Marché européen, robotisation et commande publique : les leviers qui peuvent renforcer la compétitivité des ETI industrielles françaises
L’Industrial Accelerator Act peut devenir un levier concret de compétitivité pour les ETI industrielles françaises. Le texte européen veut orienter une part de la commande publique et des aides vers des produits bas carbone fabriqués en Europe.
Pour les entreprises de taille intermédiaire, l’enjeu dépasse la préférence européenne. Il porte sur la visibilité des débouchés, la sécurisation des investissements et la capacité à rester dans les chaînes de valeur de l’automobile, des matériaux et des technologies propres.
Une préférence européenne pensée comme un outil de marché
La Commission européenne a présenté l’Industrial Accelerator Act le 4 mars 2026. Son objectif est de porter la part de l’industrie manufacturière à 20 % du PIB européen d’ici 2035, contre 14,3 % en 2024.
Le projet cible notamment l’acier, le ciment, l’aluminium, l’automobile et les technologies bas carbone. Il prévoit des critères de production européenne et de faible empreinte carbone dans les marchés publics et certains régimes de soutien.
La logique est simple. L’Europe ne cherche pas seulement à soutenir l’offre par des subventions. Elle veut aussi organiser une demande solvable pour les productions implantées sur son territoire.
Cette approche peut modifier la donne pour les ETI. Beaucoup occupent des positions critiques comme équipementiers automobiles, transformateurs de métaux, fournisseurs de composants, fabricants de machines ou spécialistes des procédés industriels.
Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, résume la ligne française : « Il ne s’agit pas de fermer l’Europe. Il s’agit de construire un marché qui entend se faire respecter. »
Le point le plus sensible concerne la définition de l’origine européenne. La proposition initiale conserve des ouvertures pour plusieurs partenaires commerciaux de l’Union. La France défend une interprétation plus exigeante du « made in Europe », tout en préservant des coopérations avec des pays partageant des règles comparables.
Pour les ETI, transformer la préférence en contrats
La préférence européenne ne produira d’effets que si elle devient lisible dans les appels d’offres. Les ETI auront besoin de critères stables, de procédures simples et de calendriers suffisamment longs pour engager des capacités de production.
Dans l’automobile, la mesure peut soutenir les fournisseurs européens de composants électriques et de pièces à faible intensité carbone. Dans les matériaux, elle peut créer une prime commerciale pour les producteurs qui ont déjà investi dans la décarbonation.
Le texte ne se limite pas à la demande. Il veut aussi raccourcir les délais d’autorisation et créer des zones d’accélération industrielle. Pour une ETI, le délai de mise en service d’une ligne automatisée ou d’un projet de décarbonation pèse directement sur le retour sur investissement.
Les investissements directs étrangers constituent un autre volet. Pour certains projets de plus de 100 millions d’euros dans les batteries, les véhicules électriques, le solaire ou les matières premières critiques, des conditions sont prévues sur l’emploi européen, le transfert de technologie et la valeur créée localement.
Le seuil annoncé de 50 % d’emplois européens vise à éviter des implantations réduites à l’assemblage final. Il peut aussi offrir des opportunités de sous-traitance aux ETI capables de fournir des pièces, de l’ingénierie, de la maintenance ou des services industriels.
Le risque reste celui d’un dispositif trop complexe. Une préférence mal définie, assortie de contrôles lourds, favoriserait les grands groupes dotés de solides équipes juridiques. L’exécution devra donc rester accessible aux entreprises de taille intermédiaire.
Robotisation : le second pilier de la compétitivité industrielle
La politique de demande européenne ne suffira pas sans modernisation de l’appareil productif français. Le gouvernement prépare pour le projet de loi de finances pour 2027 un mécanisme de suramortissement destiné aux PME et ETI industrielles.
Le dispositif envisagé permettrait une déduction fiscale exceptionnelle, pendant trois ans, des investissements en robotique, intelligence artificielle et modernisation des usines. Le taux annoncé irait de 40 % à 120 % selon les investissements concernés.
L’intérêt est stratégique. Les ETI font souvent face à un double défi : compenser le manque de main-d’œuvre qualifiée et produire avec des coûts, des délais et une qualité comparables à ceux de leurs concurrents internationaux.
Un précédent mécanisme de suramortissement a, selon le ministre, augmenté de 15 % les investissements industriels des PME bénéficiaires. Son coût fiscal brut serait resté inférieur à 40 millions d’euros. Ces chiffres devront toutefois être confirmés dans le cadre budgétaire et législatif.
La diffusion des robots reste un enjeu majeur. Une étude de la direction générale des entreprises indique que 61 % des ETI utilisent des robots, contre 23 % des PME. L’écart rappelle que l’investissement productif demeure une condition de maintien dans la course industrielle.
Le dossier européen est encore en phase parlementaire. Trois commissions du Parlement européen le traitent conjointement, tandis que les négociations avec les États membres restent à construire. Pour les ETI, la priorité est claire : obtenir des règles européennes qui convertissent la préférence industrielle en volumes, puis transformer ces volumes en investissements productifs sur le territoire.

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