Les Chanvres de l’Atlantique misent 13 millions d’euros sur une chaîne d’approvisionnement industrielle du chanvre
Les Chanvres de l’Atlantique portent un projet d’investissement de 13 millions d’euros à Saint-Geours-de-Maremne, dans les Landes. L’enjeu dépasse cette PME : développer une offre française de matières premières pour les industriels du textile et de la construction.
Après une première usine alimentaire de 2 000 mètres carrés mise en service en 2022, l’entreprise prépare deux activités supplémentaires. Le défibrage doit fournir la matière textile, tandis qu’une autre unité fabriquera des blocs préfabriqués en béton de chanvre. Le calendrier présenté en octobre 2026 situe leur réalisation à l’horizon 2028. Les deux futures unités industrielles landaises restent donc un projet, et non des capacités déjà disponibles.
Une diversification dans une filière déjà structurée
Le chanvre industriel dispose d’une base agricole significative en France. Selon les données de l’interprofession InterChanvre, 1 850 producteurs cultivaient environ 24 600 hectares en 2024. Les contrats avec les transformateurs courent généralement sur un à cinq ans. Ils précisent notamment les exigences de qualité et organisent l’approvisionnement des usines.
Pour autant, la croissance des surfaces ne garantit pas les débouchés. Chaque usage exige une transformation adaptée : alimentation pour les graines, textile pour les fibres, construction pour la partie ligneuse des tiges. Le projet landais repose précisément sur cette complémentarité. Il vise à tirer plusieurs revenus d’une même ressource agricole.
La PME ne crée pas un marché à partir de rien. InterChanvre recense déjà des spécialistes français, dont Cavac Biomatériaux pour l’isolation et Virgocoop pour le textile et la construction. La différenciation des Chanvres de l’Atlantique se jouera donc sur la qualité, les coûts et la capacité à servir durablement les clients industriels.
Valoriser la tige après avoir développé la graine
L’entreprise a d’abord construit son activité autour de l’alimentation. Huiles, graines décortiquées, farines et compléments alimentaires composent notamment son offre. D’après les informations publiées en octobre 2026 par Landes Info, elle emploie dix salariés et travaille avec une vingtaine d’agriculteurs partenaires.
Le changement industriel consiste désormais à valoriser davantage la tige. Le défibrage sépare les fibres de la chènevotte, sa partie intérieure ligneuse. Les premières alimentent notamment les applications textiles. La seconde entre dans la composition de matériaux de construction. Les deux futures activités présentent ainsi une complémentarité de matière, même si leurs marchés restent distincts.
Dans une présentation antérieure du programme, les objectifs industriels annoncés comprenaient 30 000 blocs de béton de chanvre par an. L’entreprise envisageait aussi de travailler avec des filateurs, des tisserands et des tricoteurs. Ces ambitions décrivent une organisation en réseau : transformer localement la matière, puis mobiliser des savoir-faire complémentaires.
Pour les ETI, un fournisseur potentiel à qualifier
Les Chanvres de l’Atlantique restent une PME, et non une ETI. Leur projet concerne néanmoins les entreprises intermédiaires susceptibles d’intégrer ces matières dans leurs produits. Pour ces acheteurs, l’intérêt potentiel réside dans un approvisionnement français articulant agriculture et transformation industrielle.
L’analyse économique appelle toutefois une distinction : disposer d’une matière locale ne suffit pas à garantir sa compétitivité. Une relation industrielle exige des spécifications stables, des volumes réguliers et des délais maîtrisés. Le passage du prototype aux commandes récurrentes constituera donc un indicateur plus décisif que la seule installation des machines.
Dans le bâtiment, le temps de fabrication représente également un enjeu. Dans sa présentation de l’enduit chaux-chanvre, l’entreprise indique que le séchage peut prendre plusieurs semaines. Cette indication concerne l’enduit, pas les futurs blocs. Elle rappelle néanmoins l’importance de vérifier les performances du procédé industriel retenu avant d’en déduire des gains économiques.
L’approvisionnement agricole conditionnera la montée en puissance
Pour alimenter ses nouvelles installations, l’entreprise vise 1 000 hectares supplémentaires de culture. Cet objectif, rapporté en octobre 2026, souligne l’interdépendance entre investissements industriels et engagements agricoles. Les usines auront besoin de matière ; les producteurs auront besoin de débouchés suffisamment prévisibles.
La prochaine étape ne se résume donc pas au chantier. Elle associe sécurisation des approvisionnements, mise au point des équipements et développement commercial. Pour les ETI clientes potentielles, le critère central sera la capacité de cette nouvelle offre à devenir un approvisionnement fiable. C’est à cette condition que le projet landais pourra contribuer à élargir les chaînes de valeur françaises du textile et des matériaux biosourcés.

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