Infravia injecte 50 millions d’euros dans la mine de lithium Finnis en Australie pour relancer la production et garantir jusqu’à 10% pour l’industrie européenne
Le fonds français Infravia, soutenu par l’Etat, franchit une étape dans les métaux critiques avec un investissement de 50 millions d’euros dans le groupe australien CoreLithium. L’annonce a été faite jeudi 19 mars, près de trois ans après le lancement d’un véhicule d’investissement dédié à la sécurisation des approvisionnements stratégiques.
Cette opération s’inscrit dans un tour de table plus large de 205 millions de dollars. Il réunit aussi le négociant suisse Glencore et l’investisseur australien Nebari, spécialisé dans le secteur. L’objectif opérationnel affiché est de relancer, dès cette année, la mine de Finnis, située dans le Territoire du Nord en Australie.
Un pari sur l’Australie et sur une reprise progressive du marché
En entrant au capital de CoreLithium, Infravia choisit un environnement jugé robuste. L’Australie reste un acteur central de l’industrie minière et s’impose comme le premier producteur mondial de lithium. En 2025, le pays représente environ un tiers de la production mondiale.
Vincent Levita, fondateur et président d’Infravia, met en avant plusieurs arguments : « C’est un endroit qui fonctionne bien. Il y a une équipe de management expérimentée pour s’occuper de l’actif, avec une technologie éprouvée. L’Australie est membre de l’OCDE et offre une sécurité en termes juridiques. Et enfin, le projet respecte nos critères ESG [environnementaux, sociaux et de gouvernance] ».
Sur le plan économique, l’investissement intervient après une période de forte turbulence sur le lithium. La mine à ciel ouvert de Finnis, ouverte en 2022, a fermé début 2024. Cette décision a suivi l’effondrement des prix observé en 2023, souvent résumé comme un « crash » du lithium.
L’évolution des cours illustre cette volatilité. Le prix de l’hydroxyde de lithium, une forme chimique utilisée notamment dans les batteries haut de gamme, a reculé brutalement : d’un pic de plus de 80 dollars le kilo début 2023 à 15 dollars environ douze mois plus tard. Il est ensuite passé sous les 10 dollars sur une grande partie de 2025. À présent, la même quantité s’échange pour un peu moins de 20 dollars.
Vincent Levita souligne que la hausse récente ne met pas fin aux à-coups du marché : « La volatilité n’est pas passée : le lithium reste un petit marché en volume, dont les prix réagissent en marche d’escalier à chaque à-coup. Mais nous sommes confiants car la demande augmente durablement et les analystes prévoient un prix d’équilibre de long-terme autour de 20000 dollars la tonne, avec lequel le projet offre des rendements satisfaisants ».
La mine de Finnis vise une production à partir de septembre 2026
CoreLithium s’appuie sur un plan détaillé présenté en 2025 pour relancer Finnis. Le calendrier annoncé prévoit un redémarrage « très prochainement », puis une première production en septembre 2026. La montée à pleine capacité est attendue à mi-2028.
Pour allonger la durée de vie de l’actif et améliorer l’équation économique, le groupe compte notamment sur l’ajout d’une exploitation souterraine. À terme, le site viserait une production annuelle de 205000 tonnes de concentré de spodumène, avec une teneur de 5% de lithium, pendant une durée de 20 ans.
Une option sur 10% de la production pour servir des clients européens
Au-delà de la performance financière, l’investissement s’inscrit dans un mandat stratégique : contribuer à sécuriser des volumes de métaux critiques pour l’industrie. Infravia indique pouvoir orienter jusqu’à environ 10% de la production de la mine, via un mécanisme de contrat d’offtake.
Vincent Levita précise la logique : « C’est une option. Cela nous permet d’avoir un droit de premier passage sur 10% du minerai, pour l’orienter vers des clients européens intéressés aux mêmes conditions de marché ».
Dans les faits, l’essentiel du spodumène australien est aujourd’hui expédié vers la Chine. Le pays concentre une large part des capacités de raffinage du lithium de qualité batterie. Infravia met en avant l’existence de projets en Europe et anticipe une montée en puissance progressive. L’idée est de pouvoir rediriger une partie des volumes si une chaîne industrielle locale se structure.
Les débouchés potentiels, en Europe, peuvent concerner plusieurs maillons. La production pourrait intéresser des raffineurs, mais aussi des constructeurs automobiles et des fabricants de batteries, selon la logique décrite autour de cette option d’approvisionnement.
Un outil parmi d’autres face à la Chine et aux Etats-Unis
La démarche reste toutefois limitée à l’échelle des grands plans d’investissement internationaux. Infravia reconnaît l’écart de moyens avec la Chine et les Etats-Unis, engagés dans une course accélérée aux métaux critiques. « Oui, nous ne jouons pas dans la même cour, et ce fonds s’inscrit comme un outils parmi plusieurs initiatives européennes », explique Vincent Levita.
Le fonds soutenu par l’Etat français vise un objectif de levée de 2 milliards d’euros. À ce stade, il a réuni 800 millions d’euros, dont 500 millions apportés par l’Etat. Pour Infravia, l’enjeu se construit sur le temps long : « Mais c’est un match qui se joue dans la durée. Nous avons assez d’argent pour investir, amorcer la pompe avec de bon deals, et grandir progressivement. L’idée, et la commande stratégique, c’est de construire progressivement un écosystème solide à horizon cinq à dix ans ».
Infravia indique suivre une trentaine de projets et viser la signature de cinq ou six accords dans l’année. Les priorités annoncées concernent le lithium, le cuivre, le nickel et les terres rares, avec l’objectif de contribuer, à son échelle, à une chaîne d’approvisionnement plus résiliente pour l’industrie européenne.
Sources
- L’Usine Nouvelle

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