Saint-Gaudens : la Région mise sur quatre mois pour sécuriser la reprise de Fibre Excellence et préserver 270 emplois industriels
À Saint-Gaudens, la reprise de Fibre Excellence se joue désormais sur le temps. Un industriel du secteur de la pâte à papier et des produits d’hygiène a confirmé son intérêt, mais réclame quatre mois pour transformer cette intention en offre ferme. Or l’autorisation de poursuite d’activité du site expire le 15 septembre.
La Région Occitanie demande donc à l’État une intervention transitoire. Son objectif est de maintenir l’usine en activité, de protéger ses 270 emplois et de laisser au futur opérateur le temps de finaliser son montage industriel et financier.
Un repreneur intéressé, mais pas encore engagé
Le 3 septembre, l’Agence régionale des investissements stratégiques d’Occitanie a complété devant le tribunal de commerce de Toulouse son offre de reprise du site de Saint-Gaudens. Cette offre intègre le courrier d’intérêt d’un industriel spécialisé dans la pâte à papier et les produits d’hygiène.
L’identité de cet acteur n’a pas été rendue publique. Il a toutefois formalisé son intérêt pour le savoir-faire du site et pour la qualité de sa production. Il souhaite aussi rejoindre les partenaires déjà mobilisés autour du projet régional.
Cette manifestation d’intérêt ne vaut pas offre de reprise. L’industriel demande quatre mois supplémentaires pour arrêter son projet, définir ses engagements et déposer une proposition ferme. Pour une usine de pâte, ce délai correspond notamment à la vérification des approvisionnements en bois, des besoins de maintenance, des contrats énergétiques et du besoin en fonds de roulement.
Le calendrier judiciaire reste très contraint. Le jugement du tribunal de commerce de Toulouse a converti la procédure en liquidation judiciaire le 30 juillet 2026, tout en autorisant la poursuite de l’activité jusqu’au 15 septembre. Une audience est fixée au 8 septembre pour examiner les offres reçues.
Un tour de table de 90 millions d’euros à consolider
La Région affirme avoir bâti un projet industriel assorti d’un plan d’investissement de 90 millions d’euros. Elle prévoit d’engager 13 millions d’euros. Des industriels ont, selon elle, déjà apporté 3 millions d’euros de soutien.
Elle demande à l’État un engagement de 15 millions d’euros : 5 millions en capital et 10 millions sous forme de prêt. Cette intervention servirait de pont financier. Elle permettrait de préserver l’outil de production jusqu’à la conclusion d’une reprise privée.
La collectivité présente ce schéma comme une nationalisation temporaire. Il ne s’agirait pas de pérenniser une détention publique, mais de sécuriser provisoirement l’entreprise. La Région estime qu’une telle participation peut être décidée sans loi spéciale. Le détail du mécanisme proposé par la Région Occitanie prévoit une continuité d’exploitation pendant la phase de négociation avec l’opérateur industriel.
Le dossier illustre une difficulté classique des reprises industrielles : un actif peut être compétitif, mais devenir difficilement cessible lorsque la procédure collective laisse trop peu de temps à un industriel pour auditer les risques et mobiliser ses financements. Le risque est alors une liquidation qui détruit la valeur que la reprise cherchait précisément à préserver.
Un actif stratégique pour la filière bois régionale
Le site de Saint-Gaudens ne se réduit pas à ses emplois directs. Fibre Excellence exploite une usine de pâte à papier qui structure une chaîne de valeur locale : propriétaires forestiers, exploitants, transporteurs, entreprises de maintenance, chimie, énergie et sous-traitants industriels.
Le groupe Fibre Excellence comptait environ 650 salariés sur ses principaux sites de Saint-Gaudens et Tarascon, ainsi que deux sociétés forestières. Dans sa réponse à une question parlementaire, le gouvernement souligne le rôle de ces actifs pour la filière forêt-bois et la recherche d’un repreneur disposant d’un projet industriel viable.
Les difficultés ne sont pas seulement financières. Elles reflètent un marché européen dégradé. Une présentation de la commission de suivi du site relève la baisse des prix de vente depuis le printemps 2025, le recul de la demande européenne, le renchérissement du bois d’industrie et une pression accrue des pâtes importées. Le coût du bois avait ainsi augmenté de 50 % par rapport à 2021.
Dans le même temps, l’usine demeure un donneur d’ordres significatif. Son grand arrêt de maintenance de 2025 a mobilisé plus de 175 entreprises et 980 intervenants. Sur les 12 millions d’euros consacrés à cette opération, 90 % des partenaires étaient français et 45 % implantés en Occitanie. Les données de suivi du site de Saint-Gaudens montrent ainsi l’effet d’entraînement concret de l’usine sur le tissu des PME et ETI industrielles.
Le vrai enjeu : passer de l’intention à un modèle durable
Pour les ETI de la filière bois-papier, l’issue du dossier dépasse le seul périmètre de Fibre Excellence. La disparition du site réduirait les débouchés domestiques pour le bois d’industrie et augmenterait la dépendance aux importations de pâte. À l’inverse, une reprise réussie préserverait une plateforme de production, des compétences et des flux d’achats locaux.
Mais la viabilité ne pourra pas reposer sur une seule aide d’urgence. Le futur repreneur devra sécuriser son approvisionnement, rétablir une structure de coûts compétitive et financer les investissements nécessaires. Le dispositif public envisagé n’a donc de sens que s’il achète du temps pour une solution capitalistique crédible.
La séquence des prochains jours sera décisive. Le tribunal doit apprécier les offres déposées. L’État doit, de son côté, choisir s’il accompagne ou non une continuité temporaire. Enfin, l’industriel intéressé devra convertir son courrier d’intention en engagement ferme. C’est à cette condition que Saint-Gaudens pourra passer du sursis à la relance industrielle.

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