Relocalisation de la colchicine en France : Mayoly sécurise 600 000 patients et renforce sa chaîne industrielle à Auxerre
Relocaliser un médicament critique n’est pas un symbole. C’est une décision de souveraineté industrielle, avec des volumes, des calendriers et des risques d’exécution.
La colchicine, utilisée pour traiter la goutte, doit ainsi être produite en France après une fabrication jusqu’ici réalisée en Roumanie. L’enjeu est immédiat : plus de 600 000 patients sont traités chaque année.
Un contexte de tensions récurrentes sur les médicaments « critiques »
La colchicine figure dans une liste de 193 médicaments considérés comme critiques en France. Dans cette logique, l’objectif public est clair : réduire la dépendance à des chaînes d’approvisionnement jugées fragiles.
Dans les faits, cette stratégie pousse les industriels à arbitrer entre coûts de production, robustesse des fournisseurs et continuité des livraisons. Pour les ETI de la pharmacie, la relocalisation est souvent un projet d’investissement ciblé, mais techniquement exigeant.
Les faits : un rapatriement industriel organisé autour d’Auxerre
Mayoly lance le lundi 22 juin la production de la colchicine en France. Jusqu’à présent, le médicament était produit en Roumanie.
Le déclencheur tient à un sujet opérationnel : le sous-traitant historique ne souhaitait plus produire la molécule. Mayoly a donc décidé d’investir pour sécuriser l’approvisionnement et rapatrier la fabrication.
Le projet s’inscrit dans un plan d’investissement global en France de 17 millions d’euros. Dans ce cadre, l’État apporte 2 millions d’euros de soutien au titre de France 2030.
La montée en puissance industrielle vise une production de 600 000 boîtes à terme. Une partie des volumes sera destinée à l’export.
La commercialisation des premiers lots est annoncée pour le début de l’année 2027. La fabrication sera réalisée à Auxerre (Yonne) sur le site de Galien-Macors, nouveau sous-traitant mobilisé sur cette molécule.
Le seul investissement lié au rapatriement de la colchicine est évalué à 2,5 millions d’euros.
Pourquoi c’est un sujet ETI : le façonnage comme bras armé de la souveraineté
Le dossier illustre un point clé pour le Mittelstand français : la souveraineté ne repose pas uniquement sur les laboratoires, mais aussi sur la capacité des façonniers à absorber des productions sensibles.
À Auxerre, Galien-Macors met en avant une unité dédiée à la fabrication et au conditionnement de produits hautement actifs. Ce positionnement industriel pèse dans la capacité à internaliser, en France, des molécules dont la manipulation et le conditionnement imposent des standards stricts.
Pour une ETI comme Mayoly, l’équation est double. D’abord, sécuriser l’accès à un médicament critique quand un sous-traitant se retire. Ensuite, reconfigurer la chaîne industrielle sans rupture de qualité, ni dérive de coûts, ni décalage de calendrier.
Ce type de relocalisation repose donc moins sur une « réindustrialisation générale » que sur des projets précis, adossés à des partenaires capables d’industrialiser rapidement. Dans cette mécanique, la robustesse du couple donneur d’ordre–façonnier devient un actif stratégique.
Mayoly : ancrage industriel et logique d’export
Mayoly met en avant une base industrielle fortement située en France. Selon les informations publiées par l’entreprise, plus de 85 % des produits vendus dans le monde sont fabriqués sur ses sites français.
Ce point est central pour comprendre l’intérêt économique de la relocalisation : l’objectif n’est pas seulement d’éviter une rupture, mais de consolider un modèle de production où la France reste un centre de gravité, y compris pour des marchés export.
Dans cette perspective, le fait qu’une partie des volumes de colchicine soit destinée à l’export n’est pas un détail. Cela signifie que la ligne française doit atteindre des niveaux de compétitivité et de régularité compatibles avec des marchés hors France, tout en servant la continuité d’approvisionnement domestique.
Perspectives : ce que les décideurs ETI doivent surveiller
D’ici au début 2027, le principal indicateur sera le respect de la trajectoire industrielle : qualification, montée en charge, puis mise à disposition des lots commercialisables dans les délais annoncés.
Ensuite, la question du coût complet restera structurante. La relocalisation s’accompagne souvent d’un différentiel de coûts par rapport à certaines zones de production européennes. Le soutien public vise précisément à amortir ce saut initial et à réduire le risque de décrochage de compétitivité.
Enfin, le cas colchicine sert de précédent. Si d’autres façonniers français démontrent une capacité à reprendre des médicaments critiques dans des délais maîtrisés, cela peut accélérer une vague de projets comparables, surtout sur des molécules matures à volumes significatifs.
Pour les ETI industrielles et leurs partenaires, le message est net : la souveraineté pharmaceutique se jouera moins sur les annonces que sur l’exécution, site par site, molécule par molécule.

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