Eternity Systems teste le poids lourd électrique pour réduire l’empreinte logistique du réemploi et préparer sa flotte française
Le réemploi ne se joue pas seulement sur les lignes de lavage. Il se joue aussi sur la route. En mettant en circulation son premier camion 100 % électrique depuis son site de Trémorel, dans les Côtes-d’Armor, Eternity Systems s’attaque à un point sensible de son modèle : l’empreinte du transport des emballages entre collecte, lavage, stockage et retour vers les clients.
Le véhicule doit être utilisé principalement autour du site breton. L’entreprise ne communique ni le montant de l’investissement, ni la marque du camion, ni son autonomie ou son kilométrage annuel. Cette prudence n’enlève rien à la portée du signal : pour les industriels du réemploi, la décarbonation de la logistique devient un sujet aussi structurant que la performance du lavage.
Le transport, maillon décisif de l’équation du réemploi
Le réemploi implique des flux additionnels. Les contenants doivent être récupérés, triés, acheminés vers un centre industriel, lavés, contrôlés, puis remis à disposition. Le bénéfice environnemental dépend donc de plusieurs variables : nombre de rotations, taux de retour, distances parcourues, remplissage des véhicules et consommation des installations.
Ce constat explique l’intérêt du choix opéré à Trémorel. Electrifier un poids lourd sur des liaisons compatibles avec son autonomie et ses possibilités de recharge permet de réduire la part des émissions associées à ces opérations. Pour un acteur dont l’offre intègre le transport, le lavage, la réparation et le stockage, l’enjeu est directement opérationnel.
L’Observatoire national du réemploi et de la réutilisation rappelle d’ailleurs que le verre consigné devient plus avantageux qu’un emballage en verre à usage unique dès quatre utilisations, selon l’évaluation environnementale de l’Ademe. Cette conclusion ne dispense pas les opérateurs d’optimiser leur chaîne logistique. Elle souligne au contraire l’importance de maximiser les rotations et de contenir les kilomètres.
Un premier véhicule électrique à Trémorel
Eternity Systems indique que ce premier poids lourd électrique a pris la route depuis son établissement de Trémorel. Le site est exploité par IPS et CPS, filiale du groupe spécialisée dans le nettoyage industriel et les emballages réemployables. L’établissement est implanté dans la zone industrielle de l’Ifflet.
Le groupe se présente comme un opérateur industriel du réemploi pour les emballages primaires, secondaires et tertiaires. Il intervient notamment dans l’agroalimentaire, la restauration collective, la cosmétique, la détergence, l’automobile et le commerce en ligne. Son outil associe des opérations de tri, lavage, réparation, stockage et transport.
Cette intégration est un atout, mais elle accroît aussi la responsabilité du groupe sur l’ensemble du bilan de service. La livraison d’un contenant propre et réemployable ne suffit plus. Les donneurs d’ordre attendent désormais des données précises sur les flux physiques, la consommation de ressources et les émissions liées aux prestations.
L’électrification annoncée reste une première étape. Eternity Systems ne précise pas le calendrier de conversion de sa flotte française, ni le nombre de véhicules concernés à terme. Le projet doit donc être lu comme une expérimentation industrielle ciblée, susceptible de fournir un retour d’expérience sur les contraintes de recharge, les tournées réalisables et l’organisation des quais.
Un enjeu de compétitivité pour les ETI du réemploi
Pour les ETI de l’économie circulaire, le passage au poids lourd électrique pose une équation exigeante. Le coût d’acquisition, l’accès à des infrastructures de recharge adaptées et la disponibilité des véhicules doivent être comparés aux gains énergétiques et aux attentes croissantes des clients. Le bon cas d’usage se situe souvent sur des navettes récurrentes, avec des distances maîtrisées et un retour au dépôt.
La démarche d’Eternity Systems illustre cette logique. En concentrant initialement l’usage du véhicule autour de Trémorel, l’entreprise limite l’exposition aux aléas d’un réseau de recharge encore inégal pour les véhicules lourds. Elle peut aussi articuler les temps de charge avec les séquences de lavage, de tri et de préparation des commandes.
Le cadre réglementaire renforce ce mouvement. La loi d’orientation des mobilités fixe un objectif de décarbonation complète du transport routier à l’horizon 2050. Les obligations de verdissement concernent surtout les acteurs publics pour les poids lourds. Elles contribuent néanmoins à structurer un marché de véhicules à faibles émissions et de services de recharge. Les entreprises privées doivent également intégrer la décarbonation des flux dans leurs réponses commerciales et leurs trajectoires RSE.
Le potentiel de marché est réel. En 2024, 2,75 milliards d’emballages réemployés ont été mis sur le marché français. Cela représentait 1,82 % de l’ensemble des emballages, selon l’Ademe. L’écart reste considérable avec l’objectif national de 10 % en 2027. Cet écart implique des investissements dans les contenants, les centres de lavage, les systèmes de collecte et les capacités logistiques.
Passer d’un démonstrateur à une chaîne logistique sobre
La prochaine étape ne consistera pas seulement à ajouter des camions électriques. Elle reposera sur la conception de boucles locales entre metteurs sur le marché, points de collecte et centres de lavage. La standardisation des formats, la densification des tournées et la mutualisation des flux seront déterminantes pour abaisser le coût complet du réemploi.
Pour Eternity Systems, ce premier véhicule électrique constitue donc un test de cohérence. L’entreprise cherche à aligner sa promesse d’économie circulaire avec ses opérations de transport. Pour les ETI industrielles, la leçon est claire : la décarbonation devient un levier de différenciation lorsqu’elle est intégrée au modèle de production, plutôt qu’ajoutée en périphérie.

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