La restructuration de Nosoli ne trouve pas de repreneurs et entraîne la fermeture de cinq librairies Decitre
Cinq librairies Decitre ont fermé définitivement le 31 octobre 2026, dont celle d’Annecy, qui employait douze salariés. Cette nouvelle contraction du réseau illustre les difficultés de Nosoli à préserver son implantation nationale après une première restructuration.
Une fermeture qui dépasse le seul magasin d’Annecy
Rue Sommeiller, dans le centre-ville d’Annecy, Decitre a cessé son activité faute de repreneur. Quatre autres établissements ont fermé simultanément : Chambéry, Écully, Lyon Part-Dieu et Levallois-Perret. Dans leur annonce, les librairies précisent qu’« aucune offre de reprise n’a été déposée ». Cette absence de candidat a mis fin aux démarches engagées pour maintenir ces magasins.
Pourtant, le site annécien semblait encore préservé pendant l’été. Le 21 juillet, la librairie avait annoncé qu’elle échappait au premier projet de fermetures de Nosoli. Son arrêt définitif, trois mois plus tard, montre combien le périmètre d’une restructuration peut évoluer lorsque les solutions de continuation manquent.
Le groupe, qui rassemble notamment Decitre et Le Furet du Nord, relève directement des enjeux des entreprises intermédiaires du commerce. Avant sa restructuration, ses deux enseignes réunissaient environ 600 salariés et 27 magasins. Sa trajectoire concerne donc autant l’emploi local que l’organisation d’un réseau national.
De la réduction du réseau à la recherche de repreneurs
Placé en redressement judiciaire depuis le 1er juin 2026, Nosoli avait présenté, le 30 juin, un premier projet de réorganisation. Celui-ci prévoyait onze fermetures : sept magasins Furet du Nord et quatre Decitre. Il envisageait également jusqu’à 163 suppressions de postes. Ces chiffres décrivent le projet annoncé en juin, et non un bilan définitif des départs.
Le 5 octobre, le groupe a engagé une nouvelle étape avec les administrateurs judiciaires : rechercher des repreneurs pour plusieurs activités. Le périmètre comprenait Decitre, Decitre Interactive et La Générale du Livre. Il dépassait ainsi les cinq dernières librairies physiques et englobait aussi des activités numériques et professionnelles.
Nosoli indiquait alors vouloir concentrer ses moyens sur Le Furet du Nord et son réseau. L’analyse stratégique change donc de nature : il ne s’agit plus seulement de supprimer certains points de vente, mais de recentrer les activités. La fermeture des magasins ne permet toutefois pas de conclure au devenir de toutes les sociétés proposées à la reprise.
Un marché où la stabilité des recettes masque des fragilités
Le contexte sectoriel aide à comprendre ces tensions, sans expliquer à lui seul les difficultés propres à Nosoli. Selon l’Observatoire du Syndicat de la librairie française, le chiffre d’affaires des librairies de son panel a progressé de 0,9 % en 2025. Pour les seuls livres, la hausse atteignait 0,6 %, tandis que les volumes reculaient de 0,5 %.
Ces moyennes cachent cependant des écarts importants. Près d’un tiers des établissements du panel ont enregistré une baisse d’au moins 5 % de leur chiffre d’affaires livre. Dans les villes de 50 000 à 200 000 habitants, celui-ci a diminué de 1,8 %. Ces résultats constituent un repère sectoriel, pas une mesure des performances du magasin d’Annecy.
En outre, la gestion du stock mobilise directement la trésorerie. Le syndicat situe généralement sa rotation entre 90 et 180 jours en librairie indépendante. Pour un dirigeant de réseau, cette caractéristique impose de suivre les stocks et les besoins de financement établissement par établissement. Le chiffre d’affaires consolidé ne suffit pas à apprécier cet équilibre.
La continuité commerciale, enjeu pour les entreprises du livre
Les conséquences touchent aussi les clients professionnels. Début octobre, Decitre Pro avait averti ses partenaires qu’il ne pourrait assurer les livraisons du mois, sauf pour les stocks disponibles. Cet avertissement montre que la recherche d’une solution capitalistique peut s’accompagner de perturbations opérationnelles avant même son dénouement.
Or, les collectivités représentent un débouché significatif pour la profession. Dans le panel du syndicat, elles pesaient 17,2 % du chiffre d’affaires livre en 2025, contre 16,4 % auparavant. Pour les ETI du secteur, préserver la continuité des approvisionnements professionnels constitue donc un enjeu distinct du maintien des magasins. Le dossier Decitre met ces deux dimensions au premier plan.

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