Crédit Agricole 18,21 € +0,11 % Air Liquide 165,22 € +1,26 % Airbus 194,78 € +0,72 % Alstom 14,96 € -2,13 % Danone 60,26 € -0,46 % BNP Paribas 101,10 € +0,36 % Carrefour 16,44 € 0,00 % Capgemini 105,50 € +1,10 % AXA 44,84 € +0,25 % Vinci 111,95 € +1,04 % Dassault Systèmes 20,90 € +1,65 % Edenred 27,80 € -2,04 % EssilorLuxottica 141,25 € +1,62 % Bouygues 43,49 € +0,25 % Engie 23,69 € -1,41 % Eurofins Scientific 78,06 € +2,12 % Société Générale 73,87 € +1,76 % Thales 236,70 € -0,63 % Kering 228,65 € -1,87 % Legrand 138,85 € +2,25 % LVMH 405,50 € +0,67 % Michelin 33,35 € +0,82 % ArcelorMittal L'Oréal 383,80 € +2,06 % Orange 15,02 € -0,10 % Publicis 97,42 € -0,10 % Pernod Ricard 59,64 € +0,34 % Hermès International 1 344,00 € +0,94 % Renault 27,07 € -1,24 % Safran 330,70 € +2,38 % Sanofi 74,59 € +0,73 % Saint-Gobain 70,10 € +1,42 % Stellantis 4,23 € +0,75 % STMicroelectronics 44,65 € +2,75 % Schneider Electric 295,00 € +3,24 % Teleperformance 69,92 € +0,29 % TotalEnergies 78,56 € -0,96 % Unibail-Rodamco 93,50 € +0,41 % Veolia 31,60 € -0,44 % Worldline 12,00 € -4,20 %
ETI en Europe

Industrie européenne : comment les ETI peuvent absorber les coûts énergétiques industriels sans fragiliser leurs investissements

eti_news ·

La crise énergétique allemande revient au centre du jeu politique. Berlin vient d’annoncer une baisse de 17 centimes par litre de carburant, pour un coût total de 2,5 milliards d’euros. Cette réponse d’urgence ne règle toutefois pas la question la plus sensible pour l’industrie : celle du prix durable du gaz.

Dans ce contexte, l’AfD veut remettre le gaz russe dans le débat. Le parti prépare des échanges avec des représentants russes sur une possible reprise des livraisons vers l’Allemagne. Pour les ETI industrielles françaises, très intégrées aux chaînes de valeur allemandes, ce débat dépasse largement les frontières du pays.

Une facture énergétique redevenue politique

Le gouvernement fédéral allemand a décidé de réduire jusqu’à fin 2026 la fiscalité énergétique sur l’essence et le diesel de 14 centimes par litre. Avec la TVA, l’allégement atteint 17 centimes. Les Länder financeront la moitié de l’effort, soit 1,25 milliard d’euros.

La mesure doit entrer en application avant le 1er octobre. Elle vise les ménages, mais aussi les entreprises dépendantes de la route : artisans, transporteurs, commerciaux et PME industrielles. Berlin envisage aussi un mécanisme d’encadrement des prix à la pompe à compter de janvier 2027.

Cette réponse confirme la pression exercée par les coûts énergétiques sur l’économie allemande. Or, pour les secteurs intensifs en énergie, le sujet ne se limite pas au carburant. La chimie, la métallurgie, le verre, le papier et de nombreux sous-traitants industriels restent particulièrement exposés au prix du gaz.

Avant la rupture de 2022, le gaz russe représentait 52 % des importations allemandes de gaz en 2021, selon le régulateur fédéral. Cette dépendance avait soutenu le modèle industriel allemand, mais elle constituait aussi une vulnérabilité stratégique majeure.

Le retour du gaz russe, une hypothèse portée par l’AfD

L’AfD demande la remise en service de Nord Stream 2, dont la certification avait été suspendue par l’Allemagne en février 2022. Le projet n’est jamais entré en exploitation. Nord Stream 1, lui, avait cessé de livrer du gaz avant les explosions qui ont endommagé les infrastructures en septembre 2022.

Selon des informations rapportées par Reuters, Kirill Dmitriev, conseiller économique de Vladimir Poutine et dirigeant du fonds souverain russe, prépare une rencontre avec les coprésidents de l’AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla. L’objectif serait d’évoquer une reprise des flux gaziers.

Le projet resterait conditionné à un accord-cadre de paix entre la Russie et l’Ukraine. Il demeure donc hautement hypothétique. L’AfD ne participe pas au gouvernement fédéral et ne peut pas, seule, engager l’Allemagne sur un tel dossier.

Markus Frohnmaier, député et responsable de la politique étrangère du parti, a rencontré Alexeï Miller, directeur général de Gazprom, à Saint-Pétersbourg en juin. Il a ensuite fait état d’une possibilité technique de reprise des livraisons en trois mois. Ce délai n’a pas fait l’objet d’une confirmation publique de Gazprom ni des autorités allemandes.

Le débat intervient alors que le modèle énergétique européen a changé de nature. L’Union européenne a remplacé une grande part des volumes russes par des livraisons de gazoduc venues notamment de Norvège, ainsi que par davantage de gaz naturel liquéfié. Cette diversification a réduit le risque de rupture, mais elle expose davantage les industriels aux marchés mondiaux du gaz.

Pour le Mittelstand, le vrai enjeu est la prévisibilité

Une énergie moins chère améliorerait mécaniquement les marges des entreprises électro-intensives. Pourtant, la compétitivité ne repose pas seulement sur le niveau instantané des prix. Les ETI ont besoin de contrats lisibles, d’investissements sécurisés et d’une visibilité suffisante pour localiser leurs capacités de production.

Un retour aux hydrocarbures russes créerait un arbitrage difficile entre coût, souveraineté et sécurité d’approvisionnement. Les autorités européennes soulignent que les dépendances à un fournisseur unique fragilisent le marché. Trois des quatre conduites de Nord Stream restent par ailleurs inopérantes, ce qui limite la portée pratique d’une promesse de redémarrage rapide.

Le cadre réglementaire européen constitue un second obstacle. Le règlement européen adopté en 2026 organise la sortie progressive des importations de gaz russe. Toute reprise massive supposerait donc non seulement un accord politique à Berlin, mais aussi une évolution du cadre européen et des équilibres diplomatiques.

Pour les ETI françaises fournisseurs de l’industrie allemande, l’enjeu immédiat est ailleurs. Elles doivent intégrer la volatilité de l’énergie dans leurs prix, leurs clauses contractuelles et leurs décisions d’investissement. Les groupes les plus solides chercheront à réduire leur consommation, sécuriser des approvisionnements diversifiés et transférer une part du risque dans la chaîne de valeur.

Un débat qui pèsera sur la compétitivité européenne

La controverse allemande reflète une tension plus large. L’Europe veut accélérer sa décarbonation, renforcer son autonomie stratégique et préserver sa base productive. Ces trois objectifs peuvent converger, mais ils imposent des investissements élevés dans les réseaux, l’efficacité énergétique, l’électrification et les capacités bas carbone.

Le retour du gaz russe reste donc, à ce stade, un marqueur politique davantage qu’un scénario industriel crédible. Il révèle toutefois un fait central : lorsque l’énergie renchérit durablement les coûts de production, les réponses de court terme ne suffisent plus. La compétitivité du Mittelstand allemand, comme celle des ETI françaises, dépendra de sa capacité à sécuriser une énergie abordable sans recréer les dépendances du passé.

Dans cette équation, les entreprises de taille intermédiaire disposent d’un levier déterminant. Leur agilité peut accélérer les projets de sobriété, d’autoproduction et de modernisation des procédés. Mais cette transformation exigera aussi un cadre stable, car aucun investissement industriel ne se décide sur la seule base d’une baisse temporaire à la pompe.

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