Colart : comment Romain Guinier sécurise une ETI mondiale des beaux-arts entre usine du Mans, marques patrimoniales et export
150 millions d’euros de chiffre d’affaires, une base industrielle au Mans et une présence dans 110 pays : Colart coche plusieurs cases d’une ETI internationale, discrète mais structurante dans la chaîne de valeur des industries créatives.
Depuis 2023, le groupe s’est placé sous la direction de Romain Guinier. Son enjeu est clair : piloter un portefeuille de marques patrimoniales, tout en accélérant l’innovation produit et la discipline industrielle.
Un marché des beaux-arts devenu une industrie de marques
Les beaux-arts ne relèvent plus seulement du commerce spécialisé. Le secteur fonctionne désormais comme une industrie de marques, avec des gammes étendues, une distribution multicanale et des exigences de qualité constantes.
Dans ce contexte, les acteurs capables de gérer des catalogues profonds et une présence mondiale prennent un avantage. Ils sécurisent les approvisionnements, standardisent les procédés et investissent dans la R&D pour se différencier.
Enfin, la pression réglementaire et sociétale monte. Elle se traduit par une attente accrue sur la composition des produits, la traçabilité et l’empreinte environnementale, y compris dans les fournitures artistiques.
Les faits : Colart, une ETI mondiale ancrée en France
Colart réunit plusieurs marques reconnues des beaux-arts. Le groupe rassemble notamment Charbonnel, Lefranc Bourgeois, ainsi que les marques anglo-saxonnes Winsor & Newton et Liquitex.
Romain Guinier dirige le groupe depuis 2023. Sa nomination comme directeur général a été annoncée par l’entreprise.
L’actionnariat est familial : Colart est détenu à 100 % par la famille industrielle suédoise Linden. L’entreprise affiche un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et emploie environ 800 salariés dans une douzaine de pays.
La France pèse lourd dans l’organisation. Selon Romain Guinier, la moitié des salariés se trouve en France, « essentiellement dans notre usine du Mans ».
Le groupe revendique plus de 12 000 produits commercialisés dans 110 pays. La distribution s’appuie sur des partenaires, dont Rougier & Plé est cité comme relais commercial.
Analyse : ce que Colart illustre du modèle ETI à l’international
Colart illustre un schéma typique d’ETI performante : des marques à forte notoriété, une base industrielle stable, et une capacité à opérer à l’export sans dépendre d’un seul marché.
Le premier actif stratégique, ce sont les marques. Dans les beaux-arts, la confiance se construit sur la régularité des pigments, des liants, des formats et des références. Or, cette promesse suppose des procédés maîtrisés et une qualité répétable à grande échelle.
Le deuxième actif, c’est l’outil industriel. Le fait que l’usine du Mans concentre l’essentiel des équipes françaises n’est pas anecdotique : la production est au cœur de la valeur. Pour une ETI, maintenir un site robuste permet d’absorber les cycles, de réduire les ruptures et de raccourcir les boucles d’amélioration produit.
Ensuite, la gestion d’un catalogue de 12 000 références change la nature du pilotage. Cela impose une gouvernance de portefeuille : arbitrages de gammes, rationalisation des SKU, planification industrielle et gestion fine des stocks. À ce niveau, les gains viennent autant de l’exécution que du marketing.
Enfin, le sujet ESG devient un facteur de compétitivité. Colart met en avant une trajectoire de durabilité et a annoncé sa certification B Corp. Dans un univers de produits utilisés au quotidien, ce type de standard peut peser dans les achats des distributeurs et des institutions.
Perspectives : où se jouent les prochaines décisions
À court terme, la priorité opérationnelle reste la performance industrielle et logistique. Avec une présence dans 110 pays, la disponibilité produit et la fiabilité de service deviennent des critères de fidélité aussi importants que la marque elle-même.
Par ailleurs, la stratégie de distribution mérite une attention particulière. Le groupe travaille avec des partenaires spécialisés. Cela offre de la profondeur de marché, mais impose aussi une cohérence internationale de prix, d’assortiment et de conditions commerciales.
Enfin, la feuille de route de Romain Guinier se lit en creux : tenir l’équilibre entre héritage et modernisation. Pour une ETI de marques, l’enjeu n’est pas de “réinventer” ce qui fait la réputation, mais de sécuriser la qualité, accélérer l’innovation utile et préserver la marge dans un modèle mondial.

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