Les ETI face au ralentissement français : préserver les marges et financer l’investissement malgré l’énergie chère et le crédit tendu
Avec une croissance limitée à 0,4 % en 2026, l’économie française s’installerait dans une phase de quasi-stagnation. Hors choc sanitaire de 2020, ce serait son plus faible rythme annuel depuis 2012. Pour les ETI, l’enjeu dépasse le seul indicateur macroéconomique : il touche directement les carnets de commandes, les marges et les décisions d’investissement.
La Banque de France a abaissé son scénario de croissance après un premier semestre sans élan. Le produit intérieur brut a reculé au premier trimestre, puis a stagné au deuxième. L’acquis de croissance disponible pour le reste de l’année reste donc très faible.
Une activité freinée par la demande intérieure et l’énergie
Le ralentissement repose sur plusieurs facteurs. Les services marchands manquent de dynamisme. La construction reste en repli. L’agriculture a aussi subi les conséquences des épisodes de chaleur. La succession des canicules aurait retiré 0,1 point à la croissance annuelle de 2026.
Le troisième trimestre ne marquerait qu’une amélioration limitée, avec une progression du PIB attendue à 0,1 %. L’industrie a néanmoins affiché un rebond en août. Les biens d’équipement et les matériels de transport ont porté ce mouvement.
Les filières de l’aéronautique, de la défense, de l’électronique et des équipements électriques soutiennent cette reprise industrielle. La construction de centres de données contribue également à la demande de matériels informatiques, électroniques et optiques.
Cette résistance des exportations offre un point d’appui utile aux industriels. Elle ne suffit toutefois pas à compenser la faiblesse du marché intérieur. Pour de nombreuses ETI, notamment les fournisseurs de la construction, de la consommation et des services aux entreprises, le risque principal demeure l’allongement des cycles de décision des clients.
Le pouvoir d’achat pèse sur les volumes
La consommation des ménages, moteur habituel de l’activité française, subit le retour de l’inflation. Celle-ci est attendue à 2,3 % en moyenne en 2026. Le choc énergétique renchérit les dépenses contraintes et réduit la capacité de consommation discrétionnaire.
Les salaires réels reculeraient d’environ 0,3 % cette année. Le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages diminuerait de 0,4 %. Ce décalage entre la hausse des prix et l’évolution des revenus fragilise les secteurs dépendants des arbitrages des particuliers.
Les ETI du commerce, de l’équipement de la maison, des loisirs ou de l’agroalimentaire devront donc défendre leurs volumes sans dégrader leurs prix de vente. La sélectivité tarifaire devient centrale. Elle suppose de distinguer les hausses de coûts durables des tensions temporaires sur l’énergie et les approvisionnements.
Le marché du travail reste, à ce stade, un facteur de stabilisation. Le taux de chômage atteindrait 8,4 % en fin d’année avant de refluer vers 8 % en 2028. Cette résistance limite le risque d’un choc plus brutal sur la demande, mais elle ne garantit pas une reprise rapide des embauches dans les entreprises exposées au ralentissement.
Investissement : un arbitrage plus exigeant pour les ETI
La faiblesse de l’activité intervient alors que les conditions de financement se durcissent. La Banque de France anticipe que l’investissement privé, déjà freiné, pourrait être davantage contraint par le resserrement financier et l’incertitude entourant la politique budgétaire.
Pour les ETI, cette configuration impose un pilotage plus fin du bilan. Les projets de capacité, de décarbonation, de digitalisation ou de croissance externe devront démontrer rapidement leur rentabilité. Les opérations les plus solides seront celles qui combinent gains de productivité, sécurisation des approvisionnements et accès à de nouveaux marchés.
Le coût du capital restera un sujet majeur. La Banque de France ne prévoit pas de reflux des taux auxquels la France emprunte sur les marchés. Dans un environnement de crédit moins accommodant, la génération de trésorerie, la maîtrise du besoin en fonds de roulement et la qualité de la relation bancaire deviennent des avantages compétitifs.
Le contraste avec l’Allemagne est notable. Son activité serait davantage soutenue par son plan de relance, tandis que la France ne peut guère compter sur une hausse de la demande publique. Les entreprises françaises devront donc chercher l’essentiel de leur croissance dans les gains de compétitivité, les exportations et la consolidation de leurs positions sectorielles.
Un rebond conditionné à la détente des prix de l’énergie
Le scénario central prévoit une amélioration en 2027, avec 0,9 % de croissance, puis 1,2 % en 2028. Cette trajectoire suppose un reflux progressif des prix de l’énergie. Le baril de pétrole reviendrait sous 80 dollars et le gaz autour de 43 euros le mégawattheure.
Dans ce cas, l’inflation ralentirait vers 1,9 % en 2027. La demande intérieure se raffermirait alors, soutenue par un redressement du pouvoir d’achat. L’investissement des entreprises pourrait aussi reprendre, après plusieurs trimestres de prudence.
Le scénario défavorable reste cependant très concret pour les dirigeants. Si le pétrole se maintenait au-dessus de 90 dollars et si le gaz demeurait proche de 50 euros le mégawattheure, la croissance resterait limitée à 0,4 % en 2027. L’inflation atteindrait alors 2,2 %.
La conjoncture française ne se résume donc pas à un décrochage mécanique. Elle révèle plutôt une économie vulnérable aux prix de l’énergie, à la faiblesse de la consommation et à l’attentisme de l’investissement. Pour le Mittelstand français, la priorité sera de préserver les marges et la capacité d’investissement jusqu’au retour d’une demande plus robuste.

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