Maïsadour réorganise sa gouvernance pour sécuriser la fusion avec Euralis et renforcer sa performance agroalimentaire dans le Sud-Ouest
Maïsadour change de directeur général alors que son rapprochement avec Euralis entre dans une phase d’exécution décisive. La coopérative landaise confie sa direction à Stéphane Gautier et adapte son organisation pour piloter une transformation qui dépasse largement une simple succession managériale.
Le groupe affiche 1,408 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2024-2025, 4 300 salariés et 5 000 agriculteurs adhérents. Son excédent brut d’exploitation atteint 63,7 millions d’euros. Le résultat net consolidé reste négatif, à 2,8 millions d’euros, mais s’améliore de 6 millions d’euros sur un an.
Une direction resserrée pour conduire la transformation
Stéphane Gautier succède à Christophe Bonno, directeur général depuis octobre 2021. Il connaît les rouages de Maïsadour : entré dans la coopérative en 2007 comme directeur administratif et financier du pôle agricole, il est devenu directeur administratif et financier du groupe en 2013.
Cette continuité interne est stratégique. Elle doit permettre au conseil d’administration, présidé par Daniel Peyraube, de sécuriser la conduite des projets en cours sans créer de rupture dans les relations avec les adhérents, les équipes et les partenaires industriels.
Le nouveau directeur général reprend un groupe déjà engagé dans une recomposition de ses activités. En octobre 2025, Maïsadour a réuni Delpeyrat et Fermiers du Sud-Ouest dans Maïsadour Gastronomie. Cette entité rassemble 1 400 salariés, réalise 450 millions d’euros de chiffre d’affaires et exploite huit sites de production.
L’objectif affiché est de mutualiser la logistique, les achats, la supply chain, les forces commerciales, les fonctions supports et la recherche-développement. Pour une ETI agroalimentaire intégrée, ces fonctions constituent des leviers directs de compétitivité, dans un contexte de pression persistante sur les coûts de production et les marges.
La réorganisation touche aussi l’amont agricole. Après le départ à la retraite de Jean-Louis Zwick, l’ancien pôle agricole est désormais scindé entre un pôle végétal, dirigé par Grégory Moulis, et un pôle animal, confié à Pascal Azam. Cette séparation distingue deux chaînes de valeur dont les cycles, les risques et les impératifs d’investissement diffèrent fortement.
La finance placée au coeur du rapprochement avec Euralis
Maxime Choquet devient directeur administratif et financier en charge de la transformation. Ancien directeur du contrôle financier de Maïsadour, il a notamment travaillé sur le projet de fusion avec Euralis, la mutualisation des activités comptables et le développement de la filière volailles.
Le choix d’un profil financier à ce poste souligne l’enjeu central des prochains mois : transformer un projet de rapprochement en une organisation capable de dégager des synergies, tout en préservant les équilibres coopératifs et territoriaux.
L’Autorité de la concurrence a autorisé la fusion entre Euralis et Maïsadour le 17 juillet 2026, sous conditions. L’opération porte sur l’ensemble des activités des deux groupes, présents dans les semences, les céréales, l’élevage, la nutrition animale, le canard gras et l’agroalimentaire.
Les remèdes imposés dessinent le cadre opérationnel du futur ensemble. Les coopératives doivent céder Canadour et la marque Sarrade. Elles doivent aussi transférer aux concurrents une capacité correspondant à au moins deux millions de canards gras d’ici au 17 juillet 2031.
Douze infrastructures de collecte de céréales, oléagineux et protéagineux devront par ailleurs être cédées à des repreneurs agréés. Maïsadour devra également vendre son usine de nutrition animale de Pomarez, dans les Landes. Des mandataires indépendants suivront l’exécution de ces engagements pendant cinq ans.
Une nouvelle taille, mais une intégration sous contrainte
Sur la base des derniers exercices publiés, Maïsadour et Euralis représentent ensemble près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Euralis a réalisé 1,6 milliard d’euros de revenus en 2024-2025, avec un EBITDA en hausse de 4,1 %. La coopérative béarnaise regroupe environ 5 300 adhérents et emploie près de 4 900 collaborateurs.
Le rapprochement vise donc à faire émerger un pôle coopératif de taille nationale dans le Sud-Ouest. Les deux groupes veulent mettre en commun leurs moyens humains, économiques et industriels afin de renforcer les services aux agriculteurs, la valorisation des filières et la capacité d’investissement.
Cette logique répond aux défis des ETI agroalimentaires : consolider l’amont pour sécuriser les volumes, moderniser les outils industriels, financer l’innovation et mieux négocier face à des clients concentrés. Elle s’inscrit aussi dans un environnement instable, marqué par les aléas climatiques, la volatilité des cours agricoles et les séquelles de l’influenza aviaire.
Pour Maïsadour, la priorité sera d’ordonner ses chantiers sans perdre de vue la rentabilité. Le groupe a investi 25 millions d’euros en 2024-2025, notamment dans ses outils de semences, la nutrition animale, l’aquaculture et la filière volaille. Celle-ci bénéficie d’un plan visant à faire passer la production de 31 millions à 36 millions de poulets par an d’ici 2028.
La nomination de Stéphane Gautier donne ainsi un pilote opérationnel à une étape charnière. Le succès ne se mesurera pas seulement à la taille du futur ensemble. Il dépendra de sa capacité à préserver la proximité coopérative, à tenir les engagements concurrentiels et à convertir les mutualisations annoncées en marges et en investissements utiles aux filières du Sud-Ouest.

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