Financement des ETI : énergie chère, dette plus coûteuse et accès aux marchés mondiaux redessinent la compétition européenne
Le sujet n’est pas seulement l’écart entre Wall Street et Paris. Pour les ETI, le risque majeur tient au coût du capital. Lorsque l’énergie pèse sur les marges et que la dette renchérit, les projets d’investissement ralentissent vite.
Stéphane Boujnah, président du directoire d’Euronext, récuse donc l’idée d’une place parisienne durablement « à la traîne ». Il souligne que les indices américains reposent largement sur quelques groupes mondiaux, capables de vendre des licences et des services à l’échelle de la planète.
Cette concentration explique une part de la surperformance américaine. Elle ne résume pourtant ni la qualité des entreprises françaises internationalisées, ni les besoins de financement de l’économie productive.
Le vrai écart se creuse entre grands groupes et entreprises intermédiaires
Les grands groupes diversifiés disposent de plusieurs amortisseurs : présence internationale, accès large au financement obligataire, trésorerie abondante et capacité à répercuter une partie des coûts. Leur exposition aux marchés de capitaux reste structurellement plus fluide.
La situation est différente pour les ETI et les PME. Leur dépendance au crédit bancaire est souvent plus forte. Leur pouvoir de négociation sur les prix de vente est aussi plus limité, notamment dans l’industrie, la sous-traitance et les services exposés aux coûts énergétiques.
« La vraie source d’inquiétude ne doit pas être l’écart entre les indices », mais le décalage entre les grandes entreprises globales et les sociétés intermédiaires, a expliqué Stéphane Boujnah. Il cite d’abord le prix de l’énergie, puis l’effet différé du renchérissement de la dette.
Ce décalage est déterminant pour le Mittelstand français. Une ETI reporte rarement un investissement de capacité, une modernisation d’usine ou une acquisition sans conséquence. Le retard peut se traduire par une perte de compétitivité, une croissance externe plus coûteuse ou une pression accrue sur la marge opérationnelle.
L’avertissement sur le « ruissellement » de la hausse des taux dans l’ensemble des entreprises renvoie ainsi à un enjeu de calendrier. Les échéances de dette se renégocient progressivement. La charge financière augmente donc au fil des refinancements, même lorsque l’activité résiste à court terme.
La double cotation, réponse partielle au déficit de capitaux européens
Le cas de Pasqal illustre la compétition entre les places financières. La société française spécialisée dans le quantique a achevé sa fusion avec le SPAC Bleichroeder Acquisition Corp. II. Ses actions ont commencé à être négociées au Nasdaq le 28 août 2026.
L’opération a apporté environ 360 millions de dollars de liquidités à la société issue du rapprochement. Pasqal prévoit également de préparer une cotation sur Euronext Paris, avec un objectif envisagé en 2026 ou en 2027 selon les conditions de marché. Le projet de double cotation de Pasqal confirme que le Nasdaq peut servir de point d’entrée rapide vers des capitaux mondiaux.
Pour Stéphane Boujnah, ce schéma peut se développer dans les biotechnologies et le quantique. Ces secteurs exigent des montants élevés avant d’atteindre une maturité commerciale. Une seule place européenne ne réunit pas toujours la profondeur de marché, la liquidité et les investisseurs spécialisés nécessaires.
La double cotation ne constitue toutefois pas une réponse automatique. Elle accroît les coûts de conformité, complexifie la communication financière et peut fragmenter les échanges. Elle montre surtout que l’ancrage industriel français et l’accès aux capitaux internationaux ne sont plus incompatibles.
Euronext veut devenir l’infrastructure commune des marchés européens
Euronext exploite les marchés de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Milan, Oslo et Athènes. Son plan « Innovate for Growth 2027 » vise une croissance annuelle moyenne supérieure à 5 % des revenus et du résultat brut d’exploitation ajusté entre 2023 et 2027.
Le groupe veut renforcer ses métiers de cotation, négociation, compensation, règlement-livraison, données et services aux émetteurs. L’ambition affichée est de devenir une porte d’entrée intégrée vers les marchés de capitaux européens. Le plan stratégique 2027 d’Euronext prévoit aussi de préserver une flexibilité pour des acquisitions créatrices de valeur.
Dans ce cadre, un rapprochement avec Deutsche Börse reste une hypothèse stratégique. Stéphane Boujnah s’est dit ouvert à une fusion des activités boursières, tout en précisant qu’aucune discussion n’était engagée. Une fusion complète rencontrerait, elle, des obstacles réglementaires considérables.
Le débat dépasse la rivalité entre opérateurs. L’Europe cherche à mobiliser davantage son épargne au profit de ses entreprises. Pour les ETI, l’enjeu est concret : disposer de marchés capables de financer les phases de transmission, de build-up, d’internationalisation et de transformation technologique.
La prudence reste également de mise sur l’intelligence artificielle. Stéphane Boujnah distingue la transformation durable des processus de production et la valorisation de certaines entreprises. L’innovation n’est pas une bulle en soi. Certaines anticipations de marché peuvent néanmoins subir une correction.

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