Crédit Agricole 19,32 € +2,85 % Air Liquide 172,08 € +0,20 % Airbus 204,90 € +0,44 % Alstom 16,28 € +1,69 % Danone 67,10 € -1,81 % BNP Paribas 109,08 € +0,22 % Carrefour 15,88 € -1,00 % Capgemini 103,05 € +1,03 % AXA 44,97 € -0,55 % Vinci 123,35 € -0,40 % Dassault Systèmes 19,96 € -1,24 % Edenred 29,00 € +2,69 % EssilorLuxottica 166,95 € +2,05 % Bouygues 48,49 € -1,94 % Engie 27,39 € +5,06 % Eurofins Scientific 68,80 € +0,29 % Société Générale 81,31 € +0,26 % Thales 247,40 € +1,69 % Kering 288,40 € -0,77 % Legrand 134,05 € +2,56 % LVMH 475,30 € +0,42 % Michelin 34,92 € +1,22 % ArcelorMittal L'Oréal 387,30 € -1,70 % Orange 16,48 € -3,48 % Publicis 92,54 € -1,05 % Pernod Ricard 67,92 € +0,06 % Hermès International 1 535,50 € -0,97 % Renault 28,05 € +0,29 % Safran 340,80 € +0,15 % Sanofi 74,38 € +2,21 % Saint-Gobain 83,10 € +9,28 % Stellantis 5,20 € +2,79 % STMicroelectronics 47,07 € +3,16 % Schneider Electric 294,30 € +3,41 % Teleperformance 67,04 € +9,94 % TotalEnergies 75,86 € +0,38 % Unibail-Rodamco 106,10 € +1,53 % Veolia 35,32 € -1,34 % Worldline 12,49 € +25,30 %
Industrie

Marché européen du carbone : quels coûts et quels choix pour les ETI industrielles face à la réforme de juillet 2026

eti_news ·

Le marché européen du carbone est redevenu un sujet de compétitivité industrielle. À l’approche d’une réforme attendue d’ici juillet, plusieurs États et filières intensives en énergie réclament une baisse de pression sur le coût du CO2.

Pour les ETI industrielles, l’enjeu est immédiat. Elles sont prises entre des coûts d’énergie élevés, des chaînes d’approvisionnement sous tension et des obligations climat qui accélèrent les besoins d’investissement.

Un signal-prix central, mais une contestation qui s’élargit

Le système d’échange de quotas d’émissions européen (ETS) fonctionne sur une logique simple. L’Union fixe un plafond d’émissions, puis les sites couverts doivent détenir des quotas pour leurs émissions.

Ensuite, le volume total de quotas diminue au fil du temps. Cette rareté organisée fait monter le coût du carbone et oriente les décisions d’investissement, notamment dans l’industrie et l’électricité.

Or, le calendrier issu de la précédente réforme a durci la trajectoire. L’ETS couvre davantage de secteurs. Et, surtout, les quotas gratuits doivent décroître jusqu’à disparaître à l’horizon 2034 pour les secteurs concernés par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

Dans ce contexte, l’industrie lourde met en avant une fenêtre économique défavorable. La chimie, la sidérurgie et les matériaux de base alertent sur un risque de désindustrialisation. Elles invoquent une concurrence américaine subventionnée et une pression asiatique sur les coûts, sur fond de crise énergétique.

Les faits : ce que demandent les industriels et plusieurs capitales

La ligne de fracture porte sur la disparition programmée des quotas gratuits entre 2026 et 2034. Pour les secteurs exposés, cette trajectoire est devenue le symbole d’un cadre jugé trop rigide face à la compétition mondiale.

Les demandes mises sur la table sont claires. D’abord, prolonger les quotas gratuits au-delà de 2034. Ensuite, réduire la vitesse de baisse du plafond global d’émissions. Enfin, mieux encadrer un prix du CO2 considéré comme trop volatil.

Une partie des industriels souhaite aussi limiter le rôle des acteurs financiers sur le marché du carbone. Ils les accusent d’alimenter la volatilité des prix. À l’inverse, d’autres entreprises et investisseurs défendent un signal-prix fort, jugé indispensable pour sécuriser les investissements bas-carbone.

Sur le plan politique, l’Italie porte une demande frontale. Le gouvernement de Giorgia Meloni a plaidé pour une suspension temporaire du coût de l’ETS pour les entreprises, en expliquant que le mécanisme contribue à des prix de l’énergie déjà trop élevés.

D’autres pays, notamment en Europe centrale, poussent dans le même sens. La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque craignent qu’un prix du carbone plus élevé ne frappe de plein fouet des économies encore dépendantes du charbon et du gaz, ainsi qu’un parc immobilier difficile à décarboner rapidement.

Un premier marqueur existe déjà. Le lancement d’ETS2, le nouveau marché carbone visant les carburants routiers et le chauffage des bâtiments, a été repoussé de 2027 à 2028.

Ce que Bruxelles prépare : plus de flexibilité, sans démanteler l’outil

La Commission doit proposer une révision complète de l’ETS dans un paquet climat annoncé pour juillet 2026. L’objectif politique consiste à rassurer l’industrie sans casser le principal outil de décarbonation par les prix.

Plusieurs options circulent. D’un côté, un ralentissement de la baisse des quotas gratuits pour certains secteurs. De l’autre, des flexibilités conditionnées à des efforts de décarbonation, afin d’éviter un simple statu quo.

Autre piste sensible, l’ouverture à de nouveaux secteurs ou l’usage de crédits internationaux. Cette option est politiquement explosive, car elle touche directement la crédibilité du système et la réalité des réductions d’émissions sur le sol européen.

Enfin, Bruxelles doit préciser le fonctionnement d’un accélérateur d’investissements dans la décarbonation industrielle, doté d’environ 30 milliards d’euros. L’enjeu est de financer des transformations lourdes sans annuler l’effet incitatif du signal-prix CO2.

Lecture ETI : entre respiration de court terme et risque de décrochage d’investissement

Pour une ETI industrielle, le débat ne se résume pas à “payer ou ne pas payer” le carbone. Il touche au rythme d’investissement. Un ETS très strict accélère la conversion des procédés, mais il peut fragiliser la trésorerie lorsque les marges sont déjà sous pression.

À l’inverse, un ETS trop assoupli apporte un répit immédiat. Les gagnants à court terme seraient la chimie, la sidérurgie, le ciment, l’aérien et les États membres à mix énergétique encore carboné. Ils gagneraient du temps et limiteraient la hausse de leurs coûts.

Mais cette respiration a un coût stratégique. Elle réduit la visibilité pour les investisseurs bas-carbone. Elle augmente le risque d’attentisme dans les arbitrages industriels. Et, au final, elle peut déplacer une part plus grande de l’effort sur d’autres instruments, parfois plus politiquement coûteux.

Pour les ETI, un point est décisif : la prévisibilité. Une trajectoire claire des quotas et du prix du CO2 aide à sécuriser les plans Capex, à prioriser les projets, et à négocier avec les banques et les fonds sur des horizons pluriannuels.

À l’inverse, des ajustements fréquents, des reports successifs ou un encadrement trop opportuniste du prix carbone compliquent les business plans. Ils pénalisent davantage les ETI que les grands groupes, car les ETI disposent de moins de marge de manœuvre financière et de moins d’équipes dédiées au pilotage réglementaire.

ETS2 : le second front, plus politique, plus exposé

ETS2 est conçu pour intégrer dans un marché carbone séparé les carburants routiers et les combustibles de chauffage. C’est le volet le plus sensible, car il touche directement les ménages, donc le consentement social à la transition.

L’Union a prévu un Fonds social pour le climat afin d’amortir le choc. Malgré cela, ETS2 reste une cible. Plusieurs États veulent encore en retarder l’application ou en limiter la portée.

Pour les ETI, l’impact est indirect, mais réel. ETS2 pèse sur les coûts logistiques, sur la facture énergétique des sites tertiaires, et sur l’acceptabilité de politiques climat plus larges. Il influence aussi le coût total de possession des flottes et la dynamique du report modal.

Perspectives : l’arbitrage de juillet, test grandeur nature de la “compétitivité climat”

Le rendez-vous de juillet 2026 est un test de cohérence. L’Europe doit prouver qu’elle peut protéger sa base industrielle tout en gardant un instrument de tarification crédible.

Si Bruxelles choisit une flexibilité ciblée, conditionnée à des trajectoires de décarbonation, le système peut gagner en acceptabilité sans perdre son efficacité. Dans ce scénario, les ETI pourront mieux synchroniser investissements, financement et montée en compétences.

En revanche, si la réforme se traduit par un détricotage du signal-prix, le risque est double. D’un côté, une crédibilité climatique affaiblie. De l’autre, une réindustrialisation bas-carbone qui manque de cap, au profit de zones plus lisibles dans leurs politiques de soutien.

Dans tous les cas, l’industrie européenne entre dans une phase où le carbone devient un paramètre de stratégie d’entreprise aussi structurant que l’énergie, la fiscalité et le financement. Pour les ETI, la capacité à transformer vite, sans casser la rentabilité, sera le principal facteur de différenciation.

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