Aubert & Duval renforce son outil de refusion pour sécuriser les approvisionnements aéronautiques en titane recyclé
Jusqu’à 80 % de matière recyclée dans des lingots de titane destinés aux applications critiques : EcoTitanium transforme les déchets industriels en ressource stratégique. Aubert & Duval renforce ainsi une filière française d’approvisionnement pour l’aéronautique, avec un investissement dans la refusion annoncé dès mai 2024.
Le titane, un enjeu d’approvisionnement pour les ETI aéronautiques
Le titane entre notamment dans les pylônes, les moteurs et les trains d’atterrissage. Toutefois, ses qualités techniques s’accompagnent de fortes dépendances géopolitiques. Dans son rapport de juillet 2025, la Cour des comptes souligne les risques d’approvisionnement révélés par la guerre en Ukraine. Elle identifie le recyclage comme un levier de sécurisation pour la filière aéronautique.
Pour les ETI de forge et d’usinage, l’enjeu dépasse donc la seule gestion des déchets. La lecture industrielle est concrète : conserver davantage de métal dans une boucle européenne permet de diversifier les ressources disponibles. Cela ne supprime pas les besoins en matière primaire, mais réduit l’exposition d’une partie de la chaîne de production aux approvisionnements extérieurs.
Une chaîne industrielle ancrée dans le Puy-de-Dôme
EcoTitanium se situe à Saint-Georges-de-Mons, dans le Puy-de-Dôme. L’usine, inaugurée en septembre 2017, représentait un investissement initial de 48 millions d’euros. La Banque européenne d’investissement lui avait accordé un prêt de 30 millions d’euros. Ces montants concernent sa création, et non un nouveau programme d’extension.
Son actionnariat associe Aubert & Duval, l’ADEME et le Crédit Agricole Centre France. Un communiqué du 11 mai 2026 confirme cette organisation. Le site produit du titane de qualité aéronautique à partir du recyclage, avec l’objectif de réduire la dépendance aux importations de matières premières stratégiques.
Le procédé combine deux étapes. Un four à plasma à creuset froid fond les chutes et les copeaux, principalement issus de l’aéronautique. Ensuite, la refusion sous vide affine les lingots. Selon Aubert & Duval, cette technologie permet d’incorporer jusqu’à 80 % de matière recyclée. Ce plafond technique ne constitue pas un taux uniforme pour toute la production.
Un investissement documenté dans la refusion
Le 7 mai 2024, EcoTitanium a annoncé l’acquisition d’un nouveau four de refusion sous vide auprès de SECO/WARWICK. Le fournisseur avait déjà équipé l’usine, notamment par sa filiale Retech Systems. L’industriel présentait cette commande comme une réponse à l’augmentation de la demande aéronautique.
Cette annonce ne précise cependant ni le montant de l’investissement, ni la capacité supplémentaire, ni la date de mise en service. Elle documente un renforcement de la refusion, pas l’installation d’un second four à plasma. Il faut donc distinguer cette commande des développements supplémentaires dont les paramètres restent à confirmer.
Airbus apporte des flux de matière identifiables
La boucle de recyclage repose déjà sur des approvisionnements concrets. Depuis 2024, EcoTitanium traite des chutes provenant de la fabrication des pylônes moteurs à l’usine Airbus Saint-Eloi, à Toulouse. En janvier 2025, Airbus comptabilisait 460 tonnes collectées sur ses sites français pour traitement par EcoTitanium. Ce chiffre mesure une collecte cumulée, pas une production annuelle de lingots.
En juin 2025, EcoTitanium a également produit un premier lingot contenant du titane provenant d’un pylône Airbus en fin de vie. L’opération associait Airbus et IMET Alloys. Ce métal devait servir à Aubert & Duval pour fabriquer de nouvelles pièces forgées de structure. La démarche élargit ainsi le recyclage au-delà des seuls rebuts de fabrication.
Un adossement industriel renforcé, sans autonomie totale
Depuis juillet 2026, Airbus et Safran détiennent Aubert & Duval à parts égales, après la sortie de Tikehau Capital. L’État conserve une action spécifique pour protéger ses intérêts stratégiques. En juin 2026, le métallurgiste affichait environ 960 millions d’euros de chiffre d’affaires et près de 4 400 salariés, répartis sur dix sites industriels.
Pour les ETI sous-traitantes, cet adossement souligne l’importance stratégique du fournisseur de matériaux. Néanmoins, recyclage ne signifie pas autosuffisance. Airbus rappelle que la demande en métal vierge continue de dépasser les progrès de la circularité. La Cour des comptes souligne également que retenir les déchets en Europe peut modifier l’équilibre économique des fournisseurs étrangers.
La perspective industrielle dépend donc de plusieurs maillons : collecte des rebuts, capacité de fusion, refusion et réintégration dans les fabrications aéronautiques. L’analyse pour les ETI est claire : augmenter les capacités constitue un levier, mais organiser durablement les flux de matière reste tout aussi déterminant.

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