Jacquart et Thiriez misent sur la consolidation de la literie pour atteindre 50 millions d’euros et renforcer leur outil industriel français
Avec plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et 220 collaborateurs, le rapprochement de Jacquart & Fils et Thiriez Literie fait émerger un nouvel acteur de taille intermédiaire dans une filière française de la literie sous pression. L’opération rapproche deux industriels historiques du Nord, aux clientèles et aux outils de production distincts.
Le nouvel ensemble, piloté par Laurent Dumanois, entend bâtir sa croissance sur la complémentarité des canaux commerciaux, l’investissement industriel et le maintien des savoir-faire en France. Pour les ETI de l’ameublement, le mouvement illustre une réponse classique à la fragmentation du marché : gagner en masse critique sans effacer les marques ni les expertises opérationnelles.
Un rapprochement structuré autour d’une nouvelle société de tête
Jacquart & Fils et Thiriez Literie ont officialisé leur rapprochement à la fin de l’été 2026. La société de tête, Industrie Française de Literie, est une SAS créée le 26 juin 2026 et immatriculée au Registre national des entreprises le 9 juillet, avec un siège à Tourcoing. Son objet déclaré couvre notamment la prise de participations, le financement et la définition de la stratégie du groupe.
Cette architecture donne au projet une dimension de groupe. Elle permet de centraliser le pilotage, tout en conservant des sociétés opérationnelles et des marques établies. Dans les opérations de consolidation mid-cap, cette séparation peut faciliter l’intégration progressive des fonctions support, des achats et de la stratégie commerciale.
Les investisseurs Nord Capital Partenaires, Société Générale Capital Partenaires et Bpifrance accompagnent l’opération. Nord Capital Partenaires, filiale de Turenne Groupe et du Crédit Agricole Nord de France, est présent aux côtés de Jacquart depuis plus de vingt ans. Geoffrey Thiriez reste actionnaire et doit continuer à participer à la stratégie de développement.
Le rapprochement ne correspond donc pas à une absorption pure et simple. Il associe deux entreprises qui conservent leurs identités commerciales, avec une direction commune et une ambition de montée en puissance industrielle.
Deux positions de marché qui se complètent
Fondée en 1949, Jacquart & Fils, intégré au groupe O-NYX, est dirigée par Laurent Dumanois depuis 2014. L’entreprise travaille avec le e-commerce, la grande distribution, les collectivités et les distributeurs spécialisés. Son outil industriel comprend les sites de Tourcoing, Violaines et Crancey.
Thiriez Literie, créée en 1991 à Wattrelos et dirigée par Geoffrey Thiriez, fabrique et commercialise matelas et sommiers. Sa clientèle est majoritairement professionnelle, notamment dans les collectivités, l’hôtellerie et la distribution. Son site de Wattrelos regroupe production, stockage et logistique.
Cette complémentarité constitue le cœur industriel de l’opération. D’un côté, Jacquart apporte une présence large sur les circuits de vente au détail et en ligne. De l’autre, Thiriez renforce les débouchés BtoB et l’accès aux marchés de l’hospitalité et des collectivités. Le groupe peut ainsi lisser davantage son exposition aux variations d’un seul canal de distribution.
Les dirigeants mettent aussi en avant la conservation des emplois, des implantations régionales et des savoir-faire. Cet enjeu est central dans une filière où la compétitivité ne se résume pas au coût de fabrication. Les délais de livraison, le sur-mesure, le contrôle qualité et la capacité à servir les clients professionnels constituent des avantages que les producteurs asiatiques ne reproduisent pas toujours à distance.
La taille critique comme réponse à un marché tendu
Le contexte de marché rend la consolidation cohérente. Selon les données de l’Institut de la Maison, le marché français du meuble a reculé à 13,8 milliards d’euros en 2025. L’organisme relève parallèlement une progression du e-commerce dans la literie et le rembourré, ainsi qu’une hausse des importations qui creuse le déficit commercial du secteur.
La literie représentait environ 2 milliards d’euros en 2024. Pour 2026, les projections sectorielles évoquaient encore un recul compris entre 1 % et 4 %. Les spécialistes de la literie résistent toutefois mieux que plusieurs autres circuits, notamment grâce à l’ouverture de points de vente et à une politique commerciale plus active.
Dans cet environnement, le nouveau groupe se présente comme le troisième acteur de la literie en France. Cette position revendiquée ne garantit pas la croissance. Elle améliore cependant la capacité à amortir les investissements, à négocier les approvisionnements et à soutenir une force de vente couvrant plusieurs marchés.
La logique est particulièrement pertinente pour une ETI industrielle. Une entreprise de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires dispose d’une base plus solide pour financer l’automatisation, la traçabilité, la modernisation logistique ou le développement de gammes éco-conçues. Elle doit toutefois préserver l’agilité qui fait souvent sa différence face aux grands groupes.
Le test de l’intégration opérationnelle
Les objectifs affichés portent sur une croissance organique soutenue dans les cinq prochaines années, de nouveaux investissements industriels et une accélération commerciale en France comme à l’international. L’offre doit couvrir plus largement l’équipement du foyer, les collectivités, l’hôtellerie, la distribution et le retail.
La création de valeur dépendra désormais de l’exécution. Les synergies attendues concernent l’industrie, le commerce et les opérations. Elles devront être traduites en gains concrets : planification de production plus fine, mutualisation des achats, meilleure utilisation des capacités, offre élargie et logistique plus réactive.
Le défi sera de mener ces chantiers sans banaliser les marques. Le maintien de leurs identités est présenté comme un choix stratégique. Pour une ETI, cette approche permet de conserver la fidélité des distributeurs et des clients professionnels, tout en donnant au groupe une puissance d’investissement supérieure.
Le rapprochement Jacquart-Thiriez devient ainsi un cas d’école pour le Mittelstand français : faire de la croissance externe un levier de souveraineté industrielle, à condition que la nouvelle taille serve d’abord la performance des usines et la qualité du service.

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