À Sausheim, un investissement de 150 à 200 millions d’euros pour sécuriser l’énergie et les déchets du bassin industriel alsacien
À Sausheim, le renouvellement de l’unité de valorisation énergétique du SIVOM Mulhouse Sud Alsace représente un investissement estimé entre 150 et 200 millions d’euros. Derrière ce chantier, c’est la continuité énergétique d’un bassin industriel et urbain de 400 000 habitants qui se joue.
Le syndicat prévoit de remplacer l’installation mise en service en 1999 sur l’Écopôle de Sausheim. La future unité sera moins capacitaire, mais devra produire davantage de vapeur, de chaleur et d’électricité. Le calendrier officiel vise une mise en service en 2033.
Une infrastructure devenue stratégique pour le territoire mulhousien
L’actuelle unité de valorisation énergétique traite les ordures ménagères résiduelles, des déchets d’activités économiques, des boues d’épuration, des encombrants et une part de déchets d’activités de soins. En 2025, elle a traité 149 673 tonnes, pour une capacité administrative de 172 500 tonnes.
Cette baisse des tonnages n’est pas un accident industriel. Elle traduit l’effet des politiques de tri, de prévention et de valorisation matière. Le SIVOM a donc choisi d’adapter l’outil à un gisement appelé à diminuer, plutôt que de conserver une capacité historiquement dimensionnée pour des volumes plus élevés.
La nouvelle usine serait ainsi calibrée à 135 500 tonnes par an. Ce redimensionnement constitue un point clé pour les collectivités comme pour les entreprises du territoire : l’objectif est de conserver une solution locale pour les déchets résiduels, sans surdimensionner un actif industriel à très longue durée de vie.
L’enjeu dépasse toutefois la seule gestion des déchets. L’UVE est intégrée à l’Écopôle de Sausheim, où elle fonctionne en interaction avec la station de traitement des eaux usées, l’unité de méthanisation et l’unité de récupération du phosphore. Cette organisation permet de transformer des flux résiduels en énergie et en ressources valorisables.
Produire plus d’énergie avec moins de déchets
Le projet repose sur une promesse industrielle forte : doubler la production d’énergies tout en traitant environ 20 % de déchets en moins. Aujourd’hui, l’unité produit de l’électricité, de la chaleur et de la vapeur à partir de l’incinération.
En 2025, le surplus d’électricité injecté sur le réseau correspondait à la consommation de 550 logements équivalents. La chaleur livrée aux réseaux et à la méthanisation représentait plus de 6 000 logements équivalents. La vapeur fournie aux Papeteries du Rhin a, quant à elle, contribué à la production de 80 000 tonnes de carton.
Pour le tissu économique local, la vapeur industrielle est un actif de compétitivité. Elle réduit la dépendance à une production thermique autonome et donne de la visibilité à un industriel consommateur d’énergie. La fiabilité du futur équipement sera donc aussi importante que son rendement.
Le SIVOM met en avant un turbo-alternateur capable de produire simultanément électricité et vapeur. La disponibilité de l’installation doit dépasser 90 %, contre une moyenne de 80 % pour l’outil actuel. Les installations récentes atteignent généralement des niveaux compris entre 92 % et 94 % selon le syndicat.
La refonte comprend également un traitement sec des fumées afin de supprimer les rejets liquides et de réduire le recours à l’eau industrielle. Le projet vise des rejets atmosphériques inférieurs aux seuils réglementaires. Ces choix techniques répondent à la fois aux exigences environnementales et au besoin de sécuriser les coûts d’exploitation sur plusieurs décennies.
Un programme industriel à financer et à exécuter sans interrompre le service
Le chantier entre désormais dans une phase de préparation concrète. Les études sont programmées de 2024 à 2029, avant des travaux prévus entre 2029 et 2032. Une consultation relative au contrôle technique et à la coordination de sécurité du projet a été publiée en août 2026, signe que la structuration opérationnelle avance.
Le défi d’exécution sera majeur. L’installation actuelle reste indispensable au traitement des déchets du territoire pendant la période de construction. Les collectivités devront donc organiser le remplacement de l’outil tout en préservant la continuité de service, les débouchés énergétiques existants et la maîtrise des coûts.
Pour les ETI industrielles du Haut-Rhin, ce projet illustre un enjeu souvent sous-estimé : la performance énergétique territoriale dépend aussi d’infrastructures publiques capables de fournir chaleur, vapeur et services de traitement compétitifs. Dans une région où les sites industriels cherchent à décarboner leurs procédés, la valorisation énergétique peut constituer un complément aux contrats d’électricité et de gaz.
La concertation publique organisée du 17 août au 20 septembre 2026 a clos une première séquence de dialogue. Le SIVOM analyse désormais les contributions recueillies. Les prochaines étapes porteront sur la consolidation technique, le montage financier et le choix des partenaires appelés à réaliser puis exploiter ce nouvel équipement.
À Sausheim, l’investissement ne relève donc pas d’un simple renouvellement d’incinérateur. Il dessine une infrastructure énergétique locale, pensée pour un volume de déchets en baisse et pour des besoins industriels qui, eux, restent élevés.

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