Novo Nordisk investit 2,1 milliards d’euros à Chartres pour doubler sa capacité industrielle et renforcer la production pharmaceutique française
À Chartres, Novo Nordisk change de pilote au moment où son plus vaste chantier industriel français entre dans sa phase décisive. Salima Yakhlef dirige désormais un site appelé à atteindre 230 000 m² à l’horizon 2028, après un investissement supérieur à 2,1 milliards d’euros.
Cette nomination intervient alors que plus de la moitié du programme d’extension était réalisée au 30 mai 2026. Pour l’industrie pharmaceutique française, l’enjeu dépasse la seule croissance d’un laboratoire danois : il s’agit de consolider des capacités de production, des compétences aseptiques et une chaîne locale de sous-traitance dans un secteur stratégique.
Une dirigeante issue des opérations pour un site en transformation
Salima Yakhlef a pris la direction de Novo Nordisk Production Chartres au printemps 2026. Elle succède à Laura Svensson, appelée à exercer des responsabilités mondiales dans l’excellence industrielle du groupe.
Son parcours répond directement aux besoins du moment. Présente depuis onze ans chez Novo Nordisk, elle a notamment dirigé le département de production aseptique du site chartrain. Cette expérience est centrale dans une usine qui prépare de nouvelles unités dédiées aux médicaments injectables.
La gouvernance opérationnelle devient un facteur critique dans ce type de projet. L’enjeu ne consiste pas seulement à livrer des bâtiments. Il faut installer les équipements, qualifier les lignes, valider les procédés, recruter les équipes et maintenir simultanément la continuité des productions existantes.
Le site de Chartres produit des cartouches et des flacons d’insuline. Il assure aussi l’assemblage et le conditionnement de stylos injecteurs préremplis. Ces activités exigent une maîtrise fine de la qualité, de la traçabilité et des flux logistiques sous température contrôlée.
2,1 milliards d’euros pour changer d’échelle
Annoncé le 23 novembre 2023, le programme doit plus que doubler l’emprise du site. Il prévoit 120 000 m² supplémentaires et une surface totale de 230 000 m² à terme. Le calendrier de finalisation s’étend de 2026 à 2028.
Le projet comprend deux bâtiments de produits finis et de magasins logistiques, un bâtiment de production aseptique, ainsi que l’extension du laboratoire de contrôle qualité. Il intègre aussi de nouvelles plateformes d’utilités vertes, des panneaux solaires, des bureaux, un restaurant d’entreprise et des parkings.
Les premières étapes industrielles sont déjà visibles. Un premier module aseptique, destiné à la formulation et au conditionnement aseptique de médicaments injectables, est entré en fonctionnement. Il doit encore franchir les séquences de qualification et de validation nécessaires avant toute production commerciale.
Dans le bâtiment consacré aux produits finis, les équipements destinés à l’assemblage et au conditionnement des stylos préremplis ont été réceptionnés. Les lignes sont en cours de validation. Cette précision illustre la différence entre l’achèvement d’un chantier et la disponibilité effective d’une capacité pharmaceutique.
L’investissement doit également créer plus de 500 emplois pour faire fonctionner les nouvelles installations en continu, selon le groupe. Pendant le chantier, 1 500 emplois externes étaient mobilisés et plus de 900 personnes intervenaient quotidiennement sur le seul bâtiment aseptique.
Un signal fort pour le Mittelstand industriel local
Pour les ETI françaises de la pharmacie, de l’ingénierie, de l’automatisation et des utilités industrielles, un programme de cette ampleur crée un effet d’entraînement. Les besoins portent autant sur les équipements et la maintenance que sur la qualification, la métrologie, la logistique, les salles propres et les services techniques.
Le bassin chartrain dispose déjà d’un écosystème pharmaceutique structuré. Le dossier de concertation du projet cite notamment Ipsen, Léo Pharma, Ethypharm et Pharmélis. La présence de donneurs d’ordre mondiaux peut ainsi renforcer les débouchés des fournisseurs locaux, à condition qu’ils répondent aux standards très élevés de conformité du médicament.
Chartres occupe une place particulière dans l’appareil industriel de Novo Nordisk. Créé en 1961, le site est présenté par le groupe comme son premier site stratégique hors Danemark. Il dessert 80 pays et les traitements qui y sont fabriqués sont utilisés par 10 millions de patients dans le monde.
La montée en capacité répond aussi à l’élargissement du portefeuille du laboratoire. L’investissement comprend des capacités pour des produits de la classe des GLP-1, utilisés dans le diabète et l’obésité. Novo Nordisk prépare toutefois une installation multiproduit, conçue pour accueillir des procédés actuels et futurs.
Le défi : industrialiser sans alourdir l’empreinte du site
Le chantier associe croissance industrielle et objectifs environnementaux. Le site indique que ses activités de production sont alimentées par des énergies renouvelables, éolienne et biomasse. Entre 2019 et 2023, sa consommation d’eau a diminué de 39 % alors que l’activité de production augmentait de 68 %.
Selon les éléments communiqués en mai 2026, 96 % des matériaux issus de la déconstruction ont été réutilisés. Le site vise aussi une baisse annuelle de 2 % de ses consommations énergétiques et hydriques. Pour une usine aseptique, où l’eau hautement purifiée, le lavage et la stérilisation sont structurels, cette trajectoire constitue un enjeu de compétitivité autant qu’un objectif environnemental.
Pour Salima Yakhlef, la priorité sera donc double : faire monter les nouvelles capacités au niveau de qualité attendu et organiser l’intégration des nouveaux métiers dans un site déjà majeur pour le territoire. À Chartres, l’extension ne se limite pas à ajouter des mètres carrés. Elle redéfinit l’échelle industrielle d’un pôle pharmaceutique français tourné vers l’exportation.

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