Fibre Excellence mise sur 200 millions d’euros pour relancer Saint-Gaudens et intégrer la transformation des produits d’hygiène
Un projet industriel de 200 millions d’euros ne suffit pas à éviter une liquidation. À Saint-Gaudens, l’avenir de Fibre Excellence dépend désormais d’une transition capable de préserver les équipements et les compétences, faute d’offre ferme déposée dans les délais.
Une rupture judiciaire, mais un projet toujours en préparation
Le groupe portugais Ghost n’a pas présenté d’offre consolidée avant l’échéance du 22 octobre 2026. Le tribunal de commerce de Toulouse doit donc examiner une situation sans solution de reprise immédiate. La liquidation apparaît comme l’issue attendue, mais elle ne constitue pas encore une décision prononcée.
La CGT signale néanmoins trois courriers transmis à la juridiction : ceux de l’industriel, de l’État et de la région Occitanie. Ces marques d’intérêt entretiennent une perspective industrielle. Elles ne remplacent toutefois pas une offre ferme. Une audience est annoncée pour le 3 novembre.
L’enjeu social concerne près de 250 emplois, avec un effectif de 244 salariés cité dans le dossier. Après la liquidation du site de Tarascon, celle de Saint-Gaudens marquerait une nouvelle rupture pour Fibre Excellence et ses partenaires industriels.
Ghost veut transformer la pâte directement sur place
Le projet portugais dépasse la remise en route de l’usine existante. Selon l’Occitanie, Ghost envisage à terme 200 millions d’euros d’investissement. L’objectif associe la production de pâte à papier à sa transformation locale en produits finis d’hygiène.
La région évoque une nouvelle unité de 50 000 mètres carrés, destinée notamment au papier toilette, aux essuie-tout et aux couches. Elle envisage une relance de la pâte sous douze mois. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, indique cependant que Ghost demande au moins six mois pour finaliser son projet. Ces délais restent des objectifs, non des engagements de redémarrage.
Cette intégration vers l’aval constitue le changement stratégique central. Le schéma envisagé ne consiste plus seulement à vendre une matière intermédiaire. Il vise aussi à réaliser sur place des étapes supplémentaires de transformation. La rentabilité de cette organisation reste néanmoins à démontrer, tout comme son financement définitif.
Le 19 octobre, Ghost a présenté ses besoins à Sébastien Martin, en présence de Carole Delga. Les partenaires ont confirmé leur volonté de poursuivre les travaux. À ce stade, cet accord porte sur la préparation du projet, pas sur une reprise juridiquement sécurisée.
Un enjeu de débouchés pour la filière bois et les ETI
Pour mesurer l’enjeu territorial, il faut regarder au-delà des emplois directs. Dans sa documentation industrielle, Fibre Excellence présente Saint-Gaudens comme un site produisant environ 280 000 tonnes de pâte par an. Ce volume décrit son activité de référence, et non sa production actuelle.
L’entreprise décrit également un approvisionnement en bois dans un rayon de 225 kilomètres. Elle utilise notamment des produits connexes des scieries locales. Son fonctionnement relie ainsi la transformation papetière aux entreprises forestières, au transport et à la première transformation du bois.
Pour les PME et ETI de cet écosystème, l’analyse porte donc sur la continuité des débouchés et des commandes. La documentation du site mentionne des arrêts de maintenance mobilisant plusieurs millions d’euros, notamment auprès d’entreprises régionales. Préserver l’usine revient aussi à conserver une possibilité d’activité pour ces fournisseurs.
Préserver les compétences sans promettre la reprise
La période intermédiaire concentre désormais les difficultés. La région identifie deux priorités : accompagner les salariés et préserver les équipements comme les compétences. Les échanges portent aussi sur les conditions environnementales de cette transition.
Cette dimension dépasse la seule conservation des machines. La documentation industrielle précise que la station d’épuration traite également les eaux usées de Saint-Gaudens. L’avenir du site concerne donc aussi des fonctions locales qui accompagnent son activité productive.
L’optimisme syndical repose sur la poursuite du projet, malgré l’échec du calendrier judiciaire. Mais les prochaines étapes restent décisives : formaliser une offre, sécuriser les financements et organiser la transition. Pour les salariés comme pour les partenaires industriels, une intention d’investissement ne constitue pas encore une garantie de reprise.

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