Plasturgie française : diversification, acquisitions et risques sociaux — Bic, Demgy, OPmobility et Tahe face à un environnement économique et réglementaire mouvant
La plasturgie française avance dans un contexte économique et réglementaire qui change vite. Les transformateurs de plastiques et de composites restent exposés aux cycles de secteurs très différents. Cette diversité constitue aussi un levier. Elle permet d’amortir des baisses d’activité dans une branche, grâce à la croissance d’une autre.
Les actualités récentes illustrent cette réalité, entre consommation courante, aéronautique, sports et loisirs, automobile et emballages. Certaines entreprises s’appuient sur la diversification et les acquisitions pour stabiliser leur trajectoire. D’autres, malgré un savoir-faire reconnu, doivent sécuriser leur trésorerie et préserver l’emploi.
Bic : une année 2025 plus difficile, un cap maintenu
Bic a reconnu avoir traversé une année 2025 difficile, tout en affichant un ton plus confiant pour 2026. Le groupe, acteur majeur de la plasturgie via ses activités de grande consommation, a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires global d’un peu plus de 2 milliards d’euros.
Cette performance confirme une histoire industrielle solide, mais elle traduit aussi les arbitrages en cours sur les marchés. La baisse de chiffre d’affaires par rapport à l’exercice précédent est restée modérée, en partie grâce aux très bons résultats de Tangle Teezer. Cette marque britannique de brosses à cheveux, acquise en 2024, apparaît comme un relais de croissance notable dans l’ensemble du portefeuille.
Dans un environnement où les comportements d’achat évoluent et où les gammes se renouvellent vite, ce type d’acquisition joue un rôle de stabilisateur. Il apporte une source de revenus complémentaire, tout en réduisant la dépendance à un seul segment.
Demgy Group : la diversification comme stratégie de résilience
La logique d’acquisitions et de diversification s’observe aussi chez Demgy Group. L’ETI a présenté son bilan 2025 en mettant en avant une stratégie de renforcement sur des marchés ciblés. Le groupe a consolidé sa position dans l’aéronautique aux Etats-Unis, un choix engagé avant le retour au pouvoir de Donald Trump, souvent associé à une ligne protectionniste.
Pour une entreprise de plasturgie tournée vers des applications techniques, l’aéronautique reste un secteur exigeant. Il impose des standards élevés en matière de matériaux, de process et de qualité. Dans ce cadre, l’implantation et l’expansion sur le marché américain offrent un potentiel de volumes et de diversification géographique.
Cette orientation illustre un mouvement plus large dans la filière : élargir ses débouchés, sécuriser des clients sur plusieurs zones, et réduire l’exposition à un seul cycle industriel.
Tahe Outdoors France : une procédure demandée pour préserver l’activite et l’emploi
Le contraste est net du côté des sports et loisirs. Tahe Outdoors France, fabricant breton de kayaks, surfs et paddles, a demandé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. L’entreprise s’est placée sous la protection du tribunal de commerce de Vannes avec l’objectif de pérenniser l’activité et de protéger l’emploi.
Tahe Outdoors France met en avant une reconnaissance internationale et des outils de production à la pointe. Malgré ces atouts industriels et technologiques, la situation financière impose une démarche encadrée par la justice commerciale. Le groupe emploie 88 salariés, un effectif directement concerné par l’issue de la procédure.
Ce dossier rappelle que l’expertise technique ne suffit pas toujours à absorber les chocs de marché, surtout lorsque la demande se contracte ou que les coûts évoluent plus vite que les prix de vente.
Automobile : OPmobility accelere sa diversification geographique
Dans l’automobile, OPmobility (ex-Plastic Omnium) poursuit une trajectoire de diversification, centrée sur la géographie. Le sous-traitant prévoit de continuer d’accélérer vers les Etats-Unis et la Chine, deux zones clés pour les volumes, les plateformes industrielles et les dynamiques d’investissement.
Cette stratégie s’inscrit sous la direction de Félicie Burelle, petite-fille du fondateur. Elle est confirmée au poste de directrice générale, après avoir occupé ces fonctions par intérim depuis novembre 2025. La continuité managériale vise à soutenir un agenda de transformation dans un secteur automobile où les cycles restent tendus et la concurrence forte.
Pour la plasturgie appliquée à l’automobile, l’enjeu dépasse la seule production. Il s’agit aussi d’aligner implantations, clients et capacités sur des marchés où se décident les volumes futurs.
Emballages : une exemption europeenne sur le PPWR pour certains usages
Le cadre réglementaire continue, lui aussi, de se préciser. Dans l’emballage industriel et la logistique, un point d’attention porte sur la mise en œuvre du règlement 2025/40 relatif aux emballages et déchets d’emballage, connu sous l’acronyme PPWR.
Un acte délégué, analysé par la rédaction d’Emballages Magazine, concerne la déclinaison opérationnelle du règlement. La Commission européenne a retenu une « approche équilibrée » et a décidé d’exempter les films de stabilisation de palettes et les feuillards de l’obligation de 100% de réemploi prévue par le règlement.
Cette exemption constitue un signal important pour les acteurs de la logistique. Elle influe sur les choix de conception, d’approvisionnement et d’organisation des flux. Elle montre aussi que l’application des textes peut intégrer des ajustements, en fonction des usages et des contraintes industrielles.
Entre acquisitions, repositionnements sectoriels, procédures de protection et nouvelles règles européennes, la plasturgie confirme sa capacité d’adaptation. La période impose de l’agilité, des ajustements rapides et, souvent, une diversification assumée.
Sources
- Emballages Magazine

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