Crédit Agricole 17,12 € +1,09 % Air Liquide 169,10 € -0,97 % Airbus 188,00 € -0,57 % Alstom 16,19 € +4,79 % Danone 58,82 € +1,84 % BNP Paribas 95,09 € +2,51 % Carrefour 15,70 € +1,26 % Capgemini 109,95 € +1,43 % AXA 42,77 € +1,47 % Vinci 109,25 € +2,92 % Dassault Systèmes 21,51 € +0,51 % Edenred 27,61 € +1,32 % EssilorLuxottica 146,70 € +1,52 % Bouygues 41,23 € +1,43 % Engie 23,45 € +2,54 % Eurofins Scientific 76,14 € +0,79 % Société Générale 67,31 € +2,00 % Thales 222,50 € -1,90 % Kering 213,50 € +2,03 % Legrand 148,40 € +3,70 % LVMH 385,60 € +1,23 % Michelin 33,70 € +1,17 % ArcelorMittal — L'Oréal 373,60 € +0,04 % Orange 14,06 € +0,21 % Publicis 94,36 € +0,19 % Pernod Ricard 59,22 € +2,03 % Hermès International 1 282,00 € -0,31 % Renault 25,80 € +2,14 % Safran 329,40 € -0,12 % Sanofi 70,61 € +0,89 % Saint-Gobain 67,14 € +1,54 % Stellantis 4,07 € +2,01 % STMicroelectronics 52,00 € +2,22 % Schneider Electric 260,50 € -4,51 % Teleperformance 70,04 € +2,01 % TotalEnergies 75,72 € -0,11 % Unibail-Rodamco 90,50 € +2,17 % Veolia 31,34 € +2,89 % Worldline 10,57 € +1,40 %
Industrie

Pasqal face au dilemme des deeptech : financer sa croissance mondiale sans perdre l’accès aux marchés publics stratégiques français

eti_news ·

La sortie de Pasqal du programme PROQCIMA illustre une tension devenue centrale pour les deeptech françaises : lever des capitaux mondiaux tout en restant éligible aux dispositifs les plus sensibles de la souveraineté nationale.

Cotée au Nasdaq depuis le 28 août 2026, l’entreprise française de calcul quantique à atomes neutres cesse de participer au programme de défense. Elle doit désormais orienter sa coopération publique vers des applications civiles et commerciales.

Un changement de cadre après la cotation américaine

Pasqal a confirmé, le 28 septembre, la fin de sa participation à LSQUARE, autre nom du programme PROQCIMA. L’entreprise indique avoir achevé les objectifs technologiques de la première phase.

Cette décision intervient un mois après sa cotation américaine. Le 27 août, Pasqal a finalisé son rapprochement avec Bleichroeder Acquisition Corp. II. Ses actions ont commencé à s’échanger au Nasdaq le lendemain, sous le symbole PSQL.

L’opération a donné à l’entreprise environ 360 millions de dollars de liquidités à la clôture. Pasqal prévoit d’employer ces moyens pour déployer ses machines, accélérer sa feuille de route technologique et développer ses activités commerciales à l’international.

La société ne présente pas ce retrait comme un abandon du soutien public français. Au contraire, elle indique que le Secrétariat général pour l’investissement et la Direction générale des entreprises lui ont demandé de proposer un programme spécifique de recherche et développement civil.

Ce futur dispositif concernerait le calcul quantique tolérant aux erreurs, fondé sur les atomes neutres. C’est la technologie développée par Pasqal depuis sa création en 2019.

Le mouvement dessine donc une séparation plus nette entre deux trajectoires. D’un côté, Pasqal accélère sa commercialisation mondiale. De l’autre, l’État conserve un programme de défense organisé autour de capacités conçues et pilotées dans un cadre souverain.

PROQCIMA, un marché public sélectif de 500 millions d’euros

PROQCIMA ne relève pas d’une simple logique de subvention. Le programme repose sur un partenariat d’innovation et sur des commandes publiques. Il met en concurrence plusieurs voies technologiques jusqu’à la sélection des solutions les plus robustes.

La Direction générale de l’armement a notifié les accords-cadres le 5 mars 2024. Cinq entreprises françaises étaient alors en lice : Alice et Bob, C12, Pasqal, Quandela et Quobly.

Le plafond du programme atteint 500 millions d’euros sur au moins dix ans, avec le soutien de France 2030. Sa première phase, de 2024 à 2026, représente 60 millions d’euros toutes entreprises confondues.

La phase suivante doit retenir trois technologies entre 2026 et 2028. Puis le programme doit aboutir à deux prototypes français prêts pour l’industrialisation en 2032.

L’objectif a été relevé en 2026. La cible initiale de 128 qubits logiques est désormais fixée à 1 000 qubits logiques en 2032. Cette hausse traduit le durcissement de la compétition mondiale et l’ambition française de rattraper l’échelle des grands programmes américains et chinois.

Les applications visées dépassent largement le calcul académique. Les besoins portent sur la cryptographie, la simulation de matériaux, l’optimisation complexe, les communications et les systèmes de défense. Toutefois, aucun des prototypes attendus ne constitue encore un produit industriel immédiatement déployable.

Le défi des ETI : financer la croissance sans diluer l’ancrage stratégique

Pour les ETI industrielles et technologiques, le cas Pasqal pose une question opérationnelle. Les marchés financiers américains apportent profondeur, liquidité et visibilité internationale. Ils peuvent aussi modifier la relation avec les donneurs d’ordre publics français dans les secteurs régaliens.

Le sujet ne se limite pas à la nationalité du siège social. Il concerne la gouvernance, la protection de la propriété intellectuelle, l’accès aux données sensibles, la localisation des capacités de production et la continuité d’approvisionnement.

Les ETI positionnées dans le quantique, les semi-conducteurs, la cybersécurité ou l’intelligence artificielle duale devront intégrer ces critères plus tôt dans leur stratégie de financement. Une levée de fonds ou une cotation réussie ne garantit pas, à elle seule, l’accès aux contrats souverains.

Inversement, rester dans un périmètre strictement national peut freiner la capacité à financer des cycles de recherche longs et coûteux. La mise à l’échelle d’une technologie de rupture exige des capitaux patients, des clients internationaux et des partenariats industriels de premier rang.

La réponse française semble donc évoluer vers une spécialisation des soutiens. Les programmes de défense conserveraient leurs exigences propres. Les entreprises les plus avancées commercialement pourraient bénéficier d’un accompagnement civil adapté à leur maturité.

Pour Pasqal, l’enjeu est désormais de transformer son avance technologique en revenus récurrents sur les marchés de l’énergie, de la finance et des matériaux. Pour les autres candidats de PROQCIMA, la compétition se poursuit dans un cadre où la souveraineté devient aussi un critère de sélection industrielle.

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