Ferroglobe réduit ses fours de silicium : l’industrie européenne face au risque de rupture d’approvisionnement stratégique
Ferroglobe ne fait aujourd’hui fonctionner que trois de ses huit fours de silicium métal mobilisables en Europe. A Montricher, en Savoie, l’usine demeure à l’arrêt. Aux Clavaux et à Anglefort, la production reste partielle. Le redémarrage d’un second four isérois, soutenu par une commande, ne donne de visibilité que jusqu’au 31 décembre 2026.
Pour les trois sites français, le sujet ne se limite plus à un creux de cycle. Il devient un test grandeur nature de la capacité européenne à préserver une production électro-intensive stratégique face à des importations à bas prix.
Une plainte enregistrée, mais un calendrier industriel sous tension
Ferroglobe et les pouvoirs publics français ont engagé une procédure visant le silicium métal. La plainte a été enregistrée par la Commission européenne le 26 mars 2026. Elle ouvre la voie à un réexamen des droits antidumping appliqués aux importations chinoises.
Le mécanisme est distinct des mesures de sauvegarde. Une mesure antidumping cible des pratiques et des origines déterminées. Elle suppose d’établir l’existence de dumping et d’un préjudice pour l’industrie européenne. Les premières mesures éventuelles peuvent précéder la décision définitive, mais la procédure reste longue au regard de la situation des fours.
En mai, le Gouvernement indiquait que le dossier était en cours d’examen par les services européens. Fin mai, il estimait que les éléments nécessaires au lancement de l’enquête avaient été fournis par l’entreprise et sa fédération professionnelle. La réponse ministérielle sur la plainte de Ferroglobe confirme la date de dépôt. Les échanges au Sénat sur l’avancement du dossier précisent le stade alors atteint.
Le silicium métal est resté hors du filet de sauvegarde
La Commission européenne avait ouvert, le 19 décembre 2024, une enquête de sauvegarde couvrant plusieurs alliages à base de silicium et de manganèse. Le règlement final du 18 novembre 2025 a instauré une protection pour quatre familles de ferro-alliages, pour trois ans.
Le silicium métal a toutefois été exclu du dispositif. La Commission a expliqué que le critère d’une hausse des importations n’était pas rempli pour ce produit. Cette décision a créé une asymétrie pour Ferroglobe : une part de ses activités de ferro-alliages bénéficie d’un cadre de protection, tandis que son coeur de production de silicium métal demeure exposé.
Les droits antidumping existants sur le silicium chinois n’ont pas disparu. Ils avaient été prolongés en 2022. Cependant, les représentants de la filière jugent leur niveau insuffisant face à la nouvelle configuration du marché. La réponse de la Commission au Parlement européen rappelle qu’un réexamen intermédiaire peut modifier les droits en vigueur si des changements durables de dumping ou de préjudice sont démontrés. Le règlement européen sur les mesures de sauvegarde des ferro-alliages et la réponse de la Commission sur le silicium métal posent ce cadre.
Un écart de prix difficilement absorbable pour les sites alpins
Le problème est d’abord économique. Lors des débats parlementaires de mai 2026, le coût de production européen du silicium métal a été évalué autour de 2 300 euros la tonne. Des produits importés étaient alors évoqués entre 1 300 et 1 400 euros la tonne. Dans un marché de commodité, un tel différentiel rend la production locale déficitaire.
Cette pression frappe une activité dont l’électricité pèse lourd dans le coût de revient. Les prix de l’énergie constituent donc un second front. La Commission souligne d’ailleurs que les difficultés de la filière ne résultent pas exclusivement de pratiques commerciales dommageables. Pour Ferroglobe comme pour les ETI électro-intensives, une protection tarifaire sans trajectoire compétitive sur l’énergie ne règle qu’une partie de l’équation.
Les sites d’Anglefort, Montricher-Albanne et Les Clavaux concentrent des compétences industrielles difficiles à reconstituer. En novembre 2025, 450 salariés étaient concernés par le chômage partiel ou l’arrêt des installations. Anglefort illustre l’intensité capitalistique de ces actifs : le site exploite deux fours de 33 MW et des équipements de traitement du silicium. Le débat à l’Assemblée nationale sur les emplois et les sites français et la présentation des installations d’Anglefort documentent cet enjeu industriel.
Pour les ETI, un signal sur la souveraineté productive
Le dossier Ferroglobe dépasse le seul cas d’un groupe producteur de silicium. Il révèle la fragilité des chaînes de valeur situées entre l’extraction, l’électrométallurgie et les clients industriels. Aluminium, silicones, électronique, photovoltaïque, batteries et défense dépendent de ces maillons intermédiaires.
Le silicium métal figure parmi les matières premières critiques de l’Union européenne. Or les capacités européennes ne couvriraient plus qu’environ 15 % des besoins, contre un objectif communautaire de 40 % pour l’extraction, la transformation ou le recyclage des matières stratégiques selon les segments concernés. La fermeture durable de fours français réduirait encore la marge de sécurité des donneurs d’ordres européens.
La prochaine étape est donc réglementaire, mais aussi industrielle. Une révision des droits pourrait rétablir temporairement des conditions de concurrence plus équilibrées. Elle ne remplacera ni des contrats clients de long terme, ni une politique énergétique prévisible, ni des investissements de modernisation. Pour les ETI de la métallurgie et de la chimie aval, l’affaire rappelle qu’une dépendance à des importations à bas prix peut vite devenir un risque de continuité d’approvisionnement.

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