HIT Mag veut industrialiser des aimants sans terres rares pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement européennes
Avec une levée de fonds de 1,6 million d’euros, la bretonne HIT Mag veut franchir l’étape qui sépare une découverte de laboratoire d’un composant industriel. Son pari est ambitieux : produire des aimants permanents sans terres rares, alors que la Chine concentrait 94 % de la production mondiale d’aimants frittés en 2024.
Pour les ETI industrielles, l’enjeu dépasse la seule innovation matériau. Il touche directement la continuité d’approvisionnement, la maîtrise des coûts et la capacité à vendre des équipements européens dans l’automobile, les télécoms, l’énergie ou le spatial.
Une dépendance devenue un risque industriel
Les aimants permanents sont des composants discrets, mais déterminants. Ils entrent dans les moteurs électriques, les générateurs, les actionneurs de robotique, les systèmes de télécommunications et certains équipements spatiaux. Les aimants néodyme-fer-bore associent généralement néodyme et praséodyme, avec parfois du dysprosium ou du terbium pour résister à des températures élevées.
Cette chaîne de valeur reste extrêmement concentrée. Selon l’analyse de l’Agence internationale de l’énergie sur les terres rares, la Chine représentait 60 % de l’extraction mondiale des terres rares destinées aux aimants, 91 % du raffinage et 94 % de la fabrication d’aimants frittés en 2024.
Les restrictions chinoises à l’exportation annoncées en avril 2025 ont rappelé la vulnérabilité des industriels européens. Des licences ont alors été exigées pour plusieurs terres rares lourdes, leurs composés et les aimants concernés. Pour une ETI, ce risque se traduit vite en délais d’approvisionnement, en surcoûts et en incertitude sur les engagements pris auprès de ses propres clients.
L’Europe a inscrit ce sujet dans le Critical Raw Materials Act. Le texte fixe notamment un plafond : à l’horizon 2030, pas plus de 65 % des besoins annuels européens d’une matière stratégique ne doivent dépendre d’un seul pays tiers, à chaque étape de transformation pertinente.
Deux plateformes technologiques, deux horizons de marché
Créée en octobre 2025 et installée à Plouzané, HIT Mag est issue de travaux conduits au Lab-STICC, unité associant notamment l’Université de Bretagne Occidentale et le CNRS. La société développe une double approche : des aimants à base d’hexaferrites pour des applications déjà proches du marché, et des nitrures de fer destinés à terme aux usages les plus exigeants.
Sa première technologie s’appuie sur une simplification de la synthèse d’aimants hexaferrites. D’après la présentation du projet par Ouest Valorisation, le procédé vise à réduire le temps, les coûts, les équipements requis et la consommation d’énergie, sans recourir aux terres rares. Le différenciant se situe donc autant dans le procédé de fabrication que dans la formulation du matériau.
Le second programme, fondé sur les nitrures de fer, reste plus amont. HIT Mag le présente comme une voie vers des aimants de forte puissance pouvant, à terme, remplacer le néodyme dans certaines applications. Cette distinction est essentielle : la société ne revendique pas encore une substitution industrielle immédiate sur tous les marchés des aimants haute performance.
La trajectoire commerciale commence par des débouchés de niche. Le CNES est devenu son premier client dès le lendemain du dépôt des statuts, selon les informations publiées par le Technopôle Brest-Iroise. Un contrat a aussi été signé avec l’institut XLIM de Limoges pour des antennes de nouvelle génération. La technologie ferrite y est annoncée au niveau de maturité TRL 6, tandis que les nitrures se situent au niveau TRL 3.
Financer la preuve industrielle avant le passage à l’échelle
La levée de 1,6 million d’euros finalisée en juin 2026 doit financer la conversion des résultats de laboratoire en preuve de concept industrielle d’ici 2027. HIT Mag indique disposer ainsi de visibilité financière jusqu’à cette échéance. La prochaine marche sera plus capitalistique : financer une usine et démontrer la répétabilité du procédé à l’échelle de production.
Cette séquence est classique pour une deeptech industrielle. La valeur ne réside pas seulement dans le brevet ou la poudre magnétique. Elle dépendra de la qualification des composants, de leur comportement thermique, de leur intégration dans les produits finis et de la capacité à livrer des séries homogènes. Dans l’automobile, les cycles de validation rallongent encore cette temporalité.
Pour les ETI françaises, HIT Mag ouvre néanmoins une option stratégique. Les fabricants de moteurs, d’actionneurs, d’équipements radiofréquence ou de sous-ensembles pour le spatial peuvent engager tôt des essais sur des applications où les volumes restent maîtrisés. Ils sécurisent ainsi une expertise d’intégration avant que les contraintes de disponibilité ne deviennent critiques.
La jeune pousse ne remplacera pas seule la chaîne asiatique des aimants. En revanche, elle illustre une voie complémentaire au recyclage et à la relocalisation de la transformation : réduire, dès la conception, le besoin en matières premières sous tension. Pour le Mittelstand industriel, c’est un sujet de compétitivité autant que de souveraineté.

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