Legrand mobilise 285 millions d’euros pour accélérer sa transformation vers les centres de données et capter la croissance liée à l’IA
285 millions d’euros. C’est le ticket que Legrand met sur la table pour renforcer, en une seule séquence, deux maillons clés des centres de données : le rack et la distribution de puissance.
Avec l’intégration de Keydak en Chine et de TES au Royaume-Uni, le groupe accélère une stratégie « bolt-on » qui vise moins à élargir son catalogue qu’à verrouiller une chaîne de valeur complète, au moment où l’IA fait exploser les besoins en capacité de calcul.
Centres de données : un marché tiré par l’IA et la contrainte énergétique
La dynamique des centres de données ne se résume plus à construire des mètres carrés informatiques. Elle se joue désormais sur la densité de calcul, la continuité d’alimentation et la maîtrise des risques opérationnels.
Dans ce contexte, les « hyperscalers » multiplient les projets en Europe et recherchent des fournisseurs capables de sécuriser des architectures électriques complexes, tout en industrialisant des déploiements rapides et standardisés.
Pour les ETI françaises positionnées sur les briques d’infrastructure (électrotechnique, équipements, intégration, maintenance), cette montée en gamme impose une exigence nouvelle : prouver une capacité d’exécution multi-sites, des certifications, et une fiabilité sans compromis.
Les faits : Keydak et TES, deux acquisitions complémentaires
Legrand annonce l’acquisition de Keydak, acteur basé à Guangzhou, présenté comme un leader chinois des racks pour centres de données. L’entreprise emploie plus de 330 personnes et affiche un chiffre d’affaires supérieur à 60 millions d’euros.
Le rack n’est plus une simple « armoire ». Il devient une enveloppe critique, conçue pour accueillir des équipements de calcul haute performance, plus denses, plus lourds et plus contraignants en refroidissement et câblage.
En parallèle, Legrand rachète TES, société implantée à Cookstown au Royaume-Uni, qui réalise près de 85 millions d’euros de chiffre d’affaires. Plus de la moitié de son activité est directement liée aux centres de données, via des systèmes de distribution de puissance.
Cette brique est structurante. Dans un secteur où une micro-coupure peut coûter très cher, la distribution d’énergie et l’alimentation critique conditionnent à la fois la disponibilité des services et la conformité aux niveaux de redondance attendus par les grands opérateurs.
Ces deux opérations représentent un investissement total de 285 millions d’euros. Elles portent à quatre le nombre d’acquisitions conclues par Legrand en 2026, toutes orientées centres de données.
Un virage stratégique : du bâtiment « traditionnel » au datacenter industrialisé
Legrand part d’un constat. Le marché du bâtiment reste sensible aux taux d’intérêt et au cycle immobilier. En face, le segment des centres de données bénéficie d’une tendance structurelle portée par le cloud et l’IA.
La logique industrielle est claire : additionner, par acquisitions ciblées, des briques très spécialisées pour proposer une offre intégrée. Racks, distribution électrique, et plus largement équipements d’infrastructure forment un ensemble cohérent, vendu de plus en plus comme un système.
Cette stratégie rapproche Legrand d’un modèle « plateforme ». Elle vise à standardiser des solutions, accélérer l’innovation incrémentale et capter davantage de valeur sur les projets, notamment auprès de clients qui privilégient la réduction du risque fournisseur.
La compétition est frontale avec des acteurs déjà très présents sur les infrastructures critiques, dont Schneider Electric et Eaton. Dans ce jeu, l’avantage ne se limite pas à la technologie : il se mesure aussi à la capacité d’intégration post-acquisition et à la rapidité de mise à l’échelle.
Lecture financière : une capacité à enchaîner les deals sans casser le bilan
Legrand s’appuie sur des indicateurs 2025 robustes. Le groupe affiche un chiffre d’affaires de 9,48 milliards d’euros, en progression de 9,6 %.
La rentabilité progresse également, avec un EBITDA de 2,21 milliards d’euros, soit une marge de 23,4 %. Le résultat net atteint 1,24 milliard d’euros et le cash-flow libre 1,33 milliard d’euros.
Cette génération de cash finance la croissance externe. Elle permet aussi de contenir l’impact bilanciel, malgré une dette nette de 4,22 milliards d’euros. Enfin, un dividende de 2,38 euros par action est proposé.
Pour les ETI, le signal est double. D’un côté, la consolidation s’accélère et renforce les exigences de taille critique. De l’autre, la capacité de Legrand à valoriser des « bolt-on » rappelle qu’un actif bien positionné sur la chaîne datacenter peut attirer des industriels, au-delà des seuls fonds mid-cap.
Ce que cela change pour les ETI : opportunités et points de vigilance
Les opportunités sont réelles. D’abord, l’industrialisation des centres de données tire une demande forte pour des sous-ensembles standardisés, des composants qualifiés et des délais courts. Les ETI capables de livrer en série, avec une qualité maîtrisée, peuvent se retrouver intégrées dans des référencements long terme.
Ensuite, la complexité énergétique accroît le besoin en ingénierie et en services. Cela ouvre un marché pour les ETI de l’intégration, de l’électricité critique, de la supervision, ou de la maintenance, à condition de démontrer une expertise multi-sites et une excellence opérationnelle.
Mais le mouvement crée aussi une pression. Les grands donneurs d’ordre rationalisent leurs panels et cherchent des garanties globales. Les ETI isolées risquent d’être cantonnées à la sous-traitance de capacité, moins rémunératrice, sauf si elles se différencient par une spécialité nette ou par une offre packagée.
Enfin, le rythme des acquisitions pose une question clé : l’intégration. En multipliant des entités locales, Legrand devra harmoniser les process industriels, la qualité, et les feuilles de route produits, sans diluer la vitesse d’exécution. C’est souvent là que se joue la création de valeur.
Perspectives : trois dates et un test d’exécution
Le marché suivra les premiers effets de l’élargissement de la division Datacenters à travers le calendrier financier 2026.
La publication des résultats du premier trimestre 2026 est prévue le 7 mai 2026. L’assemblée générale se tiendra le 27 mai 2026. Puis les résultats du premier semestre seront publiés le 29 juillet 2026.
Au-delà des chiffres, l’enjeu sera concret : prouver que la combinaison « rack + puissance » se traduit rapidement en synergies commerciales et en exécution industrielle. Dans le datacenter, la promesse se mesure en disponibilité, en délais et en standardisation. C’est aussi là que les ETI partenaires, fournisseurs ou cibles potentielles, verront si le mouvement de consolidation s’accélère encore.
Pour aller plus loin : communiqué Legrand sur les acquisitions Keydak et TES
Repères financiers : résultats annuels 2025 de Legrand
Agenda investisseurs : calendrier financier 2026 de Legrand

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