Lucart engage 20 millions d’euros pour renforcer sa production vosgienne et accélérer son développement vers les marchés européens
Vingt millions d’euros pour moderniser une usine vosgienne : Lucart accélère dans un secteur du papier-tissue pourtant sous pression. Le groupe italien veut faire de Laval-sur-Vologne un point d’appui industriel et commercial pour servir les marchés français et frontaliers.
L’investissement annoncé vise l’entité française du fabricant de papiers d’hygiène. Il prolonge une stratégie déjà engagée dans les Vosges, où Lucart associe production à Laval-sur-Vologne et logistique à Saint-Dié-des-Vosges.
Un investissement industriel au service d’un marché européen
Le projet porte sur la modernisation du site de Laval-sur-Vologne. Lucart y fabrique des produits d’hygiène en papier destinés notamment à la distribution et au marché professionnel, qui couvre l’hôtellerie, la restauration, les cafés, les administrations et les services publics.
Cette décision intervient alors que la filière papetière française traverse une période de fortes tensions. Les coûts de l’énergie, des matières premières, du transport et du financement pèsent sur les marges. Dans ce contexte, l’effort de modernisation constitue d’abord un choix de compétitivité industrielle.
Pour une ETI industrielle, l’enjeu ne se limite pas au renouvellement d’équipements. Il s’agit de préserver la fiabilité des volumes, la qualité des produits et la capacité à répondre rapidement à des clients souvent engagés dans des contrats d’approvisionnement exigeants.
Lucart dispose déjà d’une base logistique à Saint-Dié-des-Vosges. Acquise en 2023 et mise en exploitation à partir de 2024, elle a été conçue pour renforcer le stockage et l’expédition des productions de Laval-sur-Vologne vers la France, l’Allemagne, le Benelux et l’Europe du Nord. Le bâtiment couvre 22 000 mètres carrés sur un terrain de 10 hectares. Le projet logistique de Lucart à Saint-Dié-des-Vosges
Laval-sur-Vologne, pivot industriel de la stratégie française
Le site vosgien occupe une place structurante dans l’organisation du groupe. Lucart a repris l’usine en 2008 avec deux priorités : renouveler l’outil de production et développer des références intégrant des fibres recyclées. Selon la communauté d’agglomération de Saint-Dié-des-Vosges, l’activité française dépasse 120 millions d’euros de chiffre d’affaires.
La même source indique que le site travaille avec une part élevée de matières recyclées. Cette orientation répond à une double logique : réduire la dépendance aux fibres vierges et proposer aux donneurs d’ordre des produits compatibles avec leurs propres objectifs environnementaux.
Le développement logistique a déjà permis à Lucart de réduire le recours aux stockistes externes. Benoît Cottel, directeur général de Lucart SAS France, soulignait que cette organisation supprimait des navettes entre dépôts et améliorait les délais de livraison. L’emplacement de Saint-Dié-des-Vosges doit aussi soutenir le développement commercial en Allemagne. Le portrait économique de Lucart publié par l’agglomération de Saint-Dié-des-Vosges
L’investissement de 20 millions d’euros ajoute donc une brique industrielle à un dispositif déjà pensé à l’échelle régionale. La production reste concentrée dans les Vosges, tandis que le hub déodatien organise la disponibilité des produits finis. Ce couplage usine-entrepôt peut réduire les ruptures, optimiser les chargements et soutenir un service transfrontalier plus régulier.
Une lecture utile pour les ETI industrielles
Le cas Lucart illustre une réalité familière aux ETI françaises : la compétitivité se joue de moins en moins sur le seul coût de fabrication. Elle dépend aussi de la maîtrise de la chaîne logistique, de l’automatisation, de la sobriété matière et de la proximité avec les marchés export.
Dans une industrie à forte intensité capitalistique, les investissements de productivité peuvent protéger la marge opérationnelle. Ils permettent aussi d’éviter que la modernisation ne soit reportée jusqu’à devenir un risque industriel. Cette capacité à investir pendant les phases de marché difficiles différencie souvent les entreprises disposant d’un actionnariat patient et d’une trajectoire européenne.
Le groupe italien affiche une dimension qui dépasse largement celle d’une ETI française : plus de 1 700 salariés, dix sites industriels, douze machines à papier et une capacité annoncée de 396 000 tonnes par an. Il sert plus de 70 pays et opère dans les activités grand public, professionnelles et de fournitures pour d’autres industriels. Les chiffres clés et les activités du groupe Lucart
Pour le tissu industriel vosgien, l’annonce confirme surtout la fonction durable de Laval-sur-Vologne dans l’appareil productif du groupe. Elle ne préjuge pas, à ce stade, du calendrier détaillé des travaux ni de leur incidence sur les effectifs. En revanche, elle consolide une logique claire : faire des Vosges une plateforme de production et de distribution capable de rayonner bien au-delà du marché français.

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