant sur 1 800 roues pour le fret lourd en Europe du Nord, à livrer à raison de 900 unités en 2027 puis en 2028. Cette commande confirme que le marché reconnaît encore les capacités techniques du site. Elle ne résout pas, en revanche, le décalage immédiat entre commandes, production et encaissements.
Le plan de reprise de 2024 mis à l’épreuve
Le tribunal de commerce de Lille-Métropole a validé la reprise de MG-Valdunes par Europlasma le 20 mars 2024. Le projet prévoyait la conservation des deux implantations et la préservation de près de 60 % des effectifs. Près de 178 emplois sur 309 étaient alors maintenus.
Le montage initial devait mobiliser plus de 35 millions d’euros sur trois ans. Europlasma annonçait 15 millions d’euros de fonds propres. L’État devait apporter jusqu’à 15 millions d’euros de prêts. Les collectivités locales prévoyaient 5 millions d’euros, auxquels devait s’ajouter un million d’euros de la SNCF selon des modalités restant à définir.
La promesse industrielle était ambitieuse : reconquérir le marché domestique, moderniser l’outil et développer des roues à plus faible empreinte carbone. Le retour à l’équilibre était alors visé dès 2025. Deux ans après, l’urgence de trésorerie montre que cette trajectoire n’a pas produit les effets attendus.
Dans un courrier daté du 31 juillet 2026, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a indiqué qu’aucun des investissements prévus dans l’offre de reprise n’avait été réalisé, alors que le projet évoquait 30 millions d’euros d’investissements. De son côté, Europlasma a expliqué devant l’Assemblée nationale avoir engagé des dépenses de réparation et d’entretien.
Le groupe a également mis en avant une difficulté majeure de valorisation des stocks repris. Selon son dirigeant, des roues comptabilisées entre 1 000 et 1 500 euros l’unité correspondaient à des matériels ferroviaires sans marché actif. Lors de son audition, il a indiqué que 21,2 millions d’euros de roues inscrites en stock ne représentaient en réalité que 6,5 millions d’euros de valeur.
Les roues vertes, une option stratégique à convertir en volumes
Le 23 septembre 2026, Valdunes Industries et Saarstahl Ascoval ont signé un protocole d’accord pour développer une nouvelle génération de roues ferroviaires. Le principe repose sur la récupération de roues usagées, la refonte de l’acier puis la fabrication de nouvelles roues dans une chaîne régionale.
Le projet peut renforcer la logique industrielle du bassin valenciennois. Saarstahl Ascoval produit des aciers recyclés à Saint-Saulve, à proximité de Trith-Saint-Léger. Pour Valdunes, cet approvisionnement local peut réduire l’exposition logistique et donner un contenu commercial à la stratégie de décarbonation annoncée lors de la reprise.
Les premières livraisons sont envisagées à la fin de 2026. Cependant, le protocole ne précise ni les volumes, ni le chiffre d’affaires attendu, ni les investissements nécessaires. Il s’agit donc d’une piste de transformation industrielle, pas encore d’un socle de charge permettant de retrouver rapidement une cadence compatible avec l’équilibre économique des sites.
Le prochain enjeu est clair : convertir les contrats et les partenariats en flux de production réguliers. Pour Valdunes comme pour les ETI de la métallurgie et du ferroviaire, la relance ne se jouera pas uniquement sur les aides d’urgence. Elle dépendra de la capacité à sécuriser simultanément le financement du cycle d’exploitation, la remise à niveau des équipements et un carnet de commandes suffisamment dense.

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