Sirius Space Services internalise sa production pour sécuriser la montée en cadence de ses moteurs de fusée
En reprenant un atelier d’usinage de précision au Coudray-Montceaux, Sirius Space Services ne s’est pas seulement offert des mètres carrés industriels. L’entreprise a internalisé une brique critique de sa chaîne de valeur : la fabrication des composants de propulsion de ses futurs lanceurs.
Depuis juin 2025, le site historique de la SERM, rebaptisé SERM by Sirius, assemble l’héritage de la mécanique de compétition et les exigences du New Space. Fondée en 1962, l’entreprise travaillait notamment avec Renault F1, Alpine, Safran et Mecachrome. Elle doit désormais contribuer à la production des moteurs STAR-1 et de nombreuses pièces de la gamme de fusées Sirius.
Une acquisition industrielle avant d’être spatiale
La reprise de la SERM répond à un enjeu classique pour les entreprises technologiques qui passent du prototype à la série : sécuriser l’industrialisation. Le site essonnien emploie 30 spécialistes des petites et moyennes séries. Il disposait de 17 machines-outils au moment de l’opération, selon les informations publiées par Fives.
L’objectif est précis. SERM by Sirius doit fabriquer des chambres de combustion, des plaques d’injecteurs et des turbopompes pour le moteur STAR-1. Ces sous-ensembles concentrent une forte valeur technique. Ils conditionnent aussi la cadence de fabrication, la qualité et la traçabilité d’un programme de lanceur.
Le site conserve toutefois ses marchés historiques dans l’aéronautique, l’automobile, le médical, la défense et le spatial. Cette continuité est importante. Elle permet de maintenir une activité diversifiée tout en faisant monter l’outil industriel en compétence sur les pièces critiques du lanceur.
L’opération comprend un partenariat avec AddUp, filiale du groupe Fives spécialisée dans la fabrication additive métallique. Deux machines FormUp 350 étaient annoncées pour accélérer le recours à l’impression 3D métal. Cette technologie permet de produire des géométries complexes et de réduire le nombre d’éléments à assembler.
Le moteur STAR-1 au centre du modèle industriel
La stratégie de Sirius repose sur une architecture commune de lanceurs. Le STAR-1 utilise de l’oxygène liquide et du méthane liquide. Sa poussée annoncée atteint 55 kilonewtons dans le vide. Chaque premier étage doit embarquer neuf moteurs, auxquels s’ajoutent neuf moteurs par propulseur latéral pour les versions Sirius 13 et Sirius 15.
Cette standardisation donne une dimension très concrète au rachat de la SERM. Plus le nombre de moteurs par lanceur augmente, plus la répétabilité industrielle devient décisive. La maîtrise simultanée de l’impression 3D métal, du post-traitement et de l’usinage de précision peut raccourcir les boucles entre conception, essais et corrections.
Les essais ont déjà franchi plusieurs étapes. La société indique avoir réalisé des tests de 60 secondes à pleine poussée en décembre 2023, puis de 120 secondes en octobre 2024 et de 140 secondes en avril 2025. En septembre 2026, un prototype complet du STAR-1 a également été allumé pour la première fois lors d’essais comprenant les turbopompes, la chambre de combustion, la plaque d’injection, l’avionique et le logiciel, selon un compte rendu spécialisé de cette campagne.
Pour le Mittelstand français, cette séquence illustre un mouvement plus large. Dans les filières complexes, les ETI et PME industrielles ne sont plus seulement des sous-traitantes. Elles deviennent des actifs stratégiques lorsqu’elles détiennent les procédés, les équipes et les équipements qui permettent de transformer une innovation en produit certifiable.
Une réponse française au défi du mini-lancement
Sirius vise le marché des petits satellites avec trois configurations. Le Sirius 1 est donné pour 180 kilogrammes en orbite héliosynchrone à 500 kilomètres. Le Sirius 13 doit atteindre 800 kilogrammes et le Sirius 15, équipé de quatre propulseurs latéraux, 1 100 kilogrammes. La modularité vise à mutualiser moteurs, étages et procédés de fabrication.
Le projet bénéficie du dispositif France 2030 consacré à la démonstration de services de micro et mini-lancements. Le CNES précise que la démonstration du Sirius 13 est prévue à l’horizon de fin 2027. L’objectif fixé est alors de placer 700 kilogrammes sur une orbite héliosynchrone à 600 kilomètres.
Le calendrier impose donc une montée en cadence sans compromis sur la fiabilité. L’intégration d’un atelier existant réduit le risque de dépendance à des fournisseurs multiples, mais elle ne supprime pas le défi industriel. Il faut qualifier les procédés, stabiliser les approvisionnements, tenir les tolérances et absorber les retours d’essais.
La force du modèle réside dans l’association de compétences souvent dispersées : conception de moteur, fabrication additive, usinage, contrôle et production de petites séries. Au Coudray-Montceaux, Sirius transforme ainsi un savoir-faire forgé dans l’automobile de compétition en capacité productive pour le spatial. Le passage du moteur testé au lanceur opérationnel reste à accomplir, mais l’entreprise a désormais rapproché son bureau d’études de son usine.

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