Réformes pour les ETI : chômage, arrêts maladie et transmission au cœur du projet économique d’Édouard Philippe
La compétitivité des ETI ne se joue pas seulement dans leurs usines, leurs bureaux d’études ou leurs marchés export. Elle dépend aussi du coût des absences, de la fluidité du marché du travail et de la capacité des actionnaires familiaux à transmettre leur entreprise.
Édouard Philippe place ces trois sujets au centre de son offre économique. Le président d’Horizons propose de limiter à douze mois l’indemnisation chômage des demandeurs d’emploi de moins de 50 ans. Il veut aussi durcir les règles sur les arrêts de travail courts et sanctuariser le pacte Dutreil.
Un nouveau durcissement envisagé sur l’assurance chômage
La mesure la plus structurante concerne la durée des droits. « Ma direction, c’est de faire comme l’Allemagne », a déclaré Édouard Philippe. Son objectif est de fixer un plafond de douze mois pour les moins de 50 ans.
Le projet va au-delà des règles applicables aujourd’hui. Pour les ruptures conventionnelles individuelles conclues à compter du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation des moins de 55 ans est ramenée de dix-huit à quinze mois. Cette règle ne concerne pas les autres motifs de rupture du contrat. Les règles de chômage après une rupture conventionnelle précisent également que le plafond atteint vingt mois dans les DROM-COM.
Pour les ETI, le sujet dépasse la seule baisse éventuelle des dépenses d’assurance chômage. Dans les métiers en tension, une indemnisation plus courte pourrait renforcer l’incitation au retour à l’emploi. Elle ne résout toutefois ni la rareté des compétences techniques, ni les difficultés de mobilité, ni les écarts entre les bassins d’emploi.
Les directions des ressources humaines devront aussi regarder le revers du dispositif. Une réduction uniforme de la durée des droits peut modifier les négociations de départ. Elle peut surtout accroître la pression sur les salariés dont les compétences sont devenues moins demandées après une réorganisation industrielle ou numérique.
Arrêts maladie : la recherche d’un coût mieux maîtrisé
Édouard Philippe veut également « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail ». Il chiffre à près de 40 % la hausse en valeur des arrêts maladie entre 2019 et 2025. Il évoque un coût annuel de l’ordre de 17 milliards d’euros.
La dynamique des indemnités journalières constitue bien un enjeu financier majeur. L’Assurance Maladie a constaté une progression de 27,9 % des dépenses entre 2019 et 2023. Elle relie 40 % de cette évolution à la hausse du recours aux arrêts maladie. Les données de l’Assurance Maladie sur les indemnités journalières soulignent ainsi une tension durable sur cette branche de dépenses.
Le candidat propose de s’inspirer de l’Espagne. Le principe serait de mieux couvrir les congés longs, tout en renforçant les jours de carence pour les arrêts courts et ponctuels. Il envisage que le premier, voire les deux premiers jours, ne soient pas indemnisés.
Il propose aussi un délai incompressible de trois, cinq ou six mois entre un arrêt maladie et une rupture conventionnelle. L’objectif affiché est de prévenir les situations de « chantage à l’arrêt maladie » dans les négociations de séparation.
Pour une ETI, le coût réel ne se limite pas aux indemnités. Les absences désorganisent les équipes réduites, compliquent les plannings de production et pèsent sur la qualité de service. Mais un durcissement des carences pose une autre question : celle du maintien dans l’emploi des salariés fragilisés. La prévention, l’organisation du travail et le management restent donc des leviers aussi importants que la règle d’indemnisation.
Transmission familiale : le pacte Dutreil remis au premier plan
Le troisième message vise directement les entreprises patrimoniales. Édouard Philippe appelle à cesser de remettre régulièrement en cause le pacte Dutreil. Pour les actionnaires familiaux, ce dispositif apporte une visibilité décisive au moment de préparer un passage de relais.
Le pacte Dutreil permet, sous conditions, une exonération de 75 % de la valeur transmise par donation ou succession. Il vise à éviter qu’une famille doive vendre des actifs, distribuer des dividendes excessifs ou ouvrir brutalement le capital pour acquitter les droits de mutation. Le plan public consacré à la transmission-reprise identifie d’ailleurs la complexité juridique et fiscale, ainsi que l’accès au financement, comme des freins majeurs.
Le dispositif a néanmoins évolué avec la loi de finances pour 2026. Les actifs non exclusivement affectés à l’activité professionnelle sont désormais exclus de l’assiette exonérée. L’engagement individuel de conservation des titres a, lui, été porté de quatre à six ans. Les ajustements du pacte Dutreil en 2026 confirment que la stabilité ne signifie pas l’absence de conditions.
Édouard Philippe défend parallèlement une hausse sensible des plafonds de donations du vivant aux enfants et aux petits-enfants. Pour les ETI familiales, l’enjeu est clair : anticiper la transmission assez tôt afin de dissocier le temps patrimonial du temps opérationnel. La succession ne doit pas devenir un événement subi au moment où l’entreprise doit financer sa croissance externe, recruter ou investir.
Une politique de l’offre élargie aux infrastructures
Le candidat articule ces propositions autour de trois priorités : remettre de l’ordre dans les comptes publics, laisser les entreprises créer de la richesse et moderniser les infrastructures. Il réaffirme son intention de supprimer 50 milliards d’euros d’impôts de production, en contrepartie d’une baisse équivalente des aides aux entreprises.
Il cite aussi un grand plan pour le fret ferroviaire et le développement du stockage de l’eau. Pour les ETI industrielles, logistiques et agroalimentaires, ces sujets relèvent moins de la doctrine que de la continuité d’exploitation. Le coût du transport, la disponibilité de l’eau et la sécurité des approvisionnements déterminent directement la compétitivité des sites français.
L’ensemble dessine une ligne pro-offre, mais aussi plus exigeante pour les salariés et les finances sociales. Sa cohérence dépendra d’un point décisif pour le Mittelstand français : transformer des règles plus strictes en gains réels de productivité, sans fragiliser la capacité des entreprises à fidéliser les compétences rares.

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