Énergies renouvelables : l’instabilité réglementaire freine l’emploi et les investissements des ETI françaises
La crise des énergies renouvelables change de nature. Elle ne porte plus seulement sur les objectifs climatiques. Elle menace désormais l’emploi, les carnets de commandes et les capacités d’investissement d’une chaîne de valeur largement composée de PME et d’ETI.
Des salariés et représentants du secteur appellent à des rassemblements le mardi 29 septembre, à Paris et à Montpellier. Leur message vise l’instabilité des dispositifs publics, la baisse de certains volumes d’appels d’offres et le ralentissement des décisions d’investissement.
Une mobilisation centrée sur l’emploi et la visibilité industrielle
Le rassemblement parisien doit se tenir à midi devant la Cité des Sciences et de l’Industrie. Le colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables y est organisé. Une seconde mobilisation est annoncée à 11 heures devant la préfecture de Montpellier.
Les signataires de l’appel rassemblent des comités sociaux et économiques ainsi que plusieurs organisations syndicales. Ils représentent notamment des salariés de Mexens Solaire, Akuo Energy, RWE, Enerfip et Valorem.
Les syndicats dénoncent une politique énergétique qu’ils jugent instable. Selon leur texte, les salariés ne doivent pas devenir la variable d’ajustement des changements de cap publics et des prix de marché.
Ils évoquent des appels d’offres revus à la baisse, des investissements différés et une dégradation rapide de l’emploi. Les organisateurs avancent le chiffre de plus de 10 000 emplois directs et indirects supprimés depuis 2025. Ce bilan recouvre, selon eux, des plans de sauvegarde de l’emploi, des licenciements, des ruptures conventionnelles collectives, des gels d’embauches et des postes non remplacés.
Ce chiffre constitue une estimation portée par les organisateurs de la mobilisation. Il illustre surtout l’inquiétude qui gagne les entreprises de développement, d’installation, de maintenance, de financement et de fabrication liées aux renouvelables.
Le solaire en première ligne après la révision du dispositif S21
La tension est particulièrement forte dans le photovoltaïque. La révision de l’arrêté tarifaire S21 en juin 2026 a modifié l’économie des petites installations solaires sur toiture. La rémunération et les conditions de valorisation du surplus d’électricité constituent un déterminant majeur pour les installateurs et leurs clients professionnels.
Pour les ETI du secteur, l’enjeu dépasse la rentabilité d’un projet isolé. Une modification réglementaire rapide affecte les devis, les achats de matériel, les recrutements d’équipes de pose et les besoins en fonds de roulement. Elle fragilise aussi les sous-traitants locaux.
Cette sensibilité est structurelle. Les entreprises de taille intermédiaire financent leurs équipes et leurs capacités techniques plusieurs mois avant la mise en service des projets. Elles ont donc besoin de trajectoires lisibles sur les tarifs, les appels d’offres et les raccordements.
La visibilité reste pourtant l’une des conditions de la réindustrialisation de la filière. Dans sa réaction à la publication de la PPE 3, Enerplan relevait déjà le recul de l’objectif solaire par rapport aux 54 GW envisagés pour 2030 dans les travaux de concertation. L’organisation a néanmoins souligné que le plafond de 2,9 GW d’appels d’offres annuels prévu de 2026 à 2028 apportait un cadre de planification aux acteurs.
La PPE 3 fixe un cap, mais la filière conteste son niveau d’ambition
La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie a été publiée le 13 février 2026. Elle couvre la période 2026-2035 et doit orienter les choix de production, de consommation et d’investissement énergétique.
Pour l’Etat, ce document doit concilier souveraineté, décarbonation et compétitivité. Pour les salariés mobilisés, la trajectoire reste insuffisante. Ils estiment qu’elle ne sécurise pas assez vite l’activité des filières renouvelables.
Le désaccord porte moins sur l’existence d’une feuille de route que sur sa traduction opérationnelle. Les volumes effectivement lancés, les calendriers d’appels d’offres, les mécanismes de soutien et la stabilité des règles détermineront les décisions d’investissement des prochains mois.
Les ETI se trouvent au coeur de cette équation. Elles assurent une part importante de l’ingénierie, du développement territorial, de la construction, de l’exploitation et de la maintenance. Elles supportent aussi l’essentiel du risque de coordination entre collectivités, propriétaires fonciers, banques, fournisseurs et gestionnaires de réseau.
Le risque d’une chaîne de valeur affaiblie
Le ralentissement des projets peut produire un effet durable. Lorsqu’une entreprise réduit ses effectifs, elle perd des compétences rares : chefs de projets, techniciens de maintenance, spécialistes du raccordement, experts du financement et équipes commerciales. Ces savoir-faire ne se reconstituent pas instantanément si le marché repart.
La situation pose également un enjeu de consolidation. Des entreprises fragilisées peuvent différer leurs investissements, céder des actifs ou rechercher un adossement financier. Les acteurs disposant de bilans solides et de portefeuilles diversifiés seront mieux armés pour traverser une phase de marchés plus irréguliers.
La mobilisation du 29 septembre traduit ainsi une demande de prévisibilité industrielle. La publication de la PPE 3 a donné un cadre général. La filière attend désormais des règles cohérentes dans la durée, afin que les objectifs énergétiques se transforment en commandes, en capacités productives et en emplois pérennes sur les territoires.

Laisser un commentaire
Réagir