Défaillances d’entreprises en hausse chez les fournisseurs agricoles : les ETI face à un risque accru de tensions sur l’amont, les marges et la trésorerie
En France, les défaillances d’entreprises refluent légèrement en mai, mais restent à un niveau élevé. Pour les ETI, le signal est clair : la normalisation post-crises n’est pas terminée. Et le choc climatique de juin ajoute une pression immédiate sur des filières déjà fragiles.
À fin mai, 70 077 défaillances ont été recensées en cumul sur douze mois, contre 70 257 fin avril. Sur un an, le total demeure en hausse de 4,4 % par rapport à fin mai 2025. Cette stabilité à un niveau haut traduit une conjoncture dégradée et des trésoreries plus tendues.
Un tissu entrepreneurial encore dynamique, mais plus exposé
Le paradoxe se confirme : les défaillances restent élevées alors que le nombre d’entreprises continue d’augmenter. Sur la période la plus récente disponible, plus de 1 205 200 entreprises ont été créées entre le 2e trimestre 2025 et le 1er trimestre 2026, micro-entrepreneurs inclus.
Dans ce contexte, l’enjeu pour les ETI n’est pas seulement le risque direct de défaillance. Il concerne aussi la solidité de la chaîne de valeur : sous-traitants, prestataires logistiques, entreprises de travaux et fournisseurs agricoles. Autrement dit, la défaillance « remonte » vite dans les portefeuilles clients.
Il faut aussi rappeler ce que recouvrent ces statistiques : les dénombrements portent sur les redressements et liquidations judiciaires, en date de jugement. Les procédures de sauvegarde ne sont pas comptées dans ce périmètre, ce qui peut minorer la montée des difficultés en amont.
Agriculture : première accélération, et un risque climatique immédiat
La hausse la plus forte concerne l’agriculture, la sylviculture et la pêche. Le secteur progresse de 19,6 % sur un an, à 1 792 défaillances à fin mai. En avril déjà, il figurait parmi les branches les plus touchées, avec +17,2 % sur un an.
Pour les ETI agroalimentaires, l’alerte est double. D’abord, parce que ces défaillances touchent des exploitations et acteurs amont qui sécurisent volumes, qualité et traçabilité. Ensuite, parce que la canicule de juin a dégradé l’offre et les rendements sur plusieurs productions.
Sur le plan climatique, les températures ont atteint des niveaux inédits, notamment entre le 22 et le 26 juin. La France a connu une canicule précoce, durable et très intense du 17 au 30 juin 2026. Cette séquence a pesé sur les cultures et les élevages, avec des impacts particulièrement marqués dans l’Ouest.
Le risque pour les ETI est immédiat : tensions sur les prix d’approvisionnement, ruptures ponctuelles, hausse des rebuts et arbitrages sur les assortiments. À moyen terme, les contrats doivent aussi absorber davantage de variabilité, donc plus de clauses de révision et d’indexation.
Services aux ménages, santé et enseignement : hausse nette, pression sur les marges
Après l’agriculture, l’ensemble « enseignement, santé, action sociale et services aux ménages » enregistre +15,8 % sur un an, à 7 168 défaillances. Le chiffre est significatif car il regroupe des activités souvent intensives en main-d’œuvre.
Pour de nombreuses ETI de services, l’équation reste compliquée. Les coûts salariaux se répercutent difficilement. Les volumes, eux, sont parfois irréguliers. Enfin, la compétition se fait sur les prix. Dans ce cadre, la fragilité d’un acteur peut vite se traduire par des impayés chez ses fournisseurs.
Construction : seul grand secteur en baisse, mais vigilance sur la sous-traitance
Le repli global de mai s’explique surtout par des diminutions dans la construction et un ralentissement dans les transports et l’entreposage. La construction est le seul grand secteur en recul, avec -3,2 % sur un an à fin mai, à 14 368 défaillances.
Ce recul est un point d’appui, mais il ne doit pas masquer la volatilité de la sous-traitance. Pour les ETI industrielles et de second œuvre, le sujet clé reste la qualité du carnet, la sélection des chantiers et la discipline de facturation. Dans les cycles tendus, la défaillance ne vient pas toujours d’un manque d’activité, mais d’un décalage de trésorerie.
Transports et entreposage : ralentissement de la hausse, enjeu de cash
Dans les transports et l’entreposage, la dynamique se calme nettement. Les défaillances augmentent de 4,0 % sur un an, contre +8,5 % un mois plus tôt, à 3 227.
Pour les ETI donneuses d’ordres, c’est un indicateur utile. Un ralentissement des défaillances peut stabiliser la capacité, donc limiter la volatilité des tarifs spot. Mais la prudence reste de mise : une hausse plus faible ne signifie pas un retour à la normale, surtout si les délais de paiement se tendent.
Microentreprises en recul, ETI en hausse : pourquoi cela compte
La baisse de mai est d’abord portée par le recul des défaillances de microentreprises. Le niveau est jugé « globalement stable » pour les autres secteurs et pour la plupart des tailles d’entreprises.
Côté PME, 70 010 défaillances sont comptabilisées sur douze mois, en hausse de 4,3 % par rapport à mai 2025. En parallèle, les ETI et les grandes entreprises totalisent 67 défaillances, soit +15,5 % sur un an.
Ce point mérite une lecture spécifique ETI. D’une part, une défaillance d’ETI a souvent un impact systémique local : sous-traitants, intérim, logistique, collectivités. D’autre part, elle peut déclencher des effets de cascade, car les montants en jeu sont plus élevés et les chaînes de règlement plus longues.
Perspectives : sécuriser l’amont, piloter le risque client, investir dans la résilience
À court terme, la priorité des ETI est le pilotage du risque. Il passe par un suivi plus fin des encours clients, des limites de crédit et des signaux faibles. Il implique aussi de revoir certains contrats, notamment quand les clauses ne couvrent pas les hausses de coûts ou les aléas climatiques.
Ensuite, l’agriculture rappelle un fait structurel : le climat devient un facteur économique direct. Pour les ETI agroalimentaires et leurs fournisseurs, la résilience exige des investissements concrets : adaptation des outils, diversification des bassins d’approvisionnement et sécurisation logistique.
Enfin, le niveau élevé des défaillances s’inscrit dans une période de chocs successifs et d’incertitudes accrues. Pour les ETI, la différence se fera sur la robustesse du cash-flow, la maîtrise du besoin en fonds de roulement et la capacité à renégocier vite, avant la rupture.

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