Croissance française à 0,4 % en 2026 : les ETI face à une demande intérieure faible, au coût du crédit et à la pression sur leurs marges
La croissance française ne devrait atteindre que 0,4 % en 2026, contre 1 % dans la zone euro et 1,1 % en Allemagne. Pour les ETI, cet écart compte davantage que la moyenne mondiale : il pèse directement sur les carnets de commandes domestiques, les décisions d’investissement et la capacité à préserver les marges.
Le scénario international reste pourtant moins dégradé qu’anticipé. L’économie mondiale doit progresser de 2,9 % en 2026, après 3,4 % en 2025. Elle accélérerait légèrement à 3 % en 2027. Cette résilience limite le risque d’un choc généralisé sur les exportations françaises. Elle ne compense toutefois pas les fragilités propres à l’économie nationale.
La France décroche dans une Europe qui se redresse
Les dernières perspectives économiques de l’OCDE relèvent de 0,1 point la prévision de croissance mondiale pour 2026. Dans le même temps, l’estimation française est abaissée de 0,7 % à 0,4 %.
Le contraste est net avec la zone euro. L’organisation anticipe désormais une hausse de 1 % de l’activité en 2026, soit 0,2 point de plus que dans sa précédente projection. L’Allemagne bénéficie de la révision la plus visible, avec une croissance attendue à 1,1 %, contre 0,7 % auparavant.
Ce décalage change la donne pour le Mittelstand français. L’Allemagne reste un marché majeur et un partenaire industriel structurant pour de nombreuses ETI françaises. Son redressement peut soutenir certains fournisseurs tricolores, notamment dans les équipements, les composants, la chimie ou les services industriels. Mais la faiblesse de la demande intérieure française réduit cet effet d’entraînement.
La Banque de France retient également une croissance de 0,4 % pour 2026. Elle souligne un contexte marqué par le conflit au Moyen-Orient, une activité peu dynamique et une hausse du chômage à court terme. Ses projections anticipent ensuite un rythme plus modéré que celui observé chez plusieurs partenaires européens.
Un choc énergétique contenu, mais toujours déterminant
L’économie mondiale a absorbé jusqu’ici le choc sur l’énergie mieux que prévu. Les soutiens publics, l’utilisation de sources d’approvisionnement alternatives, les prélèvements dans les stocks pétroliers et l’offre hors pays du Golfe ont amorti la hausse des prix.
L’OCDE estime néanmoins que la situation reste instable. Les perturbations des flux de pétrole et de gaz autour du détroit d’Ormuz maintiennent un risque élevé sur les approvisionnements. Le pétrole est repassé sous 100 dollars le baril, mais une dégradation géopolitique pourrait rapidement renchérir l’énergie.
Pour les ETI, ce risque ne se limite pas à la facture énergétique. Il se diffuse dans les achats de matières premières, le transport, la logistique et les prix des emballages. Les entreprises les plus exposées sont celles dont les contrats commerciaux ne prévoient pas de mécanisme de répercussion rapide.
Les groupes intermédiaires doivent donc arbitrer entre protection des volumes et préservation de la rentabilité. Dans ce contexte, la sécurisation des approvisionnements, la diversification des fournisseurs et la couverture des prix deviennent des sujets de direction générale, au même titre que le financement du besoin en fonds de roulement.
Des marges budgétaires étroites pour soutenir l’activité
La faiblesse française intervient alors que les finances publiques limitent la marge de réaction de l’Etat. Le coût de l’endettement souverain s’est tendu et les taux à long terme évoluent autour de 4,5 %. Cette remontée renchérit, par ricochet, le crédit des entreprises et les opérations de refinancement.
L’OCDE invite les gouvernements à cibler les aides temporaires vers les ménages et les entreprises les plus exposés aux prix de l’énergie. Elle appelle parallèlement à mieux maîtriser la dépense publique. Pour la France, cette équation est particulièrement délicate : soutenir l’activité sans aggraver une trajectoire budgétaire déjà contrainte.
Cette contrainte touche les ETI par plusieurs canaux. Les dispositifs d’aide peuvent être plus sélectifs. Les donneurs d’ordre publics disposent de moins de souplesse. Enfin, les banques et les investisseurs regardent avec davantage d’attention la génération de trésorerie, le niveau d’endettement et la visibilité des commandes.
Dans ce cadre, la croissance externe reste possible, mais les montages les plus tendus deviennent plus risqués. Les dirigeants devront privilégier les acquisitions qui offrent des synergies opérationnelles rapides, une base de clientèle complémentaire ou un renforcement clair du pouvoir de négociation.
Une reprise en 2027 encore insuffisante
La France remonterait à 0,7 % de croissance en 2027. Ce rebond resterait inférieur à celui attendu en Allemagne, à 1,1 %. La zone euro ralentirait, de son côté, à 1 % après 1,2 % en 2026.
Les marchés extérieurs peuvent offrir un relais. Les Etats-Unis conserveraient une croissance de 2,2 % en 2026 puis de 2,1 % en 2027. La Chine ralentirait à 4,5 % puis 4,2 %. Les ETI exportatrices devront cependant intégrer un environnement commercial plus incertain, marqué par des droits de douane américains effectifs estimés à 10,9 % à la mi-septembre.
Le principal enjeu est donc moins celui d’une récession mondiale que d’une divergence française durable. Les ETI disposent encore de débouchés à l’international. Mais elles devront compenser la faiblesse du marché domestique par une discipline accrue sur les coûts, les prix, la productivité et la sélection de leurs investissements.

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