À Alizay, VPK investit 80 millions d’euros pour diversifier son activité avec les granulés de bois et renforcer la compétitivité de son site industriel
À Alizay, dans l’Eure, VPK franchit une étape supplémentaire dans la reconversion de son pôle papetier normand. Le groupe belge consacre 80 millions d’euros à deux outils industriels : 60 millions pour une unité de granulés de bois et 20 millions pour un entrepôt automatisé de bobines de papier.
L’usine de granulés vise 120 000 tonnes annuelles. Elle ajoute une activité énergétique à un site déjà tourné vers le recyclage du papier, la production de carton et l’emballage. Pour une ETI industrielle, le projet illustre une voie concrète : transformer un flux énergétique peu valorisé en une nouvelle ligne de revenus et en un levier de compétitivité.
Un investissement de 80 millions d’euros pour densifier le site
Le programme inauguré à Alizay comprend une unité de granulation du bois et un bâtiment de stockage automatisé. Ce dernier représente 20 millions d’euros d’investissement. Long de 110 mètres et haut de 35 mètres, il peut accueillir 20 000 tonnes de bobines de papier destinées aux onduleuses qui fabriquent les emballages en carton.
La nouvelle activité énergétique concentre l’essentiel de l’effort financier. VPK a investi 60 millions d’euros dans l’installation de pellets. Le parc à bois peut stocker 20 000 tonnes de matière première. Six boxes permettent de séparer les plaquettes selon les essences avant les opérations de broyage, de séchage et de granulation.
Le dispositif a créé 20 emplois. VPK emploie 350 personnes à Alizay. Avec Biomasse Énergie d’Alizay et les partenaires du site, l’écosystème industriel représente 450 emplois. Depuis la reprise du site de Double A en 2023, le groupe a aussi converti la machine à papier vers le carton et relocalisé une unité de carton ondulé auparavant implantée à Fleury-sur-Andelle.
Valoriser la chaleur fatale plutôt que consommer du gaz
Le cœur économique du projet tient dans son schéma énergétique. Le séchage est l’une des étapes les plus consommatrices d’énergie dans la production de granulés. À Alizay, VPK récupère la chaleur fatale issue de la chaudière biomasse exploitée par Biomasse Énergie d’Alizay. Cette chaleur était auparavant rejetée dans l’atmosphère.
La chaudière biomasse fournit déjà vapeur et électricité au site industriel. VPK indique une capacité de 50 MW pour cette centrale. La récupération de chaleur réduit donc le besoin d’une source thermique dédiée au séchage de la biomasse. Elle rapproche l’économie des pellets de celle d’un coproduit industriel, avec un coût énergétique potentiellement mieux maîtrisé que dans une unité autonome.
La nouvelle entité, VPK Granulés Normandie, annonce une production de 120 000 tonnes par an. Les matières premières comprennent notamment des bois ronds, des copeaux et de la sciure. Les granulés sont destinés aux applications industrielles ainsi qu’au marché domestique, en vrac ou conditionnés en sacs. L’installation a obtenu la certification DINplus en novembre 2025, puis a mis en service sa ligne d’ensachage en décembre 2025.
Un modèle circulaire qui dépasse l’emballage
Pour VPK, l’enjeu ne consiste pas seulement à diversifier ses débouchés. Le groupe cherche aussi à sécuriser une énergie renouvelable mobilisable dans ses propres usines. Il prévoit notamment d’utiliser les granulés pour produire de la vapeur décarbonée dans d’autres sites français et belges. Cette logique d’intégration donne une fonction stratégique à la nouvelle activité, au-delà de la vente de combustible.
Le modèle intéresse directement les ETI de la filière papier-carton, du bois et de l’agro-industrie. Beaucoup disposent de chaleur résiduelle, de sous-produits organiques ou de flux de matière insuffisamment valorisés. L’équation reste exigeante : elle suppose des volumes réguliers, une logistique d’approvisionnement robuste, des investissements élevés et des débouchés industriels durables. Mais elle peut réduire simultanément les émissions, les achats d’énergie fossile et l’exposition aux prix du gaz.
À Alizay, VPK traite par ailleurs 450 000 tonnes de papiers usagés pour approvisionner ses usines d’emballage en France et en Europe. L’ajout des pellets étend ainsi le périmètre de circularité du site : papier récupéré, carton recyclé, biomasse, vapeur et électricité s’inscrivent dans un même système industriel.
La filière bois au centre de la prochaine étape
La performance du projet dépendra désormais de la qualité des approvisionnements et de la capacité de VPK à tenir ses cadences. L’entreprise met en avant des flux issus de la gestion forestière, de l’industrie du bois et du bois en fin de vie. Son site normand présente la production de pellets comme un moyen de soutenir la structuration de la filière locale et de valoriser davantage les ressources disponibles.
Pour le Mittelstand français, l’opération offre surtout un cas d’école de reconversion industrielle. Elle associe modernisation logistique, production d’emballages, recyclage et énergie renouvelable sur un même foncier. Dans un contexte où la décarbonation pèse sur les marges et les décisions de capex, l’avantage compétitif ne vient plus seulement de l’outil de production. Il repose aussi sur la capacité à connecter les flux de matière et d’énergie.

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