Choose France masque un rebond industriel encore fragile : ce que révèlent les investissements étrangers pour les ETI françaises
La France reste numéro un en Europe pour le nombre de projets d’investissements étrangers, avec 852 projets en 2025. Pourtant, la part de l’industrie dans la richesse nationale demeure inférieure à 10% et l’élan du début de décennie ralentit.
Ce décalage n’est pas qu’un débat politique. Il pèse directement sur les ETI industrielles, prises entre concurrence asiatique, tensions sur les coûts et volatilité de la demande, tout en devant financer la décarbonation et la montée en gamme.
Un contexte européen plus dur, mais une France encore visible
Le cycle 2024-2025 confirme un mouvement de fond en Europe. Les décisions d’investissement international se font plus rares, dans un climat de croissance molle, d’incertitudes géopolitiques et de politiques industrielles plus offensives hors d’Europe.
Dans ce contexte, la France conserve un avantage d’image et de “pipeline” de projets. Le baromètre EY la place à nouveau en tête en 2025, avec 852 projets sur 5.026 recensés en Europe. La performance est d’autant plus notable que le total européen recule. Autrement dit, la France gagne en part relative dans un marché qui se contracte.
Pour les ETI, l’enjeu est double. D’une part, capter une partie de ces flux via la sous-traitance, les achats industriels et les co-investissements. D’autre part, éviter l’effet trompe-l’œil de projets annoncés mais longs à se matérialiser en charge industrielle récurrente.
Les faits : annonces d’investissements et indicateurs de réindustrialisation
Le rendez-vous annuel à Versailles s’inscrit dans cette logique de visibilité. En 2025, 53 projets ont été annoncés pour 40,8 milliards d’euros d’investissement, avec une promesse de plus de 13.000 emplois directs ou indirects. Une part des montants renvoie à des engagements liés à l’écosystème de l’intelligence artificielle, signe d’un déplacement progressif des annonces vers les infrastructures numériques et énergétiques associées.
Pour mesurer la réindustrialisation, un autre thermomètre est plus opérationnel pour le tissu d’ETI : la dynamique des sites industriels sur le territoire. Selon le Baromètre industriel de l’État, le solde 2025 ressort positif à +19, avec 261 ouvertures ou extensions contre 242 fermetures ou réductions. La DGE souligne aussi le rôle des extensions “significatives” en 2025, avec 158 extensions recensées, qui contribuent au solde positif.
Ces chiffres racontent une réalité plus nuancée que les annonces. Le solde est positif, donc la base productive ne s’érode plus mécaniquement. En revanche, l’ampleur du rebond reste modeste à l’échelle macro et ne garantit pas une remontée rapide du poids de l’industrie.
Un autre indicateur cristallise la limite : la part de l’industrie dans le PIB est citée à 9,5%, donc sous 10%. L’emploi industriel est, lui, présenté par l’exécutif comme en hausse depuis 2017, avec l’argument de 120.000 emplois industriels créés.
Analyse : pourquoi l’effet “Choose France” ne suffit pas pour les ETI
Le premier point est sectoriel. Tous les segments industriels ne se redressent pas au même rythme. La production automobile est citée comme en retrait de 18% par rapport à l’avant-Covid, tandis que la pharmacie progresserait de 21%. Cette dispersion est centrale pour les ETI, souvent spécialisées, exposées à un seul marché final et à une seule chaîne de valeur.
Le deuxième point est concurrentiel. La surproduction chinoise est décrite comme un “rouleau compresseur”, combinant prix bas et montée en qualité sur certains produits. Pour une ETI, l’impact concret se lit dans la pression sur les marges, le risque de déclassement technologique et la difficulté à répercuter les coûts de décarbonation dans les prix.
Le troisième point est financier et psychologique. Après plusieurs années d’amélioration de la compétitivité perçue, les entreprises sont aussi sollicitées depuis deux ans dans l’ajustement des finances publiques. Cette tension pèse sur l’investissement productif, surtout dans les ETI qui arbitrent en permanence entre modernisation, recrutement, transition énergétique et croissance externe.
Enfin, un sujet structurel reste déterminant : la capacité à transformer des annonces en capacité industrielle robuste. Une annonce peut créer un écosystème local, mais la création de valeur durable dépend de la profondeur de la supply chain. C’est ici que les ETI jouent un rôle critique, car elles portent l’outillage, la mécanique, les procédés, la qualification, et souvent la capacité à industrialiser vite.
France 2030 : levier industriel, mais exécution sous surveillance
Le plan France 2030, lancé en 2021 et doté de 54 milliards d’euros, est conçu pour accélérer la transformation industrielle et technologique. Sur le papier, il répond précisément aux besoins des ETI : soutien à l’innovation, industrialisation, décarbonation et montée en gamme.
Cependant, des critiques portent sur l’exécution et l’efficacité du dispositif. Pour les dirigeants d’ETI, l’enjeu est moins le volume affiché que la vitesse de décision, la lisibilité des guichets, la stabilité des règles et la capacité à financer le passage du prototype à la série.
Dans une économie où l’investissement se raréfie en Europe, une politique industrielle utile aux ETI doit sécuriser le “milieu de chaîne” : ingénierie, capex, foncier, énergie, compétences, et commandes. C’est ce socle qui conditionne la diffusion réelle d’un grand projet dans le tissu productif.
Perspectives : ce que les ETI peuvent attendre des prochains mois
À court terme, la France devrait rester bien positionnée en volume de projets étrangers, mais le marché européen demeure fragile. Les projets liés à l’IA, aux data centers, à l’énergie et à certaines filières santé peuvent soutenir l’investissement, à condition d’ancrer une base industrielle locale et des achats en France.
Pour les ETI, la priorité est de se rendre incontournables dans les nouvelles chaînes de valeur : qualification sur les appels d’offres, certifications, maîtrise des coûts énergétiques, et capacité à livrer. Par ailleurs, les extensions d’usines recensées en 2025 suggèrent une stratégie pragmatique : plutôt que de grands paris greenfield, beaucoup d’acteurs renforcent l’existant.
Le test des prochains trimestres sera simple : les annonces et les soldes positifs se traduiront-ils en carnet de commandes, en productivité et en marges, ou resteront-ils une performance d’attractivité sans rééquilibrage industriel significatif ? Pour le Mittelstand français, c’est cette conversion en valeur ajoutée domestique qui fera la différence.

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