Les ETI face au nouveau modèle économique français : investir dans l’industrie malgré la dette et l’incertitude budgétaire
Depuis 2017, la politique économique française a profondément modifié l’environnement des entreprises. Elle a abaissé la fiscalité du capital, assoupli le marché du travail et remis l’industrie au centre. Pourtant, le modèle dépend désormais d’un État investisseur, protecteur et très endetté.
Pour les ETI, le bilan est donc contrasté. Les conditions d’investissement et de transmission se sont améliorées. En revanche, la faiblesse de la croissance, la remontée du chômage et l’incertitude budgétaire compliquent les décisions de capacité, de recrutement et de décarbonation.
Un marché du travail plus mobilisé, mais moins dynamique
La hausse du taux d’emploi constitue l’un des résultats les plus visibles de la période. En 2025, 69,3 % des 15-64 ans occupaient un emploi au sens du Bureau international du travail. Ce niveau traduit notamment l’essor de l’apprentissage, la hausse de l’activité des seniors et les réformes du marché du travail.
Le mouvement s’est toutefois essoufflé. Au deuxième trimestre 2026, le taux d’emploi des 15-64 ans a reculé à 69,0 %, après 69,3 % au trimestre précédent. Dans le même temps, le chômage a atteint 8,3 % de la population active, soit 0,7 point de plus sur un an.
Cette inflexion compte directement pour les ETI. Elles avaient bénéficié d’un vivier plus large de candidats et de dispositifs de formation plus développés. Mais elles font maintenant face à un marché moins fluide, où les compétences industrielles, techniques et numériques restent rares.
La progression de l’emploi ne suffit pas à établir un régime de croissance robuste. Au deuxième trimestre 2026, le PIB n’a progressé que de 0,2 %. L’enjeu n’est donc plus seulement de créer des emplois. Il consiste à relever la productivité, l’investissement productif et la capacité des entreprises à monter en gamme.
La réindustrialisation doit changer d’échelle
La politique industrielle est devenue un axe structurant. France 2030, les relocalisations et les projets liés à l’énergie ou aux semi-conducteurs ont replacé la souveraineté productive dans le débat économique. Cette orientation répond aux ruptures des chaînes d’approvisionnement et à la compétition entre grandes zones économiques.
La filière des batteries illustre cette stratégie. Les projets portés par ACC, Verkor, Envision et Prologium doivent contribuer à bâtir une capacité française de production de cellules. Les pouvoirs publics évaluent à près de 120 GWh la capacité annuelle sécurisée à l’horizon 2030 par les investissements soutenus, pour environ 10 000 emplois attendus.
Ces annonces ne résument toutefois pas une réindustrialisation. Une usine performante dépend d’un écosystème dense : équipementiers, sous-traitants, spécialistes de maintenance, logisticiens, centres de formation et fournisseurs d’énergie. C’est à ce niveau que les ETI jouent un rôle décisif.
Pour elles, l’opportunité est réelle. Les donneurs d’ordres cherchent davantage de fournisseurs européens capables de produire, certifier et innover rapidement. Mais l’accès aux marchés reste conditionné par la taille financière, la capacité à absorber les coûts de qualification et la stabilité des volumes.
Le risque est donc celui d’une politique concentrée sur quelques projets emblématiques. Sans soutien à l’investissement des entreprises de la chaîne de valeur, les capacités de production peuvent rester dépendantes de composants, de technologies ou de capitaux extérieurs.
Une transition écologique devenue une question de compétitivité
La décarbonation n’est plus un sujet périphérique pour le Mittelstand français. Elle engage le prix de l’énergie, l’accès au financement, les appels d’offres et la compétitivité à l’export. Elle impose aussi des investissements lourds dans les procédés, les bâtiments et les flottes.
Cette transformation crée une tension forte. L’État doit financer les infrastructures énergétiques, les aides à l’industrie et la protection des ménages, tout en préservant la compétitivité des sites français. Pour une ETI, le coût de l’énergie et la visibilité réglementaire pèsent souvent autant que la subvention initiale.
La cohérence de l’action publique sera donc déterminante. Les entreprises ont besoin de règles stables, de délais administratifs réduits et de mécanismes qui favorisent les projets rentables. Une transition fondée uniquement sur des dispositifs exceptionnels ne donnera pas la visibilité nécessaire aux investissements de long terme.
Le retour de la contrainte budgétaire
La baisse de l’impôt sur les sociétés, passé progressivement de 33,33 % à 25 % en 2022, a renforcé l’attractivité du territoire. Le prélèvement forfaitaire unique de 30 % et le remplacement de l’ISF par l’IFI ont aussi amélioré la lisibilité du cadre fiscal pour les détenteurs de capital.
Ces mesures ont soutenu les capacités de financement et les opérations de transmission. Elles ont particulièrement compté pour les ETI familiales, les groupes en croissance externe et les entreprises souhaitant ouvrir leur capital. Mais elles n’ont pas été accompagnées d’une baisse équivalente et durable de la dépense publique.
Les crises ont changé l’équation. Soutien massif pendant la pandémie, boucliers énergétiques, aides sectorielles et investissements de souveraineté ont placé l’État au centre du modèle. À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique atteignait 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB.
La prochaine séquence sera donc celle des arbitrages. Un ajustement budgétaire trop brutal affaiblirait l’investissement et la demande. Son report prolongerait la pression sur les finances publiques. Pour les ETI, la priorité est claire : préserver un cadre fiscal prévisible et orienter les ressources vers la productivité, les compétences et la décarbonation productive.

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