Crédit Agricole 19,32 € +2,85 % Air Liquide 172,08 € +0,20 % Airbus 204,90 € +0,44 % Alstom 16,28 € +1,69 % Danone 67,10 € -1,81 % BNP Paribas 109,08 € +0,22 % Carrefour 15,88 € -1,00 % Capgemini 103,05 € +1,03 % AXA 44,97 € -0,55 % Vinci 123,35 € -0,40 % Dassault Systèmes 19,96 € -1,24 % Edenred 29,00 € +2,69 % EssilorLuxottica 166,95 € +2,05 % Bouygues 48,49 € -1,94 % Engie 27,39 € +5,06 % Eurofins Scientific 68,80 € +0,29 % Société Générale 81,31 € +0,26 % Thales 247,40 € +1,69 % Kering 288,40 € -0,77 % Legrand 134,05 € +2,56 % LVMH 475,30 € +0,42 % Michelin 34,92 € +1,22 % ArcelorMittal L'Oréal 387,30 € -1,70 % Orange 16,48 € -3,48 % Publicis 92,54 € -1,05 % Pernod Ricard 67,92 € +0,06 % Hermès International 1 535,50 € -0,97 % Renault 28,05 € +0,29 % Safran 340,80 € +0,15 % Sanofi 74,38 € +2,21 % Saint-Gobain 83,10 € +9,28 % Stellantis 5,20 € +2,79 % STMicroelectronics 47,07 € +3,16 % Schneider Electric 294,30 € +3,41 % Teleperformance 67,04 € +9,94 % TotalEnergies 75,86 € +0,38 % Unibail-Rodamco 106,10 € +1,53 % Veolia 35,32 € -1,34 % Worldline 12,49 € +25,30 %
Industrie

Liquidations et redressements en Gironde : ce que révèlent les défaillances de Neogy, Delfox et Tehtris pour l’industrie régionale

eti_news ·

En moins de deux ans, une usine de batteries inaugurée près de Bordeaux s’est retrouvée à l’arrêt, 120 salariés attendant une issue industrielle.

Ce choc dépasse trois dossiers locaux. Il illustre une fragilisation du bas de chaîne industriel et technologique, celui dont dépendent directement de nombreuses ETI régionales : sous-traitants, intégrateurs, donneurs d’ordres et fournisseurs de compétences.

Un signal d’alerte pour la chaîne industrielle des ETI

Les défaillances et procédures collectives dans la tech et l’industrie ne sont pas qu’un sujet d’innovation. Pour les ETI, elles deviennent un risque opérationnel : ruptures d’approvisionnement, projets stoppés, dépendance accrue à l’import, et perte de savoir-faire.

En parallèle, la promesse de relocalisation se heurte à une équation difficile : volumes irréguliers, pression sur les prix et concurrence asiatique. Dans ce contexte, les ETI arbitrent vite entre sécurisation, coût total et délais.

Batteries : l’arrêt brutal de Neogy, après un lancement industriel récent

Une usine de production en grandes séries de batteries lithium avait été inaugurée en septembre 2024 à Pompignac, près de Bordeaux.

Moins de deux ans plus tard, la société a été placée en liquidation judiciaire, en même temps que le groupe Startec Energy dont elle était une filiale.

Le groupe, basé à Mérignac, est en recherche active d’un repreneur. Dans l’intervalle, 120 salariés sont à l’arrêt.

Le site de Pompignac mobilisait 3 000 m2. Il rassemblait des opérateurs de production industrielle, des techniciens méthode et un service après-vente.

Les batteries conçues par le bureau d’études visaient plusieurs marchés : mobilité électrique, nautisme et défense.

La trajectoire annoncée était ambitieuse : atteindre 400 000 batteries annuelles pour vélos dans les deux ans.

La société affichait aussi une volonté de rivaliser avec l’Asie, avec l’ambition de devenir une « gigafactory » à terme.

Demande en baisse, prix sous tension : la bascule vers le redressement

En juillet 2025, une procédure de redressement judiciaire a été ouverte.

À l’époque, la direction résumait le cœur du problème par une phrase : « Les industriels voulaient des batteries françaises, mais dès que la demande a baissé et que les contraintes de prix sont devenues trop fortes, tout le monde s’est redirigé vers la Chine ».

Concrètement, trois principaux clients se sont désengagés. La société a alors perdu la moitié de son chiffre d’affaires.

La liquidation judiciaire est intervenue le 20 mai. La direction de Startec Energy n’a pas souhaité s’exprimer après cette décision.

Pour les ETI utilisatrices, l’enseignement est direct : sans contrats pluriannuels, sans engagements de volumes et sans mécanismes de partage du risque, une industrialisation locale reste fragile.

Compétences : le paradoxe d’une filière qui forme pendant que l’outil industriel vacille

Le projet régional BATTENA, lancé dans le cadre de France 2030, vise à déployer près de 200 formations destinées à plus de 35 000 personnes d’ici 2030 pour répondre aux besoins de la filière batterie en Nouvelle-Aquitaine.

L’intention est stratégique : sécuriser la main-d’œuvre sur des métiers rares, alors que la demande en compétences industrielles s’annonce durable.

Mais l’actualité rappelle un paradoxe : former est nécessaire, toutefois insuffisant si l’écosystème n’absorbe pas ces talents par des lignes en régime stable.

Pour les ETI industrielles, la priorité devient donc double. D’abord, capter ces compétences. Ensuite, garantir la charge usine via des relations donneurs d’ordres plus structurées.

IA défense et cyber : Delfox liquidée, Tehtris sous procédure, une tension sur le “run” plus que sur la R&D

Dans le même bassin, la start-up Delfox, positionnée sur l’IA appliquée à la défense et à l’aéronautique, a aussi été liquidée.

De son côté, Tehtris, acteur de cybersécurité, espère une reprise à l’issue de son redressement judiciaire.

Ces dossiers renvoient à une réalité bien connue des directions générales d’ETI : le risque ne se situe pas seulement dans la recherche. Il se situe dans le financement du passage à l’échelle, dans la durée des cycles commerciaux, et dans l’exigence de preuves industrielles.

Pour les ETI clientes, le sujet est aussi celui de la continuité. Quand un éditeur ou un fournisseur clé vacille, la question n’est plus l’innovation. C’est la résilience du SI, le support, la maintenance et la capacité de livraison.

Lecture ETI : trois conséquences immédiates pour les décideurs

D’abord, l’épisode renforce la nécessité de qualifier le risque fournisseur. Pour une ETI, sécuriser un composant critique ou une brique logicielle impose des clauses de réversibilité, des plans de continuité et, si possible, des alternatives techniques.

Ensuite, il rebat les cartes de la politique d’achats. L’argument “made in France” ne suffit plus si le différentiel de prix devient trop important et si les volumes ne sont pas garantis. Le coût total de possession reste la métrique dominante.

Enfin, il remet au centre la logique de filière. Pour stabiliser une production locale, les ETI et leurs donneurs d’ordres doivent co-investir, co-planifier et contractualiser sur des horizons plus longs.

Perspectives : la question clé, désormais, est celle des reprises et des actifs

À court terme, l’attention se concentre sur la capacité à trouver des repreneurs et à préserver les actifs utiles : équipes, bureau d’études, process industriels, portefeuille clients et certifications.

Pour l’écosystème ETI régional, l’enjeu est de limiter la casse sur deux fronts. D’un côté, éviter une perte sèche de compétences formées. De l’autre, empêcher une dépendance accrue à l’import sur des segments stratégiques, batteries comme cybersécurité.

Le point de bascule sera simple : transformer des intentions de relocalisation en commandes fermes, avec une visibilité suffisante pour amortir l’outil industriel. Sans cela, l’innovation restera une vitrine. Et l’industrialisation, un pari trop risqué.

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