CNIM accélère dans les équipements nucléaires avec Sizewell C et mise sur les grands programmes EPR en France et au Royaume-Uni
À La Seyne-sur-Mer, CNIM Systèmes Industriels transforme le redémarrage mondial du nucléaire en débouchés industriels concrets. La filiale du groupe REEL vient notamment d’obtenir une commande pour Sizewell C, le vaste projet de deux EPR lancé au Royaume-Uni.
Pour cette ETI industrielle de 450 salariés, l’enjeu dépasse un contrat. Il consiste à convertir des décennies de savoir-faire dans la mécanique lourde, la sûreté et la manutention en positions durables sur les programmes nucléaires internationaux.
Un marché qui revient aux équipements critiques
Le nucléaire crée peu de marchés de masse. En revanche, il ouvre des marchés très spécialisés, où les barrières à l’entrée sont élevées. Les donneurs d’ordre recherchent des fournisseurs capables de concevoir, fabriquer, qualifier et tester des équipements destinés à des environnements sensibles.
CNIM Systèmes Industriels se situe précisément sur ce segment. L’entreprise fabrique des systèmes mécaniques, des outillages d’exploitation, des équipements sous pression nucléaire et des dispositifs de manutention sécurisée. Elle intervient de l’amont du cycle du combustible jusqu’au démantèlement et à la gestion des déchets.
Le mouvement est visible en France. Le programme EPR2 prévoit six réacteurs sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey. EDF met en avant une logique de standardisation et de construction par paires, afin de mieux maîtriser qualité, délais et coûts. La première mise en service à Penly est annoncée pour 2038. Le programme français de six réacteurs EPR2 constitue donc une perspective industrielle de long terme pour les équipementiers qualifiés.
La reprise concerne aussi le Royaume-Uni. Le gouvernement britannique a pris la décision finale d’investissement pour Sizewell C le 22 juillet 2025. Le projet doit compter deux EPR totalisant 3,2 gigawatts. Son coût de construction cible avoisine 38 milliards de livres aux prix de 2024. La décision d’investissement britannique pour Sizewell C a rendu plus tangible l’accès de la supply chain européenne à ce chantier.
Sizewell C, une commande qui prolonge l’expérience EPR
Le 29 janvier 2026, CNIM Systèmes Industriels a annoncé fournir les équipements de génie civil destinés à accueillir le futur chariot de déchargement du combustible usé, pour chacune des deux unités de Sizewell C.
Le périmètre comprend les rails de roulement, les rails entre unités, une structure de pénétration avec bouchons, une plateforme tournante, un pont levis, des ancrages spécifiques, une couverture inox étanche, ainsi que le contrôle commande et les outillages de maintenance et d’essais.
Ces équipements prépareront l’installation ultérieure du système de transfert du combustible usé. Celui-ci doit permettre de déplacer le combustible vers un conteneur de transport sécurisé avant son retraitement ou son stockage. Le périmètre des équipements fournis à Sizewell C illustre la valeur des contrats de niche, souvent invisibles dans les annonces de grands projets.
Cette commande ne part pas de zéro. CNIM Systèmes Industriels a déjà livré pour Hinkley Point C, autre centrale britannique équipée de deux EPR. L’entreprise y a fourni, pour Framatome, des équipements de levage du couvercle de cuve. Ces outillages servent aux opérations d’inspection, de maintenance et aux arrêts de tranche.
Ils ont nécessité des essais en charge, une fabrication conforme aux normes de construction métallique et une exigence de résistance sismique. Les outillages nucléaires livrés pour Hinkley Point C donnent ainsi à l’industriel varois une référence opérationnelle sur le modèle EPR britannique.
Le redressement par l’adossement à REEL
Cette dynamique intervient après un changement capitalistique décisif. Le groupe REEL a repris CNIM Systèmes Industriels en septembre 2022, alors que l’ancienne maison mère traversait de graves difficultés financières. REEL avait alors souligné la complémentarité entre ses activités de levage et de manutention complexes et les compétences de l’entité varoise en usinage de grande dimension, ingénierie et intégration industrielle.
La reprise de CNIM Systèmes Industriels par le groupe REEL a apporté un cadre financier et opérationnel à une société dotée d’actifs industriels rares. Son site de La Seyne-sur-Mer regroupe 45 000 mètres carrés d’ateliers, dont 2 700 mètres carrés de salles propres.
L’entreprise revendique une intégration verticale, de la conception à la qualification. Elle dispose aussi de la certification ISO 19443 depuis 2023, norme dédiée au management de la qualité dans la chaîne d’approvisionnement du nucléaire. Ce type de qualification devient déterminant lorsque les industriels répondent simultanément à des codes français, allemands ou anglo-saxons.
Le portefeuille nucléaire repose enfin sur plusieurs références internationales. CNIM Systèmes Industriels a travaillé sur les EPR d’Olkiluoto et de Taishan, sur ITER et sur le réacteur Jules Horowitz. L’entreprise indique avoir fourni 19 systèmes de transfert de combustible usé dans le monde. Les références nucléaires internationales de CNIM Systèmes Industriels renforcent sa crédibilité auprès des grands contractants.
Une leçon pour les ETI de la filière
Le cas de CNIM Systèmes Industriels montre que le renouveau nucléaire ne bénéficie pas uniquement aux grands maîtres d’œuvre. Il irrigue des ETI capables de maîtriser une technologie critique, de supporter des cycles de vente longs et de répondre aux exigences documentaires de la sûreté.
La priorité sera désormais l’exécution. Sizewell C vise une entrée en exploitation au milieu ou à la fin des années 2030. Le programme français reste, lui, soumis à une décision finale d’investissement attendue fin 2026. Entre ces calendriers longs et les besoins immédiats de maintenance du parc existant, les équipementiers ont une fenêtre pour consolider leurs équipes, leurs qualifications et leurs capacités de production.
Pour CNIM Systèmes Industriels, l’adossement à REEL et l’accumulation de références EPR créent une base de développement. La défense demeure un pilier de l’activité, mais le nucléaire redevient un relais de croissance crédible pour l’industrie varoise et, plus largement, pour le Mittelstand français.

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