Relancer une marque agroalimentaire en ETI : le pari produit, preuve et distribution qui permet à Zapetti et Legal de revenir en rayon
Dans l’agroalimentaire, relancer une marque ne se joue plus seulement au goût. Désormais, l’équation combine transparence, nutrition, formats et efficacité industrielle.
Deux cas récents illustrent ce virage. D’un côté, Cofigeo remet Zapetti au centre d’un rayon fragilisé. De l’autre, le groupe familial Méo-Fichaux réinstalle Legal en grande distribution après une disparition de deux ans, en s’appuyant sur les capsules, déjà majoritaires sur le marché.
Un rayon sous pression, entre inflation et nouvelles attentes
Le segment des plats cuisinés à réchauffer a encaissé plusieurs chocs. L’inflation a pesé sur l’arbitrage des ménages. En parallèle, les pratiques culinaires ont évolué, avec une recherche de produits perçus comme plus « sains » et plus lisibles.
Dans ce contexte, les marques historiques n’ont plus le luxe de vivre sur leur notoriété. Elles doivent prouver, en rayon, la qualité nutritionnelle et l’origine des ingrédients. Elles doivent aussi simplifier le choix, au moment où l’acheteur compare en quelques secondes prix, Nutri-Score et promesses d’origine.
Pour les ETI de l’agroalimentaire, l’enjeu est concret. Le redressement d’une marque finance la modernisation des outils, sécurise l’emploi industriel et renforce le pouvoir de négociation face à la grande distribution.
Les faits : Zapetti repart à la hausse, Legal revient par les capsules
Cofigeo, leader du rayon des plats cuisinés, a engagé un plan de relance de plusieurs marques, dont William Saurin, Zapetti et Raynal et Roquelaure.
Pour Zapetti, connu pour ses raviolis, les ventes ont reculé de 15 % en 2025. Le début de l’année 2026 marque un retour en positif, à +0,8 %.
Pour soutenir ce rebond, Cofigeo a modernisé le packaging et mis en avant des repères consommateur. Le groupe insiste notamment sur le Nutri-Score, et sur l’affichage Origin’Info, un dispositif qui vise à mieux informer sur l’origine des matières premières agricoles des produits transformés, déployé progressivement depuis 2024.
Zapetti communique d’ailleurs directement sur Origin’Info via une page dédiée. Cofigeo met aussi en avant, au niveau de son portefeuille, que Zapetti dispose de recettes en Nutri-Score A ou B.
Sur Raynal et Roquelaure, une rénovation des recettes et des packagings est annoncée. Une campagne vidéo est également prévue, avec une production réalisée intégralement par intelligence artificielle, selon les éléments disponibles.
Deuxième relance, sur un autre rayon : Méo-Fichaux a racheté la marque Legal, disparue des rayons pendant deux ans. Le groupe, qui se présente comme premier torréfacteur français indépendant, a retravaillé marketing et packaging pour redonner vie à cette marque patrimoniale.
Legal est revenu en supermarché au printemps 2026, sous format capsules. Ce choix suit une logique de marché : les capsules représentent 52 % des ventes de café en France.
La relance s’appuie aussi sur un redéploiement commercial. Depuis le 1er avril 2026, Legal est de retour dans les rayons de Carrefour et Super U, puis en mai chez Intermarché et Monoprix.
Analyse : la relance devient un projet « produit + preuve + exécution »
Ces relances montrent une même bascule. La marque ne se « réveille » plus uniquement avec un nouveau logo. Elle revient avec un triptyque : un produit ajusté aux attentes, une preuve immédiatement lisible, et une exécution industrielle et commerciale solide.
Première jambe, le produit. Dans les plats cuisinés, l’objectif est d’éviter l’image de recettes trop grasses, trop salées, ou trop éloignées des standards actuels. Dans le café, la capsule est devenue un standard d’usage. Ignorer ce format reviendrait à se couper du cœur de la demande.
Deuxième jambe, la preuve. Nutri-Score et Origin’Info structurent de plus en plus la perception. Origin’Info, officialisé via une charte et un logo en 2024, vise précisément à limiter les ambiguïtés et à rendre l’information d’origine plus compréhensible pour le consommateur. Pour une ETI, afficher ces éléments devient un investissement défensif et offensif : défensif face à la défiance, offensif pour justifier un positionnement et consolider la préférence.
Troisième jambe, l’exécution. Refaire un packaging implique des délais, des coûts de réimpression et des impacts supply chain. Côté café, le retour de Legal en grande distribution suppose aussi une capacité industrielle cohérente avec les exigences de volumes, de qualité et de régularité du linéaire.
Enfin, ces dossiers soulignent une contrainte spécifique aux groupes multi-marques, typiques du tissu ETI. Méo-Fichaux doit repositionner Legal sans cannibaliser ses autres cafés, Méo et Koota. Autrement dit, la relance n’est pas seulement un rattrapage. C’est une architecture de gamme à recalibrer, pour capter un public plus jeune sans perdre la clientèle historique.
Perspectives : un test grandeur nature pour les ETI face aux géants et aux MDD
Pour Cofigeo, l’enjeu est de « re-muscler » un rayon où la concurrence est double. D’un côté, les marques nationales se disputent une visibilité limitée. De l’autre, les marques de distributeur imposent une pression prix durable. Dans ce contexte, la relance de Zapetti sert aussi de signal aux enseignes : la marque investit, innove et peut recréer de la valeur au mètre linéaire.
Pour Méo-Fichaux, la relance de Legal est un test de différenciation face aux géants mondiaux du café. La marque revient avec une promesse d’accessibilité, mais aussi avec des éléments de souveraineté industrielle, puisque le groupe met en avant la torréfaction en France.
À court terme, la performance se jouera sur trois indicateurs. D’abord, la rotation en rayon, qui conditionne la pérennité des référencements. Ensuite, la capacité à maintenir une cohérence prix-promesse, sans dégrader les marges. Enfin, la crédibilité des « preuves » affichées, car l’ère de la transparence réduit la tolérance aux promesses floues.
Plus largement, ces relances confirment un point clé pour le Mittelstand français : les ETI agroalimentaires peuvent encore gagner des batailles de marque, mais à condition de traiter la relance comme un programme complet, du consommateur jusqu’à l’outil industriel.

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