Crédit Agricole 18,19 € -2,23 % Air Liquide 163,16 € -1,26 % Airbus 193,38 € -1,08 % Alstom 15,28 € -2,64 % Danone 60,54 € -1,37 % BNP Paribas 100,74 € -2,93 % Carrefour 16,44 € -2,23 % Capgemini 104,35 € -2,57 % AXA 44,73 € -0,73 % Vinci 110,80 € -1,86 % Dassault Systèmes 20,56 € -0,10 % Edenred 28,38 € -2,54 % EssilorLuxottica 139,00 € -1,73 % Bouygues 43,38 € -3,28 % Engie 24,03 € -0,91 % Eurofins Scientific 76,44 € -0,57 % Société Générale 72,59 € -2,12 % Thales 238,20 € -0,04 % Kering 233,00 € -2,75 % Legrand 135,80 € -0,37 % LVMH 402,80 € -2,30 % Michelin 33,08 € -1,37 % ArcelorMittal L'Oréal 376,05 € -1,07 % Orange 15,03 € -5,83 % Publicis 97,52 € 0,00 % Pernod Ricard 59,44 € -1,13 % Hermès International 1 331,50 € -3,16 % Renault 27,41 € -5,32 % Safran 323,00 € -2,59 % Sanofi 74,05 € -1,61 % Saint-Gobain 69,12 € -1,73 % Stellantis 4,20 € -5,43 % STMicroelectronics 43,46 € +2,39 % Schneider Electric 285,75 € -0,47 % Teleperformance 69,72 € -0,37 % TotalEnergies 79,32 € -0,39 % Unibail-Rodamco 93,12 € -1,34 % Veolia 31,74 € -1,15 % Worldline 12,53 € -7,06 %
Économie

H4 Marseille Fos sécurise son modèle industriel avec 1,6 milliard d’euros et deux contrats clés pour lancer l’e-SAF à Fos-sur-Mer

eti_news ·

H4 Marseille Fos entre dans une phase décisive. Le projet de carburant aérien de synthèse vise désormais un dépôt de permis de construire avant la fin septembre, après avoir verrouillé deux ressources qui conditionnent sa viabilité : l’électricité bas carbone et le dioxyde de carbone biogénique.

Pour cette coentreprise créée par H2V et Hy2gen, l’enjeu dépasse le calendrier administratif. Il s’agit de transformer une ambition industrielle de 1,6 milliard d’euros en un actif finançable, capable de livrer 75 000 tonnes annuelles de e-SAF à partir de 2032.

Un projet calibré pour la montée des obligations européennes

Le règlement européen ReFuelEU Aviation crée un débouché réglementaire progressif pour les carburants durables. Depuis 2025, les fournisseurs doivent incorporer 2 % de carburants durables dans les aéroports européens concernés. Cette part doit atteindre 6 % en 2030, puis 34 % en 2040.

Au sein de cette trajectoire, les carburants de synthèse disposent de leur propre mandat. Leur taux minimal est fixé à 0,7 % en 2030, à 5 % en 2035 et à 10 % en 2040. Cette obligation apporte de la visibilité à une filière encore émergente, mais dont les coûts restent très supérieurs à ceux du kérosène fossile.

H4 Marseille Fos veut produire un e-SAF obtenu à partir d’hydrogène et de CO2 capté, selon une technologie de conversion du méthanol en carburant d’aviation. Le site est implanté sur le Môle Central du port de Marseille Fos. Les titres d’occupation portent sur 46,6 hectares, une emprise qui confirme le caractère industriel du projet.

La localisation répond aussi à une logique logistique. Le complexe portuaire est connecté aux réseaux de transport de carburants. Il peut ainsi rapprocher la production des marchés aéronautiques du sud et de l’est de la France, tout en s’insérant dans les flux méditerranéens.

Electricité et CO2 : les deux verrous commencent à sauter

Le 16 juillet, H4 Marseille Fos a conclu avec EDF un contrat d’allocation de production nucléaire sur dix ans. Il prévoit une quote-part d’environ 150 MW à compter de la mise en service attendue en 2032. Cette capacité représente une part importante des besoins d’un projet qui estime sa consommation électrique annuelle à près de 2,8 TWh.

Ce contrat ne couvre donc pas l’intégralité des besoins. Il réduit néanmoins l’exposition du projet à la volatilité des prix de l’énergie et renforce la lisibilité du modèle économique. L’électricité pèserait près d’un tiers du coût total de production des e-SAF, selon EDF.

Le second intrant stratégique est le carbone. Le 23 juillet, H4 Marseille Fos a signé un partenariat avec Rhône Décarbonation, consortium réunissant Vicat, SPSE et Elengy. L’accord doit couvrir à long terme 50 % des besoins en CO2 biogénique de l’usine.

Rhône Décarbonation prévoit de capter jusqu’à 1,2 million de tonnes de CO2 par an à la cimenterie Vicat de Montalieu-Vercieu, dans l’Isère. Le CO2 serait ensuite acheminé grâce aux infrastructures de SPSE. Pour H4 Marseille Fos, cette sécurisation rapproche le projet d’une chaîne de valeur française structurée, depuis la capture jusqu’à la valorisation industrielle du carbone.

Un test grandeur nature pour les ETI de la décarbonation

Le dossier intéresse directement les ETI industrielles. H2V apporte son expérience des projets d’hydrogène et Hy2gen son développement international dans les carburants de synthèse. Mais la réussite dépendra aussi d’un tissu de fournisseurs, d’ingénieristes, d’équipementiers, de logisticiens et de spécialistes de la maintenance.

Pour ces entreprises, les projets de grande taille ouvrent des marchés nouveaux. Ils exigent toutefois des capacités financières, des références techniques et une aptitude à respecter des calendriers réglementaires complexes. Les dépenses d’études illustrent cette intensité capitalistique : lors de la concertation publique, le porteur du projet a indiqué avoir sécurisé 7 millions d’euros pour les études préliminaires. La phase d’études détaillées pourrait mobiliser 40 millions d’euros supplémentaires.

Le projet prévoit 165 emplois directs. Son effet économique le plus large pourrait néanmoins provenir des contrats de sous-traitance et de l’ancrage de compétences liées à l’électrolyse, au captage du carbone et aux procédés de synthèse. Fos cherche ainsi à convertir ses atouts historiques, foncier industriel, réseaux énergétiques et logistique portuaire, en avantages pour les filières bas carbone.

Le permis, puis la décision d’investissement

Le dépôt du permis de construire constitue maintenant la prochaine étape visible. Il s’inscrit dans un processus plus large d’autorisation environnementale et d’instruction par les services de l’Etat. La concertation a fait ressortir un objectif de complétude administrative en septembre 2026, avant les enquêtes et procédures qui suivront.

La décision finale d’investissement est annoncée pour 2028. Entre-temps, H4 Marseille Fos devra finaliser les études d’ingénierie, consolider ses contrats d’approvisionnement et boucler son financement. La trajectoire reste donc exigeante. Cependant, les accords conclus cet été changent la nature du projet : d’une ambition technologique, il commence à devenir une plateforme industrielle dotée de ses intrants critiques.

Pour le Mittelstand français, l’enjeu est clair. La filière e-SAF ne se résumera pas à quelques usines. Elle se construira par la capacité des ETI à fournir des équipements, des services et des solutions de décarbonation compétitives sur des marchés européens appelés à croître.

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